Article I : Ouverture à ceux dits de « 2012 »

Vous… Vous êtes là ?
Vous me lisez ?
Bon sang ! J’ai réussi alors!

Personne ne pouvait m’en empêcher. De toute façon, comment auraient-ils pu ?
J’ai réussi à créer un espace ! Nous communiquons !
Incroyable, je suis dans les deux univers à la fois !
Nous sommes bien en 2012, de votre côté ? Extraordinaire !

Ah ! Laissez-moi vous expliquer !
Istar !
Istar est un univers. C'est l'univers véritable.
Ce n’est pas seulement le « support » d’un monde imaginaire ou d’un concept, sorti par une obscure matinée automnale de l’esprit plissé d’un auteur inconnu, mais un univers en soi, complet, fini.
Je l’ai créé. Enfin… « Nous » l’avons créé.

Personne ne m’a cru ! Personne n’a voulu de ma théorie, mais moi je savais que c’était vrai !
Ça a été très vite, vous savez ?

Attendez…

Non, c’est bon. Le mur est encore lisse.

Au départ j’avais créé cet univers afin d’y faire dérouler des parties de jeu de rôle sur table. Quelque chose sans prétention, enfin, je croyais.
Seulement là, au fur et à mesure, c’est devenu de plus en plus imposant. Je ne sais pas comment vous dire… L’île perdue du début était devenue un continent, le continent s’était planté sur une planète et, finalement, la planète était devenue une bille perdue en plein désert intersidéral. Je… Je ne contrôlais plus rien !
On en était venu à un univers entier, avec ses galaxies et ses nuages de gaz, ses lois, enfin tout ce qu’il faut, jusqu’à ses propres réseaux multivers.
Et dire que je pensais que c’était moi… Ah !
Ça enflait comme un ballon, une énorme baudruche qui absorbe tout comme un trou noir.
Et je ne m’en rendais pas compte !
Les autres non plus. On était plusieurs.
Moi, je m’occupais surtout de l’univers, mais les règles aussi se sont diversifiées. Il grandissait, il grandissait !
Les autres… Les autres ils ne m’ont pas cru ! Ils sont presque tous partis !
Mais ce n’est pas grave. Istar était né.
Oui, Il était né…


Asile de Vicocha / Archives numériques -BDD 4, tome1

 

Article III : Les 3 énergies. Dimensions (extraits)

Le réel est bien plus vaste que l’image que nous en donnent nos perceptions, car tout est toujours vrai, dans un univers au moins.
Imaginez !
Sur le large spectre de « absolument tout ce qui existe, peut, ou ne peut pas exister », Il dépend de trois genres d’énergie qui forment un immense arc-en-ciel qui va de ce que l’on appelle l’énergie psychique pure (une sorte de flux originel spirituel) aux énergies matérielles les plus basses (la matière).
C’est comme cela qu’est l’univers. Pas seulement le mien, mais TOUT l’univers. C’est un arc-en-ciel.
Entre les deux : l’immense spectre des énergies « psycho résiduelles », qui remontent des plus hautes énergies de la matérialité jusqu’au « psychique pur » lui-même. Et les flux vont dans les deux sens. Ils sont donc plus ou moins sensibles à une certaine perméabilité.
C’est la base absolue de mon monde et de tous les vôtres. Tout est un spectre, un intervalle plus ou moins perméable entre ces trois limites.
Un livre, par exemple, n’est pas seulement un moment de divertissement ou un outil de communication. Quel que soit ce livre, même le plus horrible des pamphlets antisociaux ou le plus plat des romans de gare, il est une ouverture, un espace, un passage entre votre âme et celle de l’auteur que vous lisez, entre deux univers perméables. Un peu comme deux dimensions parallèles reliées par un trou de ver.
Il en va de même de toute œuvre créatrice, quel que soit l’outil de perception qu’elle emploie pour être véhiculée ! Goût et odeur quand vous cuisinez, son quand vous composez, vue quand vous écrivez ou que vous dessinez, toucher lorsque vous sculptez… Autant de moyens de communication, autant de trous de vers entre des univers de rêves éveillés, autant d’Istars.
C’est la trame de l’infinité des réseaux multivers.
Ce sont tous les univers qui sont en contact les uns avec les autres par le biais de leurs créateurs, qui eux-mêmes vivent dans un dimension unique et donc qui communiquent.

Mais attention !
On peut forcer certaines portes. Il y a des cauchemars qui viennent et d’autres qui vont. Ils voyagent. Parallélisme ou mise en commun des différents rêves d’une même personne, ils voyagent, d’un esprit à l’autre, d’un multivers à l’autre. Le passage involontaire des éléments d’un rêve à l’autre est une réalité, à la fois superbe et terrible. Et certains mondes sont à l’agglomération des rêves de tous ceux qui y vivent.
Vous devez le croire, le sentir. Ce n’est pas une nouveauté. C’est un vieux concept !
Souvenez vous des Aztèques, des philosophes grecs ! Ils en parlaient déjà. Les tribus d’Australie plongeaient dans les rêves des fourmis à miel !
N’oubliez jamais. Vous êtes à la fois un individu unique et la somme d’une infinité d’univers, reliés tous, grâce à vous et malgré vous, à une infinité d’autres.

Istar se veut à la croisée de ces chemins.
C’est un « pont » multivers. Il nous relie tous. Je l’ai créé pour cela. Il est dans la sphère multivers des rêves, mais plus seulement. Vous, vous êtes dans celle de la réalité qui a créé ces rêves, mais plus seulement. Et d’autres sont dans celle des possibles de votre réalité, celle des infinités parallèles, mais plus seulement non plus.
Tout cela est relié ! Nous sommes tous liés les uns aux autres ! Ce message en est la preuve ! C’est un Istar ! C’est l’Istar qui me permet de vous relier au rêve, à ce rêve que la matérialité vous a fait oublier !
Ecoutez mon murmure. Il grandit en vous. Vous entendez ? Regardez votre mur, regardez le granule de votre sol et la surface de votre écran ! Regardez ces lettres que vous lisez, de tout près…Vous les trouvez lisses ? Regardez mieux ! C’est un faux-semblant ! Regardez les tout petits carrés qui les composent…
Voyez l’inconstance du vrai !

Asile de Vicocha / Archives numériques - BDD 4, tome1 – pseudo-Novembre 2012.

 

Article IV : Origine

« La divergence commenca, par rapport à notre propre réalité, un peu avant 2100.
Notre technologie avait considérablement progressé malgré de terribles bouleversements naturels.

C’était l’époque où les missions spatiales découvrirent le premier gisement d’ambre minéral sur mars. Personne ne savait qu’une forme bactérienne y avait survécu, et l’on pensait donc que c’était une roche nouvelle. Or les propriétés énergétiques de cette roche allaient permettre de faire une avancée majeure : résoudre les problèmes sur lesquels butaient les scientifiques dans l’élaboration d’un système de télé transport.
À partir de la roche, ils créèrent des portes. Ils n’en connaissaient pas encore l’exact potentiel mais le bond technique que permettait cette technologie fut prodigieux.

Ces portes furent nommées « ISTAR » (Inhibited System of Teleportation by Amber Reactor).
Évidemment, les choses allèrent très vite. Le gain de temps permit au monde un nouvel essor économique, alors même qu’il s’étouffait et commençait à péricliter. Des Istars furent posés dans les années suivantes sur différentes planètes du système solaire, puis on inventa un système d’Istars orbitaux, qui permettaient de faire voyager d’immenses vaisseaux commerciaux depuis l’atmosphère terrestre (la terre, la planète sacrée, appelée par la suite origine dans les légendes) jusque dans des régions reculées de notre système. Entre 2100 et 2200, cependant, beaucoup de choses se dégradèrent. Malgré les exploitations de matières premières, qui marchaient à plein régime, et les projets bouillonnants qui de partout foisonnaient, on se chicanait, on se disputait, on se faisait une guerre économique sans pitié.

Tant et si bien qu’à l’horizon 2200, ce fut l’impasse : Une guerre mondiale éclata.
Vous imaginez sans problème la puissance des armes de cette époque et les dégâts sur la société humaine comme sur la biosphère.

Cette guerre dura trois ans.

Or, depuis le début du XXIIe siècle, un projet d’envergure avait été mené sur Mars. Les grands bouleversements économiques de l’ouverture des marchés au système solaire avaient rendu la planète peu intéressante à l’exploitation, et mis à part l’ambre minéral, on ne s’occupait guère des roches martiennes. Scientifiquement, de plus, on pensait avoir fait le tour de la question.
Il n’y avait plus rien a y découvrir.
Une unité de scientifiques avait donc conçu un projet de terra formation qui avait un objectif d’utilité mondiale : Mars devait devenir un programme de développement et de préservation de la biosphère d’Origine. En clair : une planète entière devenant un parc naturel, où la biosphère pouvait se développer sans l’homme, uniquement gérée, pour accélérer sa stabilisation, par des machines et des robots.

C’était la plus belle œuvre environnementale réalisée depuis la directive des cités souterraines, adoptée par l’organisme mondial en 2054. Une sauvegarde absolue de notre patrimoine biologique.

Grâce aux Istars, cette terra formation ne prit qu’un siècle
Un an avant le début de la guerre, on inaugura la planète rouge, devenue bleue elle aussi, nouveau paradis des scientifiques.
D’autres structures avaient aussi subi des modifications (notamment Europa, un satellite de Jupiter, dont une partie de l’épaisseur glaciaire, sous la surface, avait été fondue, libérant un espace entre elle et l’océan souterrain, sur lequel on construisait des îles habitables par les humains), mais elles étaient réservées à l’humanité ou à l’industrie biologique (forêts artificielles pour l’exploitation du bois ou l’industrie pharmaceutique, élevages industriels d’animaux, notamment).
D’où l’incroyable succès que remporta l’opération, malgré les actions hostiles des « hélio protecteurs », (les protecteurs solaires : un réseau de mouvements pour qui le système solaire ne devait pas être défiguré par l’expansion humaine, comme l’avait déjà en partie été la nature sur Origine).

Seulement la guerre nucléaire bouleversa tout cet équilibre. Des millions de civils fuirent la planète bleue pour atteindre les colonies d’exploitation (où généralement travaillaient plusieurs de leurs proches), ou des vaisseaux de ligne sidéraux.

En trois années, il y eut trois vagues d’immigration successives vers le système solaire. Mars, n’échappa pas à la règle. Dès les premiers mois de guerre, l’organisation mondiale, encore active, fit sauter l’interdit planétaire, et des centaines de milliers d’individus commencèrent à emprunter les Istars orbitaux pour venir sur le seul espace humain alors ouvert à la surface de mars : un complexe scientifique d’étude nommé Viracocha, puis Vicocha par la suite, vocable symbolique issu du nom déformé d’un ancien dieu précolombien (Viracocha (le « ra » a été aspiré au court du temps). Littéralement « mer de graisse » en quechua, synonyme de « créateur » et d’ « abondance ». Son origine est obscure, mais certains spécialistes le faisaient remonter très tôt dans les civilisations pré incas. Mon propre nom, je le dois à cette étrangeté. Car je suis né pour la première fois sur mars, en ces temps oubliés, pour vous lointain futur, pour moi, déjà, un ténébreux passé.

Le complexe se changea en ville-refuge, et ce fut le début d’une nouvelle ère.

À ce moment-là, personne n’avait encore compris que le destin de l’humanité ne dépendait déjà plus de la planète bleue… »

Asile de Vicocha / Archives numériques - BDD 4, tome 2 – pseudo-Novembre 2012.

 

ArticleV : Conséquences de guerre et évolutions migratoires


Rapidement, des changements interviennent chez les survivants. Tout d’abord, une curiosité génétique constatée sur les migrants de la première vague, au bout de quatre mois : dans les années qui suivent, on s’aperçoit que les gens enfantent beaucoup moins (même si cela ne met pas l’humanité en danger), et que les cas de nanisme et certaines formes de maladies génétiques disparaissent complètement. Inversement, les individus atteints de nanisme avant la guerre n’enfantent plus que des nains. D’autres problèmes génétiques apparaissent aussi, que l’on ne connaissait pas. Un bon exemple est l’hypercérébrée : une maladie orpheline qui fait grandir anormalement le cerveau du malade jusqu’à ce qu’il finisse par en mourir ou qu’il soit opérés.

Comme les vagues se chevauchent plus ou moins, on ne prend pas encore conscience de l’impact de ces transformations sur le long terme. La plupart des gens profondément irradiés ou victimes de certaines formes d’armes chimiques ou bactériologiques, d’ailleurs, meurent. L’immigration n’est pas une partie de plaisir. Vicocha, par exemple, tient plus du camp de réfugiés en phase terminale que d’un aéroport où l’on salue les nouveaux arrivants. Sans parler des nombreux convois qui, sur terre, sont pris en otage ou descendus par telle ou telle armée, à cause de son origine.
C’est même un miracle que personne ne touche aux Istars orbitaux. Plus tard, des spécialistes stratégiques tenteront bien de l’expliquer, mais le fait est que l’on ne détruira les orbitaux terrestre qu’à la toute fin de la guerre, et de manière purement involontaire.

Ce que l’on nomme la seconde vague est extrêmement confuse.
Il y a de moins en moins de survivant du type de la première vague. Ceux qui n’ont pas encore fui sont généralement animés par la volonté farouche de rester sur terre.
En revanche, une multitude de cas désespérés apparaissent, des blessés évacués, ainsi qu’un tout nouveau genre d’individus : les HGM. Les HGM sont au départ un programme militaire lancé au milieu du XXIIe siècle par un certain nombre de gouvernements. Il s’agit d’humains génétiquement modifiés. Les armées régulières en effet, à cette époque, ont quasiment disparues, interdites dans un souci de « paix universelle » par une charte de l’Organisme mondial. On estime que la robotisation des technologies militaires, la fabrication d’androïdes compétents, ainsi que la portée balistique toujours plus grande des armes de destruction massive, rend l’utilisation d’un grand nombre d’hommes caduque, voire criminelle.
Le problème, c’est que les robots (androïdes et engins téléguidés), si perfectionnés soient-ils, ne peuvent remplacer des officiers. Il faut donc quelqu’un aux commandes, les généraux et les commandants n’ayant que dix doigts et une bouche. On contourne alors la difficulté grâce aux HGM. Ils sont considérés comme humains, au même titre que les autres hommes, mais leur patrimoine génétique est conçu pour faire d’eux des guerriers d’exception. Pas des machines bourrées de testostérone (les androïdes seraient toujours plus efficaces), mais des officiers intelligents, aux sens hyper aiguisés, et ayant de grandes disponibilités aux exercices martiaux ou stratégiques. Ils sont aussi efficaces sur le terrain que dans les bureaux ou aux commandes des véhicules. Ces HGM ressemblent à tous les humains, mais ils ont généralement un corps souple, fin et leste, à la peau grise très pâle, dénuée de pilosité superflue, et leur vue et leur odorat sont extrêmement développés. Leur cerveau est considérablement « optimisé ». Cerise sur le gâteau, ils disposent d’un renouvellement cellulaire « clonique », c’est-à-dire que, s’ils sont nourris correctement et ne subissent pas de violences, ils sont proprement « immortels ». Leurs cellules, en se dédoublant, ne diminuent jamais et sont exactement identiques. Entre autres, un HGM développe très difficilement un cancer « naturellement ». Comme leur résistance aux maladies bactériennes et virales est de plus très grande, ils sont, militairement parlant, presque parfaits.

Heureusement, il existe un moyen sûr de les distinguer des autres hommes. Leurs oreilles, beaucoup plus performantes que des oreilles humaines, sont légèrement plus longues que les nôtres, et terminées d’une petite excroissance en pointe qui permet à coup sûr de les reconnaître.
Ces armées sorties d’éprouvettes, afin de correspondre à des lois éthiques, ne peuvent se reproduire facilement avec les autres humains. Même si les deux sont compatibles, le patrimoine génétique de l’HGM est programmé « agressif », ce qui veut dire que l’enfant d’un couple mixte est lui-même un HGM. Il est donc difficile de coucher ou de vivre avec un HGM sans que tout le monde le sache, et les considérations morales des sociétés de l’époque se chargent très tôt de rendre ces unions tellement honteuses qu’elles sont considérées comme un fléau, et n’auront presque jamais lieu, même au sein de l’armée (Les HGM, hommes et femmes, développeront d’ailleurs durant cette période un formidable complexe de supériorité, dû en partie au bourrage de crâne que leurs inculqueront leurs supérieurs).

Le problème, c’est que lorsque les HGM, ou du moins une partie d’entre eux, commencent à migrer vers les implantations humaines du système solaire, parce qu’ils comprennent que leurs patrons sont en train de réduire le monde en cendres, ils ont déjà subi de nouvelles modifications. Les HGM qui migrent sur le début de la seconde vague, malgré leur incroyable endurance physique aux attaques chimiques et radioactives, développent, comme les humains qui arrivent à cette époque, une sensibilité poussée au rayonnement lumineux. La maladie du soleil, sous une forme atténuée, commence à se répandre. Le niveau de mélanine qu’ils produisent est insuffisant pour protéger efficacement leur peau, qui devient fragile, et ils sont contraints de se maintenir le plus possible dans des lieux ombragés. Et cette modification, on le verra à la longue, se répercute sur leurs descendants. On constate le même phénomène chez les humains, mais comme une grande partie d’entre eux meurent, il reste plus marqué chez les HGM.

L’autre problème est d’ordre moral. On ne les accepte nulle part. Le syndrome de la guerre s’abat très tôt sur eux et les gens voient dans ces militaires « préprogrammés » des coupables tous désignés de leurs malheurs.
Dans tout le système solaire, seule Vicocha, qui a la plus grande capacité d’accueil, va faire figure d’exception.

Tous ceux qui survivent vont donc s’y retrouver.
On gère sur Mars l’arrivée des HGM en masse et on les place comme tous les autres civils dans des structures d’habitations semi souterraines (des immeubles aussi hauts que profonds et des réseaux de fortins souterrains basés sur le modèle des cités souterraines terrestres) et des hôpitaux géants qui poussent comme des champignons. Démilitarisés, devenant dans l’urgence de la guerre des civils comme les autres, les HGM doivent alors se creuser une place dans une société ébranlée et traumatisée, en attente d’un retour, qui ne veut pas encore les accepter comme égaux.
C’est dans cette période pré martienne que le nom « Alfayînn », « elfes » est lancé (les gens d’alors parlaient tous en plus de leur langue nationale une langue internationale, l’hébraïmabad, qui mélangeait des langues du pré monde désormais mortes : le français, l’allemand, l’anglais, l’espagnol, le chinois, le japonais, l’hébreux, l’arabe et divers autres dialectes. Dans cette langue, par exemple, « Mars » se dit Mer’ch. La quasi-totalité des langues actuelles va apparaître sur Mars dans les deux millénaires suivants en se basant sur celle-ci). Ce nom va progressivement remplacer celui d’HGM, et son caractère, tout d’abord péjoratif (on traite d’elfes les HGM à cause de leur ressemblance avec ces êtres de légende, probablement d’ailleurs intentionnelle, mais c’est avant tout une insulte, synonyme de « non humains »), va devenir pour les HGM une véritable revendication mythologique, qui va aboutir à des dérives idéologiques et religieuses dangereuses. Dans la suite de l’histoire martienne, elles auront d’ailleurs des conséquences dramatiques.

La troisième vague d’immigration est la plus grave. Elle a lieu durant les débuts de la troisième année de guerre (en 2201 de notre aire), et s’interrompt brutalement, au court du mois d’août, avec la perte des deux Istars orbitaux de l’atmosphère martienne, victimes d’une terrible erreur humaine.

Ce qui distingue la seconde et la troisième vague d’immigration est un changement profond dans l’état des rescapés qui parviennent sur Mars, tant les humains que les HGM, et qui commence à faire naître d’énormes doutes quand à l’issue du conflit.


À cette époque, il faut le savoir, tout le monde espère encore revenir sur terre. Il faut bien garder à l’esprit que, pendant ces trois longues années, tous les rescapés, les migrants et les fugitifs, pensent qu’un vainqueur va finir par se matérialiser entre l’alliance RAAI (Russes, Américains, Arabes et indiens) et le bloc CAEN (chinois, africains, européens, nippons) (pièce jointe 4).

Mais durant les débuts de la troisième vague, arrivent des cas de modifications génétiques sans précédent. Chez les HGM, cela se traduit par un curieux changement de couleur de peau chez les individus sains. Le gris de leur teint se fonce jusqu’à en paraître quasiment noir. Ces tâches semblent correspondre à une production anarchique de mélanine qui forme des grains de beauté géants couvrant tout le corps et traduisant une forme extrêmement poussée de la maladie du soleil. Curieusement, les individus atteints de ce dérèglement de la peau ne sont pas plus mal-en-point que leurs prédécesseurs, mais le soleil les affecte énormément. Il est impossible pour eux de sortir en dehors d’une zone d’ombre, même quelques secondes. Cependant la majorité d’entre eux vivent encore normalement, malgré cette grosse contrainte.

On ne peut pas en dire autant des humains…
La quasi-totalité d’entre eux, à ce niveau de la guerre, meurt en court de route ou en arrivant dans les centres. Ce sont les HGM qui les rapatrient et s’occupent d’eux durant des voyages de plus en plus périeux et de moins en moins nombreux.


Les rares survivants, en plus d’une maladie du soleil poussée, et de lésions dues aux irradiations qui atrophient dangereusement leur masse musculaire, sont désormais presque tous victimes de syndromes d’hypercérébrée extrêmement graves, des formes à évolution ultrarapide, inopérables.


Par miracle, une bonne part des survivants peut vivre avec, grâce à une trépanation et des systèmes artificiels de casques crâniens autonomes, spécialement conçus pour cela. Mais ces casques sont lourds et l’atrophie musculaire des blessés oblige les médecins à les incarcérer dans des minerves encombrantes qui leur empêchent une bonne rotation de la tête. Sans parler de leurs corps. Ils ne supportent aucune forme de lumière vive, même artificielle. Seule une pénombre poussée et constante leur permet de se déplacer normalement. Le problème, c’est que leurs muscles ne les supportent plus non plus. Les services médicaux doivent dans un premier temps recourir à des bulles gravitationnelles, des sortes de sphères plastiques à l’intérieur desquels un module annule la gravité. Ces nouveaux réfugiés se déplacent donc en roulant leur bulle comme une roue, maintenus à la verticale en flottant lentement sur un axe central.
On constate aussi chez eux, au bout de quelques mois, des mutations plus profondes, et plus étranges. La peau de la plupart des individus qui se maintiennent en vie se renouvelle sans cesse à très grande vitesse, ainsi que l’ensemble des tissus corporels. C’est une forme très étrange de renouvellement cellulaire clonique. Beaucoup de médecins, malgré des rapports et des bulletins d’information contradictoires, supposent que des expérimentations sont menées à grande échelle sur les derniers civils et soldats encore sur terre, pour mener les capacités des victimes au même niveau que celles des HGM. Ces derniers, en effet, sont de plus en plus rares et de plus en plus jeunes, ce qui est critique pour le remplacement de la soldatesque sur les fronts. D’ailleurs, les HGM qui escortent ces civiles ne démentent pas ces faits.
Pire, on finit par découvrir que les tissus des malheureux se renouvellent même après de graves lésions, les maintenant dans des souffrances parfois atroces.


Ainsi, un hypercérébré arrivé à Vicocha comme blessé critique, avec de multiples balles dans le corps, s’en sort, au grand étonnement de tous.


Les gens finissent par avoir peur de ces malheureux, ces gueules cassées du troisième millénaire, et les marques de la guerre sont tellement imprégnées sur leurs corps qu’on se détourne d’eux, qu’on les craint, et qu’on essayent le plus possible de les ignorer.


D’autant qu’ils sont presque tous des militaires ou d’anciens partisans de la guerre, de tel ou tel bord. Leurs idées dérangent le reste de la populace, qui veut oublier pourquoi elle en est arrivé là, et un nom commence rapidement à circuler parmi les gens pour les désigner : les inavoués. Ce nom symbolise à lui seul le sentiment de rejet du reste des hommes.

Asile de Vicocha / Archives numériques - BDD 4, tome 2 – pseudo-Novembre 2012.

 

Article VI : Vent divin


Regardez les reflets de lumière sur l’éther,
Atomes chatoyants qui flottent dans les yeux,
Couleurs d'arc-en-ciel qui dansent dans les airs,
Univers naissants des murmures des dieux !

Sous la voûte nuageuse glissent les engoulevents,
Les vagues au son d’écume frisent sur les falaises,
Elles martèlent de nuit le crépitement du temps,
Emportant dans leurs bras de silencieuses braises…

Des Istars gémissant, ils scrutent sous les seuils,
Comme des ombres mortes, vous dévorant de l’oeil.

Pourquoi le temps s’étire ? Hommes le savez-vous ?
L’infini des abîmes, ne pouvez-vous le voir ?
Les demeures des dieux sont-elles si loin de vous,
Que leurs vieilles épées vous semblent sans pouvoir ?

...Quoi que sous la pierre grise, leur feu ne soit tari ?

Bien malin qui verra maintenant où se cachent
Ceux que l’on croyait morts, errant dans le désert.
Ces traîtres de l’éther, Elohîm sans attaches,
Ces hauts champions de El grouillant comme les vers !

Mais ils viennent, sachez-le, prendre le prix du sang.
Ils viennent sans un bruit, en hurlant dans le vent.
Déjà l’on peut entendre grincer sur son pivot,
L’essieu de Sama’srha, au son de leurs hérauts !

Car ils viennent, c’est certain, les hauts champions de El !
Venteux tourbillonnant de flammes éternelles…

Asile de Vicocha / Archives numériques, BDD 4, tome1 – pseudo-novembre 2012