Warhammer, les News
Son Dernier Ordre

 

Le jeu « Istar : ombres et lumières » couvre une période d’un peu plus de 1000 ans martien : le premier Arquil, ou premier âge du monde d’Istar.

Mais pour comprendre la nature de ce monde, il nous faut revenir rapidement sur les éons qui le précédèrent.

Origine :

Au commencement, il y avait la terre. Les grands anciens formaient une seule race sur cette terre, que nous nommons « Origine ». C’était le temps des hommes. Ils possédaient différentes couleurs de peau, de multiples et inépuisables cultures, des modes de vie et des moyens de subsistance grandement diversifiés. Leurs nations fourmillaient de toute part, se faisant la guerre et se déchirant, ou s’alliant pour de longues périodes de paix, avant de s’affronter à nouveau de telle ou telle manière.

Dans les dernières années d’Origine, cependant, les grands anciens avaient conquis tous les territoires du monde, et de grandes institutions étaient nées, afin d’empêcher qu’une nouvelle guerre éclatât qui eût conduit l’humanité à sa perte. D’immenses empires économiques avaient remplacé les champs de batailles, et le degré de technologie de « ces grands anciens » était devenu suffisant pour leur permettre de commencer à explorer certains astres du système solaire, et d’en exploiter les ressources.

Ainsi arrivèrent-ils sur ce que nous nommons aujourd’hui le second monde. Là même où, après encore quelques années, les derniers d’entre eux auraient à s’exiler. Ce monde avait la particularité d’être aussi le plus proche d’Origine. D’apparence stérile, rougeoyant et venteux, ils parvinrent à s’y implanter et commencèrent à en exploiter les différents minerais et gaz, ainsi que les eaux prisonnières en profondeurs. Car le monde d’Origine, à cette époque, manquait cruellement de ces matières.

Les grands anciens découvrirent aussi sur le second monde une roche inconnue d’Origine : l’ambre minéral. Cette roche avait une extraordinaire propriété : elle semblait capable, littéralement, d’emmagasiner ce que certains nomment de la « mémoire  psychique », et ce que d’autres qualifient de radiances d’énergie psychique, appelée aussi « énergie psycho résiduelle ». En outre, elle pouvait la restituer en retour sous une forme plus ou moins matérialisée. Mieux encore : on pouvait en faire varier les différents paramètres par des moyens technologiques plus classiques et les mesurer, les quantifier, les contrôler.

Aux yeux des grands anciens, ce fut comme le chaînon manquant de la matière auquel, depuis toujours, ils avaient aspiré.

Cette découverte provoqua un véritable coup de tonnerre dans l’évolution humaine. Car les grands anciens avaient atteint un tel niveau dans leurs recherches qu’ils inventèrent, à partir de cette pierre, un système capable de transporter un objet d’un point à un autre en un instant, procédé qui, jusque-là, s’était heurté à de complexes difficultés physiques. Cette invention fut le second paramètre qui allait tout faire basculer.

 Elle aboutit à peu de temps de là à un mode de déplacement humainement exploitable : l’« instantaneous system of transport with amber reactor », rapidement écourté en « Istar ».

Ce fut le début de l’expansion humaine, au sens propre du terme, dans l’espace. Tout le système solaire devint accessible, et économiquement viable, et l’humanité connut un incroyable regain de croissance qui dura près d’un siècle.
 
Ce fut durant ce siècle que certains savants d’Origine se tournèrent vers un nouveau projet : faire de plusieurs mondes du système solaire des bases avancées de l’humanité, des colonies, par lesquelles ils pourraient ensuite lancer leurs explorations bien au-delà vers les étoiles et, peut-être, de nouveaux mondes exploitables. Ce projet répondait aussi à la volonté des anciens de conserver l’espace d’Origine, car l’humanité, du fait de sa puissance, ne cessait de grandir, et ses villes envahissaient tous les territoires. Un projet secondaire naquit de ce « colonialisme sidéral » : La terra formation du second monde.

Il y avait en effet eu des bouleversements sur le second monde. Certes, les gisements d’ambre étaient toujours exploités, mais l’eau et les minéraux avaient été trouvés en plus grande quantité ailleurs, et l’exploitation de cette planète était arrivée à son terme. Aussi les grands anciens lancèrent-ils cette aventure audacieuse : rendre le second monde « viable » pour les créatures d’Origine, et en faire un gigantesque réservoir de vie, géré par des machines discrètes, sur lequel l’humanité n’aurait pas sa place, et au sein duquel la vie pourrait continuer à se développer sans être gênée par les intérêts humains.

Ce qui fut fait. Le second monde, grâce aux Istars, se vit doté en quelques décennies D’océans, de différents gaz, de champs de forces colossaux capables de les retenir, et les grands anciens allèrent jusqu’à faire fusionner ses deux petits satellites en un seul, qu’ils placèrent à une distance calculée, formant une petite lune qui, couplée à un impressionnant dispositif technologique, devint capable de créer les marées nécessaires à la vie océane, et de laquelle ils pilotèrent leur projet. Les machines aménagèrent toute la surface de la terre, et toutes les espèces de vie encore présentes sur Origine, ou dont on avait gardé une trace génétique, furent introduites graduellement par des procédés mystérieux, qui accéléraient leur croissance. Chacune fut disposée selon son milieu de prédilection, jusqu’à ce que le second monde devînt une sorte d’Origine primordiale, dans laquelle l’homme ne serait jamais né.

…Malheureusement, ce fut au moment de l’achèvement de ce merveilleux projet que la grande guerre, la dernière guerre, éclata. La folie humaine, pour une raison que la plupart des gens ignorent, s’embrasa, et Origine connut trois années affreuses de chaos, durant lesquelles l’humanité employa des armes méphitiques qui polluèrent la vie et la transformèrent. On ne rentrera pas ici dans les détails, car tous ces faits sont rapportés dans les grandes chroniques historiques.

Ce qui est certain, c’est que la guerre d’Origine engendra, d’une manière ou d’une autre, les six grandes races de l’humanité actuelle: La race des humains, héritiers des grands anciens, la race dite des nains, celle dite des gnomes, celle des elfes appelés « originels », des elfes appelés « noirs », et enfin la race des « inavoués », ces monstres d’esprit aux multiples apparences.

On pourrait rajouter une septième race, qui n’en est pas vraiment une : la race des Dieux, des génies et les esprits, qui existait déjà sur Origine mais qui, avant « l’âge de l’ambre », avait été plus ou moins ignorée par l’humanité.

Toutes les races fuirent graduellement Origine. Les « esprits » parvinrent eux aussi à survivre en s’arrachant, par un mystérieux procédé, aux liens qui les enchaînaient autrefois à la terre.

Le problème, c’est que seul le second monde avait la capacité d’accueillir une humanité toute entière. On en débloqua donc les entrées. Les hommes arrivèrent sur les territoires vierges de ce que nous connaissons comme étant le « continent de Vicocha », du nom de la grande ville aujourd’hui sur le territoire des humains de l’ouest, et qui était alors la toute première ville du second monde, point de chute obligé pour tous les rescapés.

Peu après, alors que les hommes se répandaient à la surface de ce nouveau monde, Origine fut détruite par la guerre. Cela marqua l’an zéro aedm (après extinction du monde).

Un nouveau monde

À partir de cet instant, même le calendrier temporel changea. La durée des années et des jours, en effet, était différente sur les deux mondes, et les années du second monde étaient de 687 jours du comput du premier. Mais, les journées y étant un peu plus longues, le second monde se mit en réalité à vivre sur des périodes annuelles de 668 jours répartis en 24 mois (23 de 28 jours, selon les cycles de la protolune, et un de 24, appareillé d’ajustements d’une journée tous les 2, 10 et 95 ans).

Et c’est sur ce référent là que, il nous faut ici le souligner, furent dès cet instant établies toutes les estimations et les dates. Voilà pourquoi selon le comput d’Origine, plus de 2216 ans se sont écoulés jusqu’à la fin du premier Arquil tandis que, du point de vue de notre monde, cela ne représente plus en réalité que 1178 années. Et voilà pourquoi également, par exemple, un homme, qui sur l’ancien monde vivait entre 70 et 90 ans ne vit plus, aujourd’hui, qu’entre 40 et 45 ans environ.

Au début donc, vers l’an zéro aedm, les colonies du système solaire étant reliées entre elles par des Istars, toutes les structures d’échange des grands anciens auraient dû grâce à eux se maintenir.

Mais le véritable problème restait toujours le même : la nature humaine. Il fut d’autant plus exacerbé que partout désormais, et sur le second monde plus encore qu’ailleurs, il y avait un énorme brassage de races d’hommes, et chacune avait développé pendant la guerre son propre point de vue quant au devenir du genre humain tout entier, et au rôle de chacune de ses nouvelles parties. Les luttes, passé le traumatisme, reprirent donc rapidement, entraînées et motivées par les enjeux territoriaux et commerciaux colossaux que représentait l’eldorado du nouveau monde. Ce fut dans ce temps plus court, nommé l’âge des pères, que nous fûmes graduellement isolés du reste du système sidéral. Les liaisons des Istars satellitaires d’abord, puis les liaisons avec les grand Istars continentaux qui reliaient Vicocha, le monde connu, aux territoires et terres d’au-delà des océans, furent perdues. Il existe même une fable selon laquelle un continent entier, devenu par la suite une légende, l’Oriacancha, aurait existé au commencement du monde, avant de sombrer à la suite de la guerre raciale des inavoués, celle-là même qui les conduisit à l’exil sur Ktyss. Le continent fantôme aurait disparu dans le néant, pour faire place à un gigantesque océan.

En tout cas, les grandes races de Vicocha, elles, continuèrent alors de se cliver et de s’affronter en de sanglantes guerres plus localisées, qui virent les liaisons entre les nations, puis les contrées, s’étioler ou s’éteindre, chacun décidant de vivre dans son coin…

L’humanité bascula progressivement dans un néo-moyen âge incertain, où la technologie fut en partie oubliée. Les milles premières années du premier Arquil, du comput de Vicocha, furent le théâtre de cette régression humaine.

Les peuples connurent de grandes disparités technologiques. Certains se maintinrent à un haut niveau, d’autres revinrent aux lances préhistoriques, d’autres aux épées du haut moyen âge. Certains enfin, et leur rôle est important, connurent, malgré la régression générale, une croissance brillante.

La carte du monde connu, qui est donc le continent de Vicocha et les îles de proximité qui l’entourent, tels que nous pouvons les voir aujourd’hui, se dessina peu à peu, avec ses frontières et ses nations.  Durant les trois premiers siècles, des implantations humaines fleurirent un peu partout, relançant l’économie. Mais les moyens techniques venant à manquer, et les guerres de races empoisonnant toute la surface du monde, cet espoir de redressement s’évapora de lui-même. Chacun se replia un peu plus dans ses frontières, les liens se défirent et les premiers royaumes, au sens propre du terme, apparurent sur les fondations des nations primordiales. Les humains occupèrent dans un premier temps tout le continent, du nord au sud, et d’Est en ouest, à l’exception du Dwordwenion, terre fertile d’au-delà des monts du Zînnan, où s’étaient établis les nains en 26 aedm, persécutés et désireux de s’isoler, fuyant les vexations des elfes et des hommes, alors alliés. L’île de Ktyss, au sud du monde, était également un endroit tabou : les inavoués immortels, qui avaient déclenché au nom de l’un des leurs la première de toutes les guerres de notre monde, y avaient été exilés. C’était une île entourée de montagnes et de volcans, issus des expérimentations des grands anciens sur le sol du second monde, et dont le sol était aride, désertique, bien que renfermant d’importantes ressources minières. Un véritable pénitencier à ciel ouvert.

Les elfes, eux, étaient partout, comme les humains, jusqu’à ce qu’éclatât la grande guerre humano-elfique, dont l’origine, dit-on, fut l’orgueil des elfes, qui, prenant peu à peu conscience de leur potentiel psychique, bien supérieur à celui des hommes, et de l’ensemble de leurs dons, se seraient mis à considérer les humains comme des serviteurs.
Quoi qu’il en soit, les elfes, au second siècle, furent vaincus en un véritable carnage, malgré leur force et leur intellect, et les survivants se retrouvèrent tous dans la ville d’Elfia, alors une « cité vitrine », qui avait été créée par les elfes afin de montrer à tous la supériorité de leur savoir-faire.

Elfia disposait d’un système qui la rendait invisible aux yeux du monde, et c’est comme ça que les elfes disparurent de l’humanité, pour un temps, et fondèrent petit à petit des royaumes dans la forêt monde d’Itchita, immense forêt du centre de la partie Nord du monde au sein de laquelle Elfia avait été bâtie.

Elfia devint la cité mère de tous les elfes, véritable cité sacrée, dont le palais royal est nommé, encore aujourd’hui, la valhalla terrestre, en référence à de très anciennes mythologies qui, déjà, avaient valu aux elfes leur nom racial de la part des humains qui les avaient créés.

Puis une guerre, une de plus, éclata entre les elfes originels, dits « blancs » (à cause de leur peau gris pâle laiteuse), et les elfes issus des vapeurs de la guerre d’Origine, dits « noirs » (à cause de leur peau gris sombre teintée de nuances claires). Cette guerre fut sanglante, et engendra toute l’histoire du monde elfique. Les elfes noirs, vaincus, furent exilés dans le désert aride qui bordait la forêt d’Itchita au Sud, et commencèrent de là leur terrible exode, qui les mena jusqu’au sud du monde, dans la forêt de la Noldelaï, où ils s’établirent. Ils créèrent le royaume d’Edonia, du nom de leur reine vénérée.

Au milieu du second siècle, dans l’île de Ktyss, tout au Sud-Est du monde, un événement majeur se produisit, qui allait ensuite marquer toute l’évolution du premier Arquil. Les inavoués se révoltèrent et les humains de la Noldelaï, ancienne nation du Sud, perdirent le contrôle de l’île pénitencière de Ktyss. Un nouveau chef s’éleva, qui se donna de lui-même le titre d’empereur de Ktyss, seigneur des inavoués. C’était un ancien général de la grande guerre d’Origine. Il chassa ses opposants, avant de commencer à construire les installations qui allaient lui permettre, à quelques siècles de là, d’envahir le monde connu.

Ceux qu’il avait chassé, et que tous connaissent aujourd’hui sous le nom de « Mages blancs », à cause des aubes éclatantes qu’ils portent en permanence, s’exilèrent, traversèrent les mers, et parvinrent à se faufiler sur le continent, où ils errèrent longuement, jusqu’à trouver le peuple d’humain qui allait les aider, en quelques années, à bâtir un grand projet : La cité de cristal, immense ville volante fonctionnant à l’ambre minérale, où les mages blancs décidèrent, pour les générations à venir, de rassembler tout le savoir du monde, dans l’espoir d’une nouvelle aire de paix.

L’empereur, lui, se rendit bien vite compte que les inavoués étaient beaucoup trop faibles pour se battre seuls contre les humains du sud du monde, encore très performants à cette époque. Il voulut donc se créer des armées. Utilisant les propriétés de l’ambre minéral et son formidable potentiel psychique il était parvenu à passer un pacte avec l’inframonde, l’enfer psychique, d’où il fit par le pouvoir de la pierre se matérialiser des hordes de démons, qui lui obéissaient, et se servit d’eux pour créer des races nouvelles. Ce furent d’abord ceux que d’aucun nomment aujourd’hui les orcs et toutes leurs armées, à la croisée génétique d’humains, d’elfes noirs et de grands singes, ainsi que d’autres animaux, qu’il avait capturés et sélectionnés. Les premiers orcs sortirent littéralement des usines de Ktyss. Ce furent les hommes de la Noldelaï qui leur donnèrent leur nom selon les anciens archétypes mythologiques hérités d’Origine, comme ils avaient fait pour les elfes ou les gnomes. Les orcs, donc, furent éduqués, et commencèrent à se reproduire en masse par leurs propres moyens. Ils n’étaient pas dénués d’Intelligence, qu’ils avaient aussi grande que les humains, mais leurs instincts étaient si forts, selon la volonté de l’empereur, qu’ils se tournèrent dans les premiers temps uniquement vers le sang et la guerre.

L’empereur déclencha un premier plan de conquête en l’an 398 aedm, que les humains du sud et les elfes noirs, alors alliés, malgré une méfiance vieille de plusieurs siècles, parvinrent à remporter. Mais ils ne purent aller sur l’île de Ktyss pour s’emparer de l’empereur, et durent se contenter de se fortifier en espérant que la perte de leurs armées dissuaderait les inavoués de recommencer.

L’essor du C.R.E.A

A peu près à la même époque, le Crea, un royaume perdu au cœur des montagnes noires, juste au sud de la péninsule de Vicocha, terre des hommes de l’Ouest, perdait sa manne providentielle : les « dragons », du nom qu’ils leur donnèrent, machines biologiques dotées d’une grande intelligence qu’ils avaient inventées pour servir aux besoins économiques  du monde de l’âge des pères. Lors de la grande récession des énergies minérales en effet, qui entraîna une pénurie des moyens de transport mécaniques et une remise en cause des modèles de développement plus classiques, le besoin s’était fait sentir de se tourner vers l’organique et la génétique : les dragons, immenses et peu coûteuses créatures aériennes, en avaient été le fleuron. Mais les monstres finirent par tous s’enfuir vers le nord-est, où ils gagnèrent une forêt isolée et hostiles qui les avala pour de nombreux siècles.

Il faut dire, pour mieux comprendre l’apparition de ces créatures, que cet épisode curieux du développement foisonnant du génie génétique se structura principalement au premier siècle, qui fut le théâtre du pic de l’effondrement économique du nouveau monde et qui marqua, pour ainsi dire, la fin définitive de la société héritée d’Origine. Les autorités d’alors de Vicocha, colonie humaine parmi d’autres, en phase de passer au rang de nation, chercha désespérément à regrouper en un seul organisme tous ses chercheurs et trouver une solution aux terribles problèmes logistiques que le second monde rencontrait : peu de minerais exploitables dans le domaine des énergies, aucune énergie fossile ou presque, un éloignement du soleil qui créait des difficultés, des ressources végétales nourricières indétournables car la surface de terre arable était encore beaucoup trop faible et enfin, la préciosités accrue de l’ambre minérale qui devenait de plus en plus difficile à exploiter dans des domaines de bas coûts. Ainsi Vicocha, plus puissante des colonies, imagina le Cre ou « centre de recherche aux énergies », qui se divisa en plusieurs groupes spécialisés dans diverses ressources disponibles mais peu encore exploitées dans ce domaine. L’un de ces groupes sembla rapidement plus prometteur que les autres, grâce au grand génie génétique des gens de l’époque, celui dédié aux « énergies organiques », terme pudique voilant une exploitation mécanique du vivant. Et c’est au sein de cette nébuleuse que le Crea « centre de recherche aux énergies animales », basé dans les montagnes noires au Sud de la colonie de Vicocha, vit le jour, puis parvint à supplanter tous les autres grâce à son dragon, immense reptile volant et intelligent qui pouvait gérer sans aide humaine des tâches d’une grande complexité, demandant des efforts mécaniques colossaux, notamment dans la construction, et transporter à grande vitesse n’importe quelle marchandise sur l’ensemble du monde sans dépenser aucune autre énergie ou presque, puisque la créature ne nécessitait que quelques kilogrammes de viandes quotidienne.

Or le transport aérien des marchandises étant l’un des plus grands soucis de l’époque, car outre tous les problèmes énergétiques et miniers précédemment évoqués, la machinerie complexe de la terraformation du second monde, toujours active, engendrait dans les couches supérieures de l’atmosphère des perturbations intempestives qui, malheureusement, rendaient les systèmes électroniques extrêmement vulnérables en altitude.

Les colonies de l’époque louèrent donc à prix d’or ces animaux fabuleux et le Crea s’enrichit et dévora les autres départements, jusqu’à absorber le Cre lui-même, avant de le transplanter dans son repère des montagnes noires. Sa richesse fut alors telle, grâce à son monopole, que la science fit un bon prodigieux dans ses laboratoires et que, rapidement, le Crea en vint à avoir des envies d’indépendance vis-à-vis de Vicocha sa mère patrie. Cela, bien sûr, finit par se faire. Dès que le Crea imposât sa liberté à ses anciens maîtres, il se mit à exploiter à tel point les dragons pour s’enrichir que ces derniers en eurent du ressentiment et, à leur tour, voulurent défier ceux qui les avaient créé. Mais le Crea disposait d’une technologie puissante, et bien que les dragons fussent par leur cuirasse presque invincibles (c’était une des précautions que le Crea avait prises pour éviter que d’autres s’emparassent de leurs animaux) et que leurs moyens d’attaquer fussent considérables, ils durent abandonner l’assaut qu’ils avaient dans un premier temps voulu mener, et s’enfuir vers le nord.

Le Crea poursuivit ses anciens esclaves, mais sans parvenir à les rejoindre. Les dragons, enfin libres, trouvèrent refuge à l’endroit où ils sont encore aujourd’hui : le val dragon, dans la forêt septentrionale du Ladebonaraï, à l’extrême Nord-est du continent.

Le Crea n’en resta pas là. 500 ans s’étaient alors déjà écoulés depuis la fin d’Origine, 400 environ depuis que l’institut des montagnes noires avait été fondé, et La Vicocha du cinquième siècle, en pleine crise économique, et en pleine régression technologique, avait plus que jamais besoin de ses ressources et de ses mercantiles savants qui, de ce fait, les détroussaient sans vergogne. Aussi le Crea comprit-il bien vite que le royaume de Vicocha, devant la perte des dragons, risquait un jour où l’autre de venir réclamer son dû par la force, comme d’ailleurs les velléités de l’affaire des dragons, où Vicocha avait intercédé, le leur avait prouvé. Ce fut ainsi le début d’un nouveau projet, qui allait occuper l’institut pendant près de cinq autres siècles à quelques crises de distance : la création d’une armée fiable et performante, capable de se jouer de n’importe quel ennemi. Et Les Creayann, comme ils se nommaient désormais, étaient avant tout des généticiens. Ils capturèrent donc des humains de Vicocha, afin de faire des recherches inavouables, et expérimentèrent aussi certaines de leurs inventions sur des elfes noirs réduits à l’esclavage, qu’ils avaient secrètement capturés lors du grand exode de ces derniers, à la fin du premier siècle.

Ainsi naquirent successivement la quasi-totalité des races mutantes intelligentes du monde connu, comme autant d’essais mal aboutis du Crea : les sylfs, hommes arbres puissants, les hommes reptiles, les hommes scorpions, les hommes oiseaux, les elfes aquatiques parfois nommés sirènes, les terribles machines intelligentes dont s’occupaient les héritiers des anciens membres du Cre, et tant d’autres.

Mais le destin et la détermination hasardeuse des êtres étaient les seuls paramètres que le Crea ne maîtrisait pas. Une seconde fois, machines mises à part, les créations finirent par se révolter au cours d’une gigantesque guerre intérieure aux montagnes noires, et chacune d’entre elles gagna son indépendance dans une grande bataille, une de ces « crises » dont nous parlions plus haut, avant de se répandre à travers le monde en délivrant, au passage, d’autres monstres enjôlés, des animaux formidables plus ou moins fabuleux, créatures fantasques et inutiles nées des éprouvettes, sujettes à d’anciennes et étranges expériences.

Ainsi, emportant dans leur sillage les myriades d’animaux que le Crea avait fabriqué en s’inspirant des contes et des découvertes des grands anciens, ils s’installèrent sur le monde, le peuplèrent, et y habitèrent. Les sylfs vinrent chez les elfes blancs, dans la forêt monde, tandis qu’une partie d’entre eux colonisa le nord et donc Vicocha, devenu royaume semi moyenâgeux,, sans se faire remarquer des hommes. Une autre resta dans les montagnes noires. Ces sylfs, peu enclins aux choses humaines, se donnèrent comme but de réguler le flot terrible des créations du Crea, de les répartir et les faire prospérer le plus harmonieusement possible dans le monde, ce qu’ils réussirent du reste assez bien.

Les autres races hybrides connurent des destins plus mouvementés. Les hommes reptiles, eux, s’installèrent au nord de la forêt monde, où ils se trouvent encore à l’heure actuelle, en conflit permanent avec les elfes. Les hommes oiseaux colonisèrent les monts scintillants, qui forment la frontière naturelle des territoires du sud du continent, puis rejoignirent en partie les mages blancs de la cité de cristal et les gnomes qui les avaient suivi après leur redécouverte hasardeuse, quelques temps plus tôt. Les hommes scorpions s’isolèrent dans un territoire aride, au sud du royaume forestier de Manaav, un royaume combattant né dans les déserts du milieu du mode, au large de la baie d’Achkal où les elfes aquatiques, de leur côté avaient construit leurs villes sous-marines, depuis l’ancienne base secrète du Crea qui les avait vus naître. Seule une petite partie d’entre eux, lors d’un épisode célèbre, migra ailleurs, et après une longue errance se retrouva au sud de Vicocha où ils fondèrent une seconde patrie, un royaume légendaire, en bonne entente avec les humains. Ces derniers, qui leur donnèrent le nom de Sirènes et en firent des créatures semi légendaires, portèrent leur sang, par le mariage, jusque sur le trône royal.

L’évolution suivit ensuite son cours.

Pour le reste de l’histoire c’est désormais vers l’île des inavoués de Ktyss qu’il nous faut de nouveau nous tourner.

La conquête impériale

À partir du huitième siècle ses seigneurs et son empereur décidèrent en effet de donner un nouvel assaut sur le sud du monde, forte de ses immenses armées d’orcs et de démons. Cette fois, ils passèrent aussi par la politique. Ils se trouvèrent un allié d’importance : le royaume d’Edonia des elfes noirs, qui ne supportait plus d’être soumis territorialement et économiquement aux humains nodaliens qui avaient pourtant permis leur installation des siècles plus tôt. Le marché passé avec Ktyss fut donc simple : les elfes noirs livraient la nation nodalienne à Ktyss au prix de leur indépendance.

Heureusement, tous les elfes noirs ne suivirent pas le royaume et sa reine dans leur étrange revirement. Une partie, dont l’héritier du trône, son propre fils, décidèrent de rejoindre les humains, et dans la période de préparation à cette guerre que les hommes savaient ne plus pouvoir éviter, et même ne plus pouvoir gagner, ils conçurent en commun un projet de fuite pour tous les leurs, dans un refuge secret, une gigantesque implantation cachée, qui pourrait leur permettre de mettre à l’abris tous ceux qui ne pouvaient se battre et une partie de leurs guerriers, humains et elfes noirs. Ce fut-là la naissance de la grande cité sous-marine de Nok et de ses dépendances, incroyable « état bulle » océanique, joyaux du savoir-faire de ces peuples qui se tapissent, depuis ce temps, à l’abri de l’empire dans quelque profondeur des mers orientales du Sud du monde.

La guerre impériale en surface eut lieu, comme prévu. Et comme prévu, ce fut une terrible explosion de violence et d’horreur. Ce fut une des plus grandes batailles de l’empire de Ktyss en quatre cent ans de combats presque ininterrompus, qui finiront d’ailleurs par le conduire à sa chute.
Ce fut aussi la bataille fondatrice d’un nouvel ordre mondial : les orcs victorieux, et les Trolls, une des évolutions les plus formidables de ces hordes de « soldats nés », se répandirent dans les villes et les villages, où ils fondèrent les royaumes orcs et les territoires Trollien des Brarianns. Ainsi, l’ancienne Nodalia, mourante, devint le cœur de l’empire continental, et accoucha de ce qui allait accéder au titre de « nouvelle grande race » : celle des orcs, avec ses multiples cultures et traditions.

Les armées impériales remontèrent, dans les temps qui suivirent, toujours plus vers le Nord, se heurtant à tout, combattant nation après nation, royaume après royaume, franchissant territoire après territoire. Pendant de longs siècles l’empire, comme une colonne vertébrale qui cherche sans cesse à se fortifier pour continuer à croître, fit de longue pauses entre ses batailles, bâtissant de nouvelles colonies, signant des traités, cherchant le développement économique avant de mieux rompre ses accords, tirant dans son orbite toujours plus de terres, d’hommes et de créatures.

Car son but absolu, depuis toujours, était de dominer le monde et d’y instituer, comme au premier temps des inavoués, la paix mondiale, rebaptisée désormais l’ordre impérial.

Le principal écueil à ce fantastique objectif, et le plus grand qu’elles eurent à affronter, outre les dissidences et problèmes qui se faisaient jour au sein même de l’empire, fut la coalition des royaumes combattants (des humains issus d’une très ancienne colonie qui, l’ayant abandonnée, s’étaient répandus dans les déserts du centre-monde et s’étaient répartis en quatre royaumes, Sîn, Manaav, Massita et surtout Akmentop conquis par l’empire dès le moment de son arrivée sur le continent, car allié des nodaliens) qui lui opposa une résistance farouche pendant des siècles. Également, elles devaient lutter contre les frères ennemis des inavoués : les mages blancs de la cité de cristal, la cité volante, qui déjoua  dès cette époque une partie de ses plans.

L’empire, envers et contre tout, poursuivit cependant sa progression vers le Nord. Il ne passa pas l’Est des déserts du centre-monde, l’Ouest, demeure du royaume de Sîn, lui restant interdit.

Il mit encore des temps infinis à construire la voix impériale et à la rendre sûre, puis à la faire obliquer vers l’Occident, une fois au Nord, en passant par le cœur des grandes plaines, ce territoire Nordique qui s’étend au septentrion de la forêt monde d’Itchita où vivent les elfes blancs d’Elfia, les sylfs et les hommes reptiles. Et enfin, dans la première moitié du XIIe siècle aedm, l’empire se retrouva sur la frontière orientale de Vicocha : le territoire de Kraïche et du Yuwakan, de farouches barbares du Nord et de l’Est qui lui tinrent tête, soutenus par Vicocha et la science infinie de ses mages, héritée des sages de la cité de cristal qui, des siècles plus tôt, prévoyant cette situation, y avaient lentement fait progresser leurs idées.

La première guerre fut défavorable à l’empire : Vicocha fut protégée par une immense force depuis le mont de l’oracle, la montagne sainte du Royaume, et l’empire ne pouvait rien contre elle. Tout s’immobilisa, car les armées de Vicocha ne pouvaient gagner. Mais dans la période de contact qui suivit les humains, s’adaptant, sortant quelque peu de ce Moyen-Âge qui régnait depuis longtemps maintenant dans cette partie du monde, devinrent de plus en plus valeureux. Tant et si bien que, malgré leur criante infériorité technologique, ils finirent par devenir imbus d’eux-mêmes et se détournèrent du mont de l’oracle. Alors les forces abandonnèrent le pays. Le grand général en chef des armées orientales, frère du roi de l’époque, passa à l’ennemi et tout fut ensuite extrêmement bref : l’empereur franchit les grandes plaines et envahit la Vicocha extérieure. Le traître fonda un royaume, le royaume de Zihla, protectorat impérial fantoche, qui servit un moment de tampon entre l’empire et Vicocha. Puis l’empereur décida d’en finir : Il massa ses troupes aux portes de la péninsule sacrée, protégée par l’incroyable mur d’acier, l’Ata-kalma, qui s’étendait du nord au sud empêchant toute intrusion par la terre et par la mer (il avait été bâti près de mille ans plus tôt, lorsque les elfes s’étaient cachés des hommes) et déclencha la grande guerre, l’ultime guerre, qui portait son nom.

Ainsi, en l’an 1173 aedm, l’empire força les portes de Vicocha, et envahit le dernier Bastion humain fertile du monde connu. L’empire de Ktyss, pendant cinq années, que l’on nomma « Pentalion impérial », régna sur tout le monde connu, du nord au sud, et d’Est en Ouest, grâce à ses orcs, ses elfes noirs et ses insectes géants, qu’il avait créés bien plus tôt pendant sa conquête du centre-monde (c’est d’ailleurs, signalons-le, à cette époque qu’il avait également créé les hommes insectes, dont le contrôle si vite lui avait échappé et provoqué tant de troubles dans l’empire. L’outre monde, ce complexe de galeries héritées de l’époque minière et de la terra formation, qui faisaient du sol du monde un véritable gruyère, était depuis devenu leur antre, à eux et à divers autres peuples réfugiés sous terre). 

Le Yrin

Puis en l’an 1178 aedm, il y eut un ultime revirement. Un groupe d’humains, que par la suite on allait nommer le « Yrîn », envoyé au début de la guerre en mission secrète pour sauver le royaume de Vicocha de l’empire, grâce aux dragons légendaires, parvint à rassembler au cours de ses pérégrinations, et avec l’aide des puissances célestes qui veillaient sur leur destin, toutes les nations encore libres ou farouchement indépendantes que l’empereur n’avait pas trouvées ou assouvies. Nains, humains, elfes, gnomes, dragons et même les gens du Crea. Ces nations s’allièrent et l’empire, enfin, fut défait.

À l’automne de l’an 1178, le groupe d’humains parvint jusqu’au cœur de l’île impériale de Ktyss, où, aidé des puissances, il détruisit l’empereur lui-même, provoquant la terrible submersion de Ktyss qui engloutit à jamais l’ordre impérial.

Les royaumes orcs du sud, les colonies impériales, et le royaume des elfes noirs, furent alors pacifiés. Cette éclatante victoire marqua le début d’un nouvel âge où les anciennes races et les autres se redécouvrirent : cet âge, c’est le second Arquil. Et ce n’est donc plus là notre sujet.

Le premier Arquil, la période à laquelle le jeu « Istar : ombres et lumières » se rattache, prend fin avec la victoire du Yrîn.