Warhammer, les News
Son Dernier Ordre

Vicocha et le groupe Nord-occidental

Le groupe Nord-oriental

Le groupe du centre monde

Le groupe sud

Le groupe du C.R.E.A

Les elfes blancs

les elfes noirs et elfes aquatiques

L'empire de Ktyss

La cité de cristal

Les nains

Les Gnomes

Les Gobelins

Les Esprits

Le Saint trône

 

La cité de cristal

L’histoire des inavoués rebelles est inhérente à de nombreux faits de très grande importance partout à travers le continent. Le premier d’entre eux, et non des moindre, est celui de l’éveil de l’empereur. 

Lors de « l’éveil », tous les inavoués de la caldera furent immédiatement mis sous la pression de fer de sa psyché démentielle. La portée de son esprit était telle qu’ils furent tous aussitôt subjugués. Ainsi commença le contrôle mental de ces quelques dizaines de milliers d’êtres dont l’humanité entière allait bientôt devoir dépendre.

On a longtemps considéré que l’empereur était « Adar le grand » lui-même, ressuscité d’entre les morts. Ses partisans mirent d’ailleurs en exergue le fait que son corps avait disparu de son mausolée et les « six devant l’empereur », qui étaient d’anciens généraux d’Adar, de ceux également qui étaient rentrés avec lui de la Terre, réapparaissant du même coup sur le devant de la scène de façon fort opportune, ne remirent jamais en doute cette version des faits.

Les six eux-mêmes semblent échapper à la rigueur historique. Déclarés comme morts dans les registres de Vicocha, l’histoire impériale les présente comme s’étant éclipsés pendant la fin de la débâcle de la guerre laser et faits remplacés par d’autres, qui se sont sacrifiés à leur place. Eux sont restés cachés en usurpant leur identité, veillant jalousement sur le corps de leur chef récupéré par des fidèles et expédié à Ktyss avec les exilés.

Toujours est-il qu’ils étaient réapparus obscurément, telle la rumeur, une fois tous les inavoués rescapés enfermés à Ktyss. Selon la chronique impériale de l’encyclopedia, ils gardaient son mausolée sans relâche. En réalité on pense, s’ils étaient vraiment vivants, qu’ils trafiquèrent un bon moment dans les cavernes de l’île.

L’empereur, c’est un fait, n’arriva pas seul des profondeurs des montagnes centrales de la caldera où se trouvait le mausolée d’Adar. Avec lui se trouvaient, outre les « Six » et la garde du mausolée, des centaines d’inavoués qui, déjà, semblaient agir comme ses propres membres, comme autant de corps secondaires de l’empereur lui-même. La vision de ces inavoués transformés en « sources » pour la volonté du nouveau maître acheva rapidement de convaincre ceux qui avaient l’esprit assez fort pour résister. 

Il n’en allait pas de même en revanche des communautés retirées qui se trouvaient sur les montagnes de la ceinture de Ktyss. Ils sentirent la pression, qui cherchait à atteindre chacun d’entre eux en autant de flèches vénéneuses. Ceux qui le purent, comprenant immédiatement, se voilèrent mentalement et commencèrent à refluer vers le port extérieur de Ktyss, seul point de contact avec les agents Nodaliens en présente sur l’île. L’empereur réagissait déjà et les prenant de cours en arrêta un très grand nombre.
Une minorité seulement atteignit le port avec l’esprit « encore intact ».

Les Nodaliens présents tentèrent de les protéger sans avoir à quoi ils avaient affaire. Un contingent lourdement armé et équipé d’inhibiteurs mentaux pénétra vers l’intérieur des terres mais à peine avaient-ils franchi les limites des falaises drossées au port de Ktyss qu’ils s’écroulèrent. Les inavoués qui refluaient observèrent, terrifiés, le sang coulant de leurs oreilles et leur nez, et les larmes rouges perlant sur leurs joues et au coin de leur bouche. De nombreux inavoués périrent également en se retournant vers les humains survivants, afin d’y opposer leur puissance psychique. Cela n’était malheureusement qu’un désagrément pour l’empereur qui liquéfia leur système cérébral, comme il l’avait fait pour les Nodaliens, et les laissa pour morts.

5000 inavoués, les premiers au port, réussirent à embarquer sur un énorme navire de fret Nodalien dont l’équipage, comprenant la situation, avait réussi à mettre en route ses moteurs et à s’éloigner d’un ou deux kilomètres.

Toutefois l’empereur, qui avait littéralement « volé » à leur poursuite jusque sur les quais du port de Ktyss, exerça dans une tentative désespérée une pression sur le bateau pour l’empêcher d’avancer. Les 5000 alors firent une chose inouïe.

Il faut savoir pour le comprendre qu’ils étaient au fait de toutes les installations de Ktyss, et savaient que la falaise montagneuse qui séparait le port extérieur de l’intérieur des terres de la caldera, qui rappelons le se trouve sous le niveau de l’eau, avait été minée en plusieurs endroits par les Nodaliens. L’idée était que si les inavoués se rebellaient et qu’on ne pouvait les détruire de façon conventionnelle, la brusque invasion des eaux, fragilisant le sol de l’île extrêmement instable, entraînerait un cataclysme capable de faire sombrer l’ensemble sous le plateau océanique, directement dans l’outre-monde. Evidemment ce système n’avait aucun sens avec une puissance telle que celle de l’empereur.

Les 5000 concentrèrent pourtant leur esprit et mirent à feu les charges colossales alors même que sur le port, des Nodaliens isolés et des inavoués tentaient toujours de braver l’abominable pression qui broyait leur esprit.

Cela suffit à détourner l’attention du monstre : la montagne se brisa en quatre endroits, s’effondrant dans un tremblement de terre. Les eaux affluèrent aussitôt vers l’intérieur et le port de Ktyss fut totalement détruit. La pression psychique se relâcha, le navire continua sa route et fut, enfin, hors de portée de la menace invisible.
L’empereur, humilié, n’eut que le temps de faire l’ouvrage que nous avons décrit plus haut : utilisant esprits et corps, il amalgama quatre énormes écluses de chair, d’os et de sang, mêlant et étirant toutes ses victimes dans ce barrage à la fois matériel et psychique qui « coupa » les gigantesques cataractes nées de l’effondrement. Beaucoup on comparé ensuite cet acte à un autre, écrit dans les livres saints de l’ancien monde. On dit d’ailleurs dans la chronique impériale officielle que lorsqu’il le produisit des dizaines de ses « sources » s’écroulèrent, mortes, la cervelle implosée, comme vampirisée de l’intérieure.

Les 5000 parvinrent de leur côté jusqu’à Nodalia où l’on donna l’alerte. Ils restèrent groupés après le désastre et migrèrent sans perdre un instant vers le Nord. Les Nodaliens voulurent les retenir et les incarcérer mais leur puissance psychique, considérable, empêcha les humains de les saisir. Puis ils se rendirent invisibles et entamèrent leur périples malgré la terrible dépense d’énergie que cela leur imposait.

C’est à ce moment que les Nodaliens comprirent que depuis longtemps les inhibiteurs psychiques qui avaient garanti les anciens de Vicocha du « mal inavoué » n’étaient plus assez puissants. Lors de la première invasion impériale, la « guerre démon », ce constat permettra de fabriquer de nouveaux modèles bien plus efficaces. Malheureusement ce sera aussi la cause de leur perte puisque, renversée par l’empereur, c’est cette même technologie qui servira pendant la seconde invasion impériale à la corruption des élites Edoniennes parmi les elfes noirs, et à la mise sous tutelle de la reine Edonia elle-même. 

Les 5000, eux, traversèrent secrètement tout Nodalia, remontant vers le Nord. Ils avaient pour objectif d’atteindre Vicocha. Ils étaient tous parfaitement au courant des énormes réserves d’ambre minéral dont la première des nations disposait et pensaient que, en mettant la main sur une grande quantité d’ambre, ils arriveraient à agir concrètement contre la monstruosité à laquelle ils venaient d’échapper. Il fallait faire au plus vite, avant que l’empereur ne soit suffisamment fort, et ils avaient conscience que le temps qui leur était imparti était, au plus, de quelques dizaines d’années.

Malheureusement lis comprirent également en traversant la passe dragon et les monts scintillants que, en leur absence, le monde avait changé.
Il ne restait rien de la ghlorieuse San Gebreyel, colonnie terrienne du centre monde. Ils furent projetés dans un immense désert dès qu’ils quittèrent Solani, ville qui garde la « passe dragon », seul point de contact entre le nord et le Sud des monts scintillants. Ils durent remonter les contreforts de l’Oma pun falla, la vague de sable géante qui, à cette époque, était relativement au Nord. Ils essayaient malgré le sable de suivre l’ancienne voie « trans continentale » Nord-Sud.

Les 5000 traversèrent ainsi l’Akmentop occidental, franchirent la vague, remontèrent le long des montagnes de la soif jusqu’à l’entrée de la baie d’Achkal et parvinrent aux pieds de la marche de San Gebreyel, seul accès vers le nord du continent.

Ce contrefort représente aussi la ligne qui séparait autrefois la nation coloniale du centre monde de ses deux soeurs du septentrion : Vicocha et Marilatia. Les inavoués remontèrent ainsi par la route à demi défoncée des temps anciens les falaises abruptes de la marche, hautes encore de centaines de mètres malgré le comble opéré par le sable maudit, pensant arriver en Marilatia. Mais ils tombèrent sur la limite Sud des clans de Manaav et de leur forêt, seul vestige de l’ancienne forêt monde que recouvrait l’actuel couloir des tempêtes. C’est une autre découverte pour eux. Pendant la guerre laser, le couloir des tempêtes n’existait pas car les Dieux de la Terre n’avait pas encore opéré leur transfert vers la nouvelle demeure de l’humanité.

C’est là, découragés par cet infranchissable chaos qui leur barrait la voie du Nord, qu’ils entendirent parler d’une légende récente qui couraient sur la découverte d’immenses richesses dans les environs des montagnes de Sîn et du désert des drûnns. On disait que les gens de Sîn, en creusant les montagnes, avaient trouvé une quantité illimité d’ambre minéral, un gisement massif  extraordinairement gros, pris dans un carcan non moins extraordinaire de béryl couleur émeraude. La montagne précieuse était d’après les conteurs tout d’un tenant ce qui, aux yeux de tous, paraissait à ce point irréel que personne vraiment ne voulait y croit.

…Personne sauf les inavoués. Possesseur de savoirs importants sur l’ambre minéral et ses propriétés, ils comprirent que l’histoire du carcan d’émeraude n’avait pas pu être inventée. Seul quelqu’un ayant réellement été confronté à un gisement d’ambre massif aurait pu raconter son lien étroit avec les roches liées aux veines crypto-hydrothermales de Mars.
Intrigués et surpris, ils décident de faire un détour de leur route pour sonder ce mystère. Une telle quantité d’ambre, de fait, eut bien fait leur affaire. 

Redescendant, donc, la marche de Gebreyel et obliquant à l’Ouest, il franchirent le désert central et passèrent le grand fleuve monde, sillon perdu au cœur d’un océan de sable, à peu près à hauteur de ce qui deviendrait un jour le Tri Namwa, la cité des ponts ; fleuron de l’alliance des quatre royaumes combattants au temps de leur splendeur.

Puis ils franchirent les montagnes du feu et parvinrent enfin aux contreforts des territoires de Sîn où était signalé l’extraordinaire gisement.

Leur intuition se confirma : non seulement le gisement d’ambre existait, mais il était d’une telle taille, trônant au centre d’une faille d’effondrement gigantesque béant au milieu du massif, que le carcan d’émeraude extérieur avait l’apparence d’une petite montagne haute de plusieurs centaines de mètres. Les Sînarim avaient à demi excavé ce précieux pluton des profondeurs, jusqu’alors pris dans un vaste haut plateau de granit.

Le spectacle prodigieux redonna aux 5000 de l’espoir. Ils voyaient, en avançant, passer les chargement remplis d’ambre ou de béryls divers, principalement de cette émeraude à la couleur éclatante. Plusieurs galeries avaient été creusées à travers la masse jusqu’au cœur d’ambre minéral. Or ce dernier avait une configuration étrange. Les Sînarims et à leur suite les inavoués observèrent que toute la structure intérieure était d’ambre minéral pur, et qu’il était étonnement poreux. Des milliers de galeries et de grandes chambres caverneuses s’y trouvaient, de toutes formes et tailles, obéissant pour la plupart à des motifs géométriques cubiques, hexagonaux ou sphériques. On eut dit une sorte de fourmilière cyclopéenne.

Ce dernier détail concordait aussi avec ce que savaient les inavoués des anciens gisements exploités par la Terre avant même la terraformation de Mars. Leur esprit arrivait à peine à se tenir dans l’intérieur de la montagne d’ambre et d’émeraude sans devenir fou, tant l’impulsion de la résonance psychique qui en émanait était écrasante.

Ils se révélèrent aux sînarim sous leur véritable apparence. Ces derniers en furent terrifiés. Les textes des archives de Sîn, comme celles de la cité de cristal, sont muettes sur les possibles manipulations mentales que les inavoués opérèrent sur ces pauvres gens sans protection. Mais ce qui est sûr, c’est que les grands chefs des montagnes de Sîn de l’époque acceptèrent sans opposition la proposition que les inavoués leurs firent. En échange de la masse d’ambre minéral et de la main d’œuvre dont ils avaient besoin, ils leur fourniraient une protection spirituelle éternelle, garantiraient sur eux l’établissement d’un royaume pérenne et puissant, partageraient avec eux des connaissances qui seraient aptes à maintenir pour les siècles autant leur pouvoir que leur opulence, quelle que fut la difficulté du contexte. En outre, ils promettaient d’éloigner la menace, plus directe pour Sîn, de l’expansion territoriale du CREA et des montagnes noirs qui, avec ses dragons, survolait et maintenait la région sous pression, menaçant ses richesses. À cette fin, ils les dotèrent des capacités de les tenir à distance dont profitèrent également les populations de la futur Massita, un autre des futur royaumes combattants du centre monde ainsi que de Manaav dont nous avons traité au détour de l’histoire pénible des elfes noirs.

L’entente fut donc scellée, et entérinée par l’acte de « consécration » de la royauté de Sîn sous la férule de ceux qui, à ses yeux, étaient sans aucun doute des messagers divins.

Puis l’on se mit au travail. Les 5000 supervisèrent un des chantiers les plus pharaoniques de l’histoire de la planète depuis Les 30 premières années de l’âge des Pères et ce au nez et à la barbe du CREA tout proche.

C’est durant cette période  que se formèrent, tout à la fois, l’identité du futur royaume de Sîn (et de Sinorr son héritier souterrain), et la formidable puissance dont les 5000, pendant les âges suivants allaient se servir pour soutenir et guider le genre humain.

On rejoint là notre thématique technologique. Les 5000 utilisèrent à un niveau jamais encore atteint, sinon par l’empereur dans son exploit des écluses de chair, la technique de l’enferrement psychique. Le gigantesque gisement d’ambre leur permis en effet de bâtir une cité dont le socle entier était fait de cette matière, qui en formait aussi les veinures et le cœur. Ils créèrent autour d’elle un système de résonateurs et d’amplificateurs et de nombreux outils capables de catalyser leur gigantesque potentiel aux fins les plus diverses. La cité qui s’éleva par dessus et par dessous le grand socle d’ambre était entièrement faite de recouvrements précieux, tirés des propriétés de transmutation de l’ambre minéral. Ainsi l’on appela ce chef-d’œuvre de l’humanité « la cité de cristal ». Tout n’y était que tours cristallines, crénelées de matières précieuses et murs d’émeraude et de cristal.

La cité, titanesque, couvrant un diamètre au sol de plusieurs kilomètres, haute de plusieurs centaines, possédait en son enceinte extérieure des champs cultivés et en sa première enceinte de gigantesques jardins de culture et de vergers, d’agréments et de réserves, aménagés avec une perfection inouïe par les bâtisseurs de Sîn en terrasses et plateaux à la façon de Babylone. Elle se voulait parfaitement autonome.

En fait, dès l’origine, tout avait été prévu pour faire de la cité de cristal une sorte d’arche de l’humanité en cas que quelque chose de terrifiant viendrait à se produire. Les 5000 avaient gardé mémoire des anciennes stations interstellaires construites pendant la grande période de  l’exploration minière du système solaire. Cette arche devait pouvoir accueillir des centaines de milliers d’êtres du genre humain, quels qu’ils fussent, et autant des « invisibles de l’humanité ».

Enfin, elle disposait d’une mémoire d’ambre intrinsèque à la ville elle-même et que les 5000 utilisèrent comme une bibliothèque akashique « Urbi et Orbi », capable de tout capter et enregistrer à travers « l’esprit enferré » de ses habitants et de ses ressortissants, où qu’ils fussent et quoi qu’il fissent. En outre, telle une parabole, elle devait partout leur fournir son pouvoir.
Tous les systèmes également étaient gérés par l’esprit, à partir de la grande tour centrale qui traversait toute la structure jusqu’au dôme inférieur, recouvrant le socle d’ambre et ressortant au-dessous en une tour inversée, dont le fondement devait se révéler être l’arme la plus destructrice qui fut jamais créée en dehors des arsenaux qui avaient stérilisés la lointaine Origine.

Lorsque les 5000 achevèrent leur cité, avec les gens de Sîn auxquels ils avaient appris nombre de secrets sur l’ambre et qui, plus tard, seraient connus comme de grands manipulateurs des propriétés de l’ambre sous le nom de « tisseurs », ils enferrèrent leur propre psyché dans la cité de sorte que celle-ci devint les 5000 et que les 5000 devinrent la cité. Ils formaient, en cela, une sorte d’exact opposé de l’empereur qui était devenu « toutes ses sources ». Le monde au service du plus grand nombre face au plus grand nombre au service d’un seul.

L’âme collective de la cité de cristal ainsi constituée, elle prit vie et entama ce périple qui devait durer pour les siècles : se décollant de ses bases, sous les yeux effarés des gens de Sîn, dizaines de milliers de bâtisseurs, et des nomades de ces régions, dont nombre de ceux qui deviendraient un jour les Drûnns, la monstrueuse chose s’éleva lentement dans les airs et se mit à léviter au-dessus de la faille de Sîn, à une centaine de mètres de hauteur, tel un orage d’or et de cristal.

Par la suite, tous ceux qui devaient devenir des « habitants » de l’arche auraient, à leur tour, leur esprit ainsi enferré dans son noyau d’ambre et, en retour, disposeraient de tout ce dont elle était pourvue. En outre, des légendes commencèrent dès ce temps à courir sur la capacité de la cité à rendre « ses habitants immortels ». Ainsi la cité se nourrirait continuellement de la puissance et du savoir du genre humain, grandissant le sien et, parallèlement, son immense force garantirait l’humanité de ses plus épouvantables dangers.

L’œuvre à Sîn de s’arrêta pas là. Les 5000 en remerciement à leurs bâtisseurs, et en témoignage éternel de leur alliance avec eux, firent faire à la cité le premier acte d’une longue liste : à partir de la montagne d’émeraude résiduelle dont on avait extrait le cœur d’ambre et les matières nécessaires à la ville volante, ils créèrent par la force de leur esprit une gigantesque cité capitale d’émeraude, formée par la masse même de la montagne précieuse de telle façon que, sans savoir ce procédé, on eut dit que cette montagne s’était d’elle-même formée naturellement sous l’aspect improbable de cette architecture fabuleuse et superbe.

La capitale du royaume de Sîn, « la cité d’émeraude », venait de naître. Comme par un tour du destin elle allait aussi devenir, et pour longtemps, le haut lieu de la résistance à l’empire de Ktyss sur les territoire du milieu du monde, bien après qu’Akmentop ne soit tombée, Massita oubliée sur ses hauts plateaux et Manaav recluse dans ses impénétrables forêts. Sîn était le leader spirituel des quatre royaumes combattants et lors de a chute de l’empire, les membres du Yrîn eux-mêmes auraient à voir la cité d’émeraude et à lutter avec ses armées rompues à des siècles de guerre. 

 

Pour l’heure, la cité de cristal se sépara de la cité d’émeraude, sa jumelle terrestre, témoignage de sa naissance, et prit son altitude de croisière.
Si l’on en fait le compte, il fallut dix années du comput du second monde, quasiment vingt du comput d’Origine, pour bâtir ce double joyau.

Heureusement, la grande terreur qu’avaient les 5000 de l’empereur avait fait place, dans les premiers mois, à un rassurant répit. En effet par des nouvelles venues de proche en proche depuis le Sud, ils avaient appris que le monstre spirituel se terrait dans son île, désormais inaccessible à l’armée Nodaliennne. Ils devinèrent les intentions de ce maître qu’ils avaient fui et surent qu’il lui faudrait sans doute plusieurs dizaines d’années pour y parvenir, au lieu de la décade escomptée à l’origine.

En fait l’empereur, à partir de réserves d’ambre minéral qu’il récupéra dans les profondeurs de l’île de Ktyss, avait eu une idée très semblable à celle des 5000. Il commença de fait par se bâtir une « tour d’ambre », au cœur d’une superbe forteresse de pierre volcanique qu’il éleva avec l’aide de ses « fidèles sujets ». La cité impériale était née. D’inspiration cananéenne, elle ressemblait à une immense ziggurat futuriste que venait coiffer une tour fléchée en forme d’obélisque, lardée de flèches, de tourelles, et de découpes d’inspiration gothique. Elle était posée sur le rebord d’une faille qui descendait dans les profondeurs insondables de l’île, traversée par un pont de cristal arachnéen, comme suspendu dans le néant, brillant d’un inquiétant éclat d’opale chatoyante, semblable à l’œuvre d’une divinité.

On dira plus tard de la tour  impériale qu’elle était « enferrée par quatre chaînes d’or et quatre chaînes d’argent ». Les chroniques légendaires des orcs disent à ce propos qu’elle était comme une fusée qui devait, si l’empire était menacer, devenir « la lame de l’empereur depuis le ciel ». On ne vit toutefois jamais cet exploit : le Yrîn détruisit le monstre avant qu’il ne put s’en servir.

Toujours est-il que les 5000, en arrivant avec la cité de cristal en vue des côtes, et déjouant tant les surveillances Nodaliennes que les opérations du CREA, observèrent cette tour majestueuse, drossée à une des sept collines intérieures de la caldera centrale, et jouxtant une autre colline que l’empereur nomma, dès cette époque si l’on en croit l’encyclopédia imperia, « Zyôn ». Ce survol était le premier acte des 5000 depuis leur éloignement de Sîn. Ils voulaient savoir si l’empereur pouvait être vaincu en l’état de leur pouvoir et se rendirent aussitôt compte que c’était impossible. La cité de cristal était trop jeune, son âme, pas assez ferme et l’empereur, à la moindre de leur tentative, risquait d’utiliser son énigmatique tour d’ambre pour entrer en résonance avec la cité et l’inféoder à son âme.

Ils ne pouvaient pas non plus activer l’arme absolue du dôme inférieur sans se découvrir aux Nodaliens et au CREA, ni d’ailleurs se décider à supprimer tous leurs frères. Ils manquaient de pouvoir. Surtout, ils manquaient « d’âmes et d’esprits » tout autant que de savoir et d’expérience.

Par ailleurs les 5000 ne pouvaient circuler librement. Les dragons n’étaient pas encore révoltés et le CREA, bien que délié dès cette époque de liens francs avec Nodalia, était à l’affût de tout : la voie des airs était donc dangereuse. Ils pouvaient se dissimuler des yeux du CREA par leurs pouvoirs, et rendre la cité invisible à leur volonté. Mais ils étaient trop peu nombreux pour gérer à la fois la menace de la « tour d’ambre » et la perspective d’être attaqués par des dragons ou les puissants canons Nodaliens.
L’empereur se tenait de toute façon occupé, son esprit semblait étonnement affaibli. En fait ils ne le savaient pas mais l’affaire des écluses de chair lui avait coûté très cher et lui avait donné à réfléchir. Il renforçait Ktyss et s’emparait progressivement de l’ensemble de ses secrets. L’empereur avait compris, grâce à eux, que quoi qu’il puisse tenter pour assujettir le genre humain, il aurait besoin de subsides. 

Les 5000 ne devaient apprendre que plus tard que Zyon allait devenir « le lieu des mille crânes » où l’empereur installa la porte noire d’inframonde, le portail Istar  par lequel sortiraient bientôt les légions des démons à cœur d’ambre. Les usines qui devaient permettre de produire les arionides, « les orcs », commençaient également à se lever de terre sur les contreforts intérieurs de la chaîne de Ktyss.

La cité de cristal s’éloigna donc pour cette fois et partit en quête de la puissance qui lui manquait et d’opportunités d’accroître son savoir, ainsi que de suppléer à sa mission première : devenir « l’arche ».

On voit, à partir de là, toute la technologie et les possibilités de la cité de Cristal. En fait, progressivement par ses pérégrinations, ses rencontres, les peuples qu’elle aura à accueillir en son sein, notamment les hommes oiseaux du  Koïcacha des monts scintillant et les représentants des gnomes du gouffre de l’Edel qui formeront le gros de ses troupes, elle disposera de presque tous les savoirs du monde connu. Cette puissance phénoménale sera renforcée constamment même si, l’empereur faisant de même, les deux puissances adverses ne parviendront jamais à l’emporter l’une sur l’autre. L’empire traquera sans relâche la cité de Cristal et cette dernière, qui aura une fois l’occasion de le paralyser pendant des années, ne pourra jamais trouver moyen de pénétrer suffisamment ses défenses pour le détruire.

Les objectifs de la cité de cristal, d’ailleurs, vont aller se diversifiant à mesure qu’elle se mêlera de l’histoire du monde. Recherche du second continent, quête des Istars océaniques, coopérations mutuelles avec le CREA qui bientôt va les repérer et les obliger à entrer en négociation. On peut encore citer le soutien à Sîn, la veille constante sur les intérêts des peuples du centre monde, les intrigues au sein de l’empire, l’épopée des chevaliers de lumière et l’affaire du mont de l’Oracle à Vicocha, le sanctuaire saint de la forêt d’Odja, la traque des cathédrales démons… Et les milliers de missions et expéditions destinées à enrichir sans cesse les infinies connaissances de la bibliothèque psychique de la ville et à rassembler, du mieux possible, l’histoire morcelée d’un monde en constante mutation.

De ce dernier fait, d’ailleurs, la cité de cristal connaissant tous les peuples ou presque, devenue légende et même mythe dès son avènement, elle est le cœur battant et la mémoire même de Mars. Elle n’a d’équivalent en cela, la dépassant, qu’Organisme lui-même, le « cœur-monde » des gobelins dont nous parlerons plus loin.

Signalons pour finir qu’à des générations de là, à la fin du second arquil, bien après l’engloutissement de Ktyss, lors de « l’apocalypse » contre l’armée de « l’Autre » surgie des ténèbres par l’ancienne porte noire de l’empereur, Astrian, le saint des saints, le « vaillant homme de Dieu », aura à faire séjour dans la cité de cristal où il retrouvera Dalînn, son père, qui reviendra lui-même d’avoir scellé la porte infernale jusqu’à la fin des siècles. C’est donc encore là, sous la tutelle bienveillante des 5000, que le père et le fils fameux pour les millénaires à venir se retrouveront, et achèveront leur vie.