Warhammer, les News
Son Dernier Ordre

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Pentalion impérial de Ktyss

 

L'AGE DES ANCIENS

 

En années Terrestres. Pour des raisons de clarté évidentes, nous n’engageons ici aucune précision sur les événements politiques ou géostratégiques qui ont lieu sur Terre durant cette période. Seuls les points qui fondamentalement ont un rapport avec le futur de Mars sont répertoriés.

 

  • -1 000 000 environ. Plusieurs météores étranges s’écrasent sur terre et s’enfoncent dans la roche. L’une d’elle atterrit dans ce qui deviendra le Colorado américain. Son éclat ambré, d’abord brillant, finit par se refroidir. Quelque chose bougeait à l’intérieur. Cette chose se fige, lentement, puis meurt. La pierre, elle, continuera de luire faiblement sans jamais tout à fait s’éteindre.

 

  • 2030-2040. Multiplication des conflits à propos des ressources en eau. Les populations côtières, très touchées, deviennent sensibles aux infections, tant bactériennes que virales, dont l’eau polluée est le vecteur. Le continent ordurier du pacifique atteint sa masse critique.

 

  • 2037 Par différents décrets transnationaux, les cours des fleuves et les nappes phréatiques ne peuvent plus être sujets aux rejets industriels. La signature des conventions internationales sur l’assèchement climatique entérine la décision.  Un vaste projet de traitement des pollutions océaniques et fluviales est mis en chantier. L’urgence rend le marché prometteur et plusieurs grandes entreprises se spécialisent dans ce domaine.

 

  • 2038-2045. Le partage des eaux douces et leur acheminement vers les plus grandes villes est cadastré et le marché devient explosif. Des dizaines de compagnies concurrentes s’arrachent les concessions de traitement. Idem pour les eaux maritimes : les systèmes océaniques côtiers sont tellement perturbés qu’on autorise la production d’eau douce à partir d’eau de mer qu’au prix de l’acceptation d’un cadastre concessionnel très strict (l’influence occasionnée sur les écosystèmes côtiers par le recyclage, gourmand en énergie et en polluants, est considéré comme « néfaste »).

 

  • 2041. Cinq entreprises internationales remportent le marché du traitement du continent de déchets flottants du pacifique.

 

  • 2043 Crise des ressources minières. Le cours du cuivre et du charbon explosent. Décret mondial du recyclage systématique des métaux précieux. La crise met des milliers de gens à la rue sur les sept continents.

 

  • 2045 Plusieurs états s’accordent à l’idée d’une prospection des ressources  lunaires et même martiennes. Quatre grandes entreprises mondiales font main basse sur le marché de la récupération des débris satellitaires en orbite.

 

  • 2049 Premier grand trust nucléaire sur la fusion froide, jusque-là restée technologie confidentielle. Le basculement énergétique est voté pour l’horizon 2060. La fusion froide devra avoir remplacé une bonne part des anciennes énergies, jugées trop coûteuses.

 

  • 2051 premières expéditions spatiale de prospection minière vers la lune et premières expéditions scientifiques sur Mars. Les expéditions sont financées à 90% par des entreprises privées. L’expédition lunaire met pied sur la lune la même année et commence les forages. La mise en place de navettes régulières est décidée à l’horizon 2053.

 

  • 2053. Trois expéditions d’études scientifiques arrivent sur Mars et entament leur programme de recherche. Les résultats occasionnent le lancement de deux autres expéditions la même année.

 

  • 2054 La W P (water prospectors) propose son programme révolutionnaire de désalinisation et d’épuration massive de l’eau de mer, dit « sans rejet » (un système audacieux qui permettait, tout en ne consommant aucune autre énergie que l’hydro-électrique, d’éviter tout dégât environnemental), elle est acclamée par un immense consortium d’états au bord de la pénurie, et remporte un nombre colossal de marchés, contribuant ainsi à l’accroissement exponentiel de sa fortune.

 

  • 2055 La W P emporte le monopole sur la désalinisation de l’eau de mer.

 

  • 2057. Invention du système modulaire spatial appelé « navette hexamodule ». Le système est rapidement récupéré et industrialisé par le marché du retraitement des déchets orbitaux puis par les prospecteurs lunaires. Ces navettes de transport, sortes de conteneurs hexagonaux multifonctions, quoique indépendants peuvent s’emboîter comme des legos (l’idée de fond est la même que pour les conteneurs qu’on empile sur les cargos, sauf que le système est fait pour que plusieurs hexamodules, en s’assemblant, puissent former par exemple des cuves à structure hexagonale, de type ruche). Toutefois les coûts des lanceurs terrestres pour un tel objectif de masse sont trop forts : cinq pays se lancent alors dans l’idée d’une construction de lanceurs lunaires. Deux entreprises, la même année, leur emboîtent le pas pour construire une station de construction hexamodulaire lunaire.

 

  • 2060. Le système de la W.P, devenu seul référant, crée par son coût astronomique et sa technicité une certaine dépendance qui n’est pas du tout du goût de tout le monde. Plusieurs tentatives de dumping catastrophiques échouent.  La W.P avale trois de ses plus gros concurrents au passage.

 

  • 2063. quatre des cinq lanceurs prévus à l’origine arrivent à terme sur la lune.

 

  • 2064. Premiers hexamodules lancés depuis la lune. Recombinés lors d’essais réussis dans l’espace, ils donnent naissance aux tout premiers convoyeurs stellaires de l’humanité. L’espace devient, désormais, un business comme un autre.

 

  • 2065-2075 Pour contrecarrer la W P, qui rachète désormais des concessions fluviales, les ressources d’eaux nouvelles, comme les champs condensateurs (on tendait des milliers de kilomètres carrés de bâches dans les zones désertiques pour récolter la rosée) connaissent un essor spectaculaire.

 

  • 2066 Par un partenariat scellé avec différentes puissances et les grandes agences spatiales de la lune, la W P engage plusieurs expéditions afin de voir si, plutôt que des récoltes et des traitements de l’eau terrienne de plus en plus coûteux, l’espace ne pourrait pas répondre aux besoins considérables de l’humanité. Mars, toute proche en comparaison des autres objets stellaires susceptibles de fournir de l’eau, représente alors une des plus grandes sources d’espoirs de la compagnie. Les expéditions pionnières avaient en effet permis d’établir l’existence d’importantes poches d’eau, prisonnières de certaines strates géologiques martiennes dont le sous-sol s’avérait étonnamment caverneux, vraisemblablement exploitables, sans trop de perte, et à prix largement inférieur si l’on parvenait à utiliser correctement le système hexamodulaire à tout ce qui se trouvait sur Terre. Sans parler du bénéfice environnemental considérable.

 

  • 2067. L’objectif « fusion froide » est atteint. Cette énergie est désormais devenue leader mondial de la production d’électricité avec 60% environ des parts de marché. Le spectre du grand « WOC » (world over crak) s’éloigne considérablement et la prospection est redynamisée par les marchés.

 

  • 2068 en Chine. Achèvement de la construction de Tu Di Gong, la première mégapole souterraine du monde. Trois millions de personnes vont pouvoir loger dans ce fer de lance technologique d’un des plus grands leaders mondiaux. Deux autres villes équivalentes sont également en cours de finition, une en Chine et une en Russie.

 

  • 2068 La même année, le codex des nano techniques est adopté à échelle internationale. Il s’agit d’un ensemble de lois visant à encadrer l’utilisation civile des nano technologies telles que nano drones, techniques médicales utilisant des nano virus ou des meca virus. Ces derniers comprennent aussi la science des meca cellules, une sorte de biologie mécanique en pleine expansion. Tout ceci principalement dans le milieu médical où ils permettent d’énormes progrès, mais également dans les milieux de l’industrie et de l’équipement (nano drones optiques, convertisseurs, micro plaquettes de réparation, notamment dans l’électrique (microfissures, microcoupures), mais aussi dans les infrastructures lourdes ou le bâtiment (plomberie notamment), détecteurs, alarmes éclairage, diagnostiques internes (par exemple dans les oléoducs et gazoducs, dans les câblages haute tension, les stations ou installations industrielles complexes utilisant liquides et gaz, etc…)

 

  • 2068. La même année toujours, au Japon, le premier macro robot auto reproducteur, un petit cafard mécanique qui doit parcourir les coursives des systèmes d’évacuation des eaux pour en éliminer les obstructions est présenté devant le congrès des sciences avec succès. Ces petits droïdes sont issus de la toute jeune science « génorobotique », dérivée de la branche méca cellulaire. Il s’agit de machines qui ont la capacité d’évoluer et de se dupliquer à la façon d’organismes multicellulaires, c’est à dire avec un système encodé de fonctions informatiques capables de se transmettre en évoluant, l’équivalent du génome des créatures biologiques. Ces machines peuvent s’auto réparer ou dupliquer une ou plusieurs de leurs parties, voir produire une seconde unité complète dans la mesure où ils trouvent dans leur environnement les matériaux nécessaires. Ils ont donc également un système de quasi digestion, une forme de recycleur interne. Ce sont littéralement des organismes cellulaires « non biologiques ». En outre, leur I.A évoluée leur permet de s’adapter face aux situations propres à leurs fonctions et d’encoder ces évolutions comportementales dans leur programme « reproducteur ». Les scientifiques japonais qui ont conçu cette merveille n’hésitent pas à parler de la « première forme de vie inorganique ».

 

  • 2068. La même année encore. Signature par tous les états nations de la convention de non implication des civils. Cette convention engage tous les états de la Terre à ne jamais impliquer ou viser de structures civiles, quelles qu’elles soient, même si elles abritent des structures militaires ennemies, par des moyens de destruction de masse. Cette convention peut sembler étrange mais c’est une révolution qui va engager l’art de la guerre pendant le siècle et demi à venir. Elle va ainsi permettre à l’humanité de continuer à évoluer presque normalement malgré des conflits qui, s’ils ne sont pas rapportés dans la présente chronologie, seront parfois terribles. Elle sera respectée de tous.

 

  • 2069 La W.P reprend à son compte des équipements miniers lunaires de seconde main et rachète deux usines d’hexamodules ainsi que plusieurs dizaines d’unités. Elle les aménage en cuves cyclopéennes et les affrète à moindres frais pour le long cours, grâce aux subventions de ses partenaires. Les premiers retours sont coûteux mais fructueux. L’entreprise leader décide de mettre en place un système qui permettrait de faire considérablement baisser les coûts d’exploitation et de transport des eaux et minerais de la planète rouge.

 

  • 2070-2080. En quelques années le rêve devient réalité. Malgré le coût faramineux d’un aller-retour, les vaisseaux, qui sont désormais entièrement automatisés (il n’y avait aucun homme à bord sinon quelques pilotes), et de plus en plus nombreux, s’acheminent en une longue autoroute spatiale continue de Mars à la terre.

 

  • 2072 Présentation officielle de la théorie dite de la « mécanique psychophysique ». Il s’agit d’une science nouvelle selon laquelle certains phénomènes paranormaux, empiriques, sont en réalité parfaitement explicables et résultent des fluctuations de la perméabilité énergétique entre la matérialité et une forme d’énergie fantôme, subtile, appelée « psycho-résidualité ». Cette considération porte sur des travaux en mécanique quantique qui tiennent compte de la fluctuation des événementiels soumis à la pression psychique ou psychologique de la conscience. Les calculs tendent, ainsi, à démontrer que la considération que l’esprit a de l’événement influe irrémédiablement sur son cours et ce d’une manière jusqu’alors insoupçonnable (de tels travaux avaient déjà aboutis à des considérations semblables au début du XXIe siècle), à tel point que certains illuminés parlent d’un monde en « ombres projetées » ou ce que nous considérions jusque-là comme les causes des événementiels sont en réalité leur conséquence, leur manifestation dans le formel. La notion de « courbure psycho résiduelle » apparaît. Quantifiable elle tend à montrer la déformation induite par « la pression psy » sur la manifestation des formes matérialisées. Elle met en évidence l’existence de « nœuds » et de « points d’accrétions » indépendants de la pensée humaine ou se tenant « sur ses frontières physiques », abordant du même coup également les notions très controversées des égrégores et des « principes » ou « mouvements », qu’on vulgarise généralement par le terme « esprits ». La théorie fait aussi apparaître un double jeu de renvoi entre « ce qui naît de l’information », c’est à dire des mouvements déjà produits et qui tendent à se reproduire, autrement dit la mémoire de l’univers ; et « ce qui produit l’information », c’est à dire l’essence même des mouvements qui se cristallisent et se manifestent dans notre vécu, indépendamment ou en conjugaison de cette mémoire. Beaucoup de scientifiques récusent violemment cette théorie. Mais les perspectives phénoménales qu’elle permet d’entrevoir lui procurent de nombreux et fidèles émules. On parle même d’un effet « fusion froide », autre concept autrefois considéré comme une bêtise et désormais accepté de tous, validé et utilisé à échelle industrielle par tout un chacun.

 

  • 2073. Quelque part, dans le Colorado, un miracle se produit dans le plus grand secret. Un jeune natif nommé Tewarani, dans une réserve, tombe dans une caverne où  il a une apparition angélique. La tribu, réunie, se voit alors confier une armure étincelante, ainsi qu’un bouclier et une épée. Puis tous s’écroulent. À leur réveil, l’armure est toujours là mais démesurée : chacun d’entre eux ne mesure plus désormais qu’une trentaine de centimètres. Ils placent l’armure dans une arche et Tewarani les guides jusqu’au bureau gouvernemental le plus proche. La race des gnomes vient de naître. Recueilli par l’agence fédérale américaine, le groupe est caché et sur protégé. Tewarani ne le sait pas encore mais il  va avoir une très longue vie…

 

  • 2076. Côté Mars, on commence à s’intéresser à l’expérience de la W.P. Le prospecteur minier Sahnian corp., partenaire de la W P sur la lune, signe un accord historique sur l’exploitation de la magnétite et du fer Martien en utilisant et en adaptant le réseau de la W P à l’exploitation minière de masse.

 

  • 2076. À la fin de l’année, le grand prix des sciences est décerné à une équipe de chercheurs pour son invention de l’auto-safe. Il s’agit d’une machine dont le principe repose sur une chambre inondée de liquide hyper oxygéné, traitant par ses logiciels et programmes un grand nombre de nano drones et de mécavirus capables de diagnostiquer et d’opérer sur tous les tissus internes ou externes la plupart des traumatismes, accélérant énormément les traitements, évitant la destruction des tissus et les problèmes d’infection. L’intervention reste cependant nécessaire pour certaines opérations lourdes ou critiques. L’auto-safe permet également de programmer des interventions non conventionnelles et de mettre à jour les diagnostiques, les traitements et donc les « agents traitants ». C’est un outil médical révolutionnaire, une sorte de « médecin ordinateur » à l’intérieur duquel est placé le patient. Il ne cessera d’évoluer pour devenir de plus en plus performant au cours du siècle à venir. C’est une des rares techniques de pointe de cette époque qui survivra très longtemps dans le futur.

 

  • 2078. La première usine orbitale de production d’hexamodules est mise en chantier depuis Deïmos où une station de relais a été installée. La chaîne des transporteurs doit permettre d’éviter désormais le problème coûteux des allers-retours. 

 

  • 2081. Sur Mars, on amène la première foreuse usine de l’histoire. Elle a été construite, trois ans plus tôt, en partenariat de plusieurs états et des grandes entreprises Martiennes. Baptisée Worma elle est destinée aux « filons géants » de la planète rouge. Elle se comporte comme un gigantesque lombric capable de forer, arracher, concasser, trier traiter et transformer les minerais. Ces « trains » sont composés de chaînes de caissons hexamodulaires hautement résistants, traînés derrière la tête de forage, gigantesque excavatrice capable de percer un trou de trente mètres de diamètre. Le tri et le traitement des roches est quasi automatique. En bout de chaîne les hexamodules peuvent se détacher en emportant leur cargaison. Puis ils sont remplacés par d’autres, comme des cartouches.

 

  • 2082 Explosion du marché de la génorobtique. Les titres boursiers de la Izanagi corp., détentrice des brevets et de plusieurs filiales industrielles, la mettent en lumière des plus grandes firmes dans tous les domaines. La W.P passe un contrat d’exclusivité avec la Izanagi concernant la production de modèles destinés à diverses tâches dans l’espace, ainsi que dans ses mines de Mars et de la lune.

 

  • 2083. Huit autres Wormas voient le jour sur Mars. La même année, deux Wormas prennent du service sur la lune de la Terre.

 

  • 2085 au cours d’un forage sur Mars, découverte officielle de l’ambre minéral. Des analyses sont lancées par la W P, propriétaire du gisement, sur sa base de Deïmos ainsi que dans plusieurs laboratoires hexamodulaires martiens, très bien équipés. La découverte reste confidentielle.

 

  • 2086. Partie plusieurs années plus tôt depuis les bases orbitales de Mars, une petite flotte de convoyeurs hexamodulaires aborde la zone d’attraction gravitationnelle de Jupiter après avoir fait un court arrêt de prospection, fructueux au demeurant, dans la ceinture d’astéroïdes intermédiaire. L’équipage humain est extrêmement réduit. Presque entièrement automatisé, porteur de nombreux robots et droïdes d’exploration, d’analyses et de forage, le convoi doit faire la navette entre les différentes lunes de la planète géante. Europe et ganymède sont particulièrement visées par la W.P. Cette aventure spatiale est retransmise jusque sur Terre et constitue l’une des épopées les plus incroyables de l’humanité depuis la première expédition sur Mars. 

 

  • 2087. Premier acte de sabotage extraterrestre d’envergure de la branche armée des « hélioprotecteurs » (Solarin protectirian). La thèse fondamentale du groupe s’inscrit en prolongation de la grande nébuleuse écologique mondiale, très puissante à cette époque. Huit Worma sont détruites sur Mars. Le système énergétique particulier qui anime les monstres mécaniques engendre des perturbations considérables : ce sont des réacteurs à fusion nucléaire. Les Worma prospectaient dans le Sabaeus, sur la bordure Ouest de la mare Serpentis. Leur explosion engendre un énorme tremblement de terre qui se répercute par un effondrement massif des sols à ce niveau. On découvre alors l’extraordinaire porosité des zones profondes du sous-sol martien qui se révèle un véritable gruyère. L’effondrement provoque aussi par un basculement brutal, un effet « plaque », l’apparition d’une petite chaîne montagneuse, en réalité un tas de gravas cyclopéen. Une zone magmatique profonde va rester également active pendant des années. Puis les analystes font état d’un curieux phénomène : la chaîne continue de s’élever à très grande vitesse pendant cinq années (une centaine de mètres par an) et s’étend, sur le même laps de temps, à la manière d’une petite dorsale dans un axe Nord-Sud. La zone devient donc temporairement inexploitable et les tremblements de terre à répétition conduisent à des effondrements du sol en chaîne dans le delta du Sinus ainsi que d’un début de fracture au Sud d’Aeria. Il est impossible de savoir ce qui a pu pousser ainsi le terrain vers le haut. On soupçonne un enfoncement de la zone profonde qui ferait un jeu de bascule extrême mais les lois normales de la physique s’y opposent. Toujours est-il qu’un tel cas géologique n’avait jamais été observé nulle part et contraint les scientifiques des compagnies, pendant des mois, à refaire des séries de calculs. Les premières estimations ne sont pas engageantes : la planète rouge, dans l’aire dont la diagonale serait la ligne allant de Cydonia au lac Zea, serait un vrai champ de mines.

 

  • 2089. Des mesures du « champ psycho résiduel » réalisées sur la chaîne de Sabaeus en formation montrent une déformation phénoménale, théoriquement impossible. Les calculs établissent une sorte de « ligne de force » en profondeur dont la densité la plus intense se trouve à la verticale de ces étranges « montagnes vivantes » et qui semble prendre sa source autour des zones magmatiques en refroidissement des réacteurs à fusion détruits.

 

  • 2089. À la fin de cette année, sur Terre, un groupe de scientifiques met au point une série de machines qui utilisent un procédé complexe et révolutionnaire : la structocopie biomorphique. Il s’agit d’appareils capables de reproduire des organismes biologiques en grand nombre et à un état préprogrammé de leur maturation. Une sorte de photocopieuse du vivant. De nombreux brevets sont déposés et des applications naissent en cascades dans les années suivantes.

 

  • 2091. Depuis l’ affaire de la SPS (Solarin protec socti), la fameuse branche armée des hélioprotecteurs) les convois d’extraction sont tous surveillés par des navettes militaires, principalement chinoises, japonaises et européennes, les trois partenaires majoritaires de la W.P consortium.

 

  • 2094 découverte et commercialisation de « la pierre de Sabaeus ». Baptisée du nom de « Stikar » (nom du mineur qui l’avait identifié), c’est une sorte de minerai ferreux aux impressionnantes propriétés électromagnétiques. Les veines sont découvertes dans la partie supérieure de la chaîne de Sabaeus, c’est à dire la partie qui est restée « en croissance » pendant plusieurs années de façon totalement inexplicable. Son extraction est malheureusement très difficile. La W.P ne parvient pas à la rentabiliser, en dépit d’un programme de recherche poussé, et doit se résoudre à conserver les rares ressources sur Mars.

 

  • 2097 L’ambre minéral, la fameuse pierre propriété de la W.P qui devait devenir, quelque temps plus tard, le « psycho minerai », commence à faire parler d’elle. On a en effet découvert une veine très importante de cette pierre dans la chaîne des montagnes vivantes de Sabaeus. Les psychophysiciens de la W.PP s’intéressent alors de près au minerai et aussitôt c’est la « plus grande découverte de tous les temps » :  on vient littéralement de comprendre qu’on avait sous la main l’équivalent physique de la pierre philosophale !La pierre jaune orange veinée de noir semble être à la croisée de toutes les formes d’énergies. Semblable à n’importe quel minerai dans sa structure matérielle, il manifeste des accrétions de la courbure psycho résiduelles démesurées ce qui revient à dire qu’il est dans notre univers sans vraiment y être, ou du moins sans qu’aucune forme de capteur ou d’équation ne permet de dire à quel moment exactement il s’y trouve. Plus clairement : la pierre existe dans plusieurs champs énergétiques à la fois. On ne peut « qu’estimer » la probabilité de sa présence et de son potentiel à un instant T dans une dimension donnée. Elle est baptisée « la pierre quantique ». Par voie de conséquence aussi, l’origine de sa formation est extrêmement difficile à établir puisqu’elle retombe dans l’escarcelle de la psychophysique, cette branche « occulte » de la physique quantique qui voit d’ailleurs par elle ses hypothèses validées. L’ébullition qui naît autour de la pierre, dans le petit monde fermé des laboratoires martiens et deïmosiens de la W.P, vient surtout de ce qu’elle permet à la physique fondamentale, la chimie moléculaire, les mathématiques, la géologie et la biologie expérimentale de se rencontrer sur un même sujet, ce qui n’était plus arrivé depuis un siècle. La direction générale de la W.P, mise au courant, décide de confiner l’incroyable découverte afin d’être sûre de pouvoir éviter de se faire voler ce qu’elle pressent comme étant l’un des plus gros coups commerciaux de l’histoire mondiale. La sécurité est très renforcée et aucun échantillon ne doit quitter la planète rouge. Les rares laboratoires qui travaillent sur la pierre sur Terre, tous appartenant à la W.P, sont aussitôt démantelés.

 

  • 2099. Sur Terre. Un groupe de scientifiques travaille autour d’un programme ultra secret, en Centrafrique, appelé « TranSpass ». De récents efforts en physique fondamentale, en informatique et en psychophysique ont en effet démontré la possibilité réelle d’une téléportation physique et reproductible d’objets ou même de créatures. Toutefois le groupe est dans l’impasse car il lui manque ce que ses représentants appellent le « liant ». Il s’agit d’un matériau transgenre, à la limite de l’ectoplasme, que l’équipe tente en vain de créer. Le liant est fondamental puisqu’il est littéralement ce qui doit composer les « portes ». Sans liant, rien n’est donc possible.

 

C’est là qu’intervient un physicien des laboratoires « W.P fusical ixpermen », situés sur Terre, et qui possède un ami dans le programme « Transpass ». Malgré le confinement, conscient du potentiel que représente l’ambre minéral, il prend le risque d’envoyer l’un des derniers morceaux d’ambre encore accessible sur Terre au bureau d’étude du projet. Ce malgré la réticence de sa direction, qui met aussitôt la W.P au courant. Il livre conjointement à son échantillon un dossier partiel de ses propriétés.

 

Pour l’équipe terrienne, c’est un choc inimaginable. Elle vient de trouver le « liant » qui lui manquait. La W.P se voit alors entrer en négociations avec la Transpass qui peut jouir de l’utilisation de l’ambre à condition de respecter  un strict contrat d’exclusivité. L’accord est passé et la Transpass rejoint la nébuleuse gigantesque de la W.P Côntor (« consortium »).

 

Sur Mars, on sait déjà depuis un moment que l’ambre minéral peut être facilement stimulé par une force électromagnétique puissante et que cette force, par un mécanisme étrange, mue naturellement dans l’épaisseur de la pierre de façon à dégager un champ de résonance psycho résiduel puissant. Autrement dit c’est, pour les psycho physiciens, le « convertisseur psy » parfait.  

 

L’équipe transpass récupère une partie des études de Mars et met au point rapidement un dispositif expérimental.Celui-ci a la forme, pour simplifier, d’un double anneau d’ambre minéral relié à un complexe système électronique de contrôle, alimenté par un générateur électromagnétique. C’est le premier « réacteur d’ambre » : il est baptisé « RA ». C’est aussi la première porte transdimentionnelle à base d’ambre minéral de l’histoire de l’humanité.

 

On apprend rapidement à apprivoiser le comportement de RA, et à faire le lien entre la quantité d’énergie matérielle nécessaire, l’épaisseur et le diamètre des deux anneaux du réacteur, le milieu ambiant, le temps de parcours du vortex et le lieu de destination. Les réglages sont pointus et compliqués. RA est suivi de modèles améliorés. La Transpass finit par définir un standard de sa précieuse invention qui lui permet de réaliser et contrôler un vortex de liaison entre deux anneaux RA quelque soit la distance qui les sépare et d’éviter toute interférence entre deux ou plus RA fonctionnant conjointement.

 

  • 2098 : Les deux scientifiques initiateurs de la Transpass, l’ancien physicien de la W.P et le chef du projet, présentent sur Terre, sous couvert d’une alliance militaire de plusieurs nations et en partenariat direct avec la W.P, le premier modèle commercial de RA. Il est rebaptisé « ISTAR » : inhinited system of transport by amber reactor, nom qu’il conserva à partir de là constamment, même lorsque les siècles auront oublié sa signification d’origine. C’est l’effervescence à travers toute l’humanité. La W.P, puissante, utilise ses moyens pour promouvoir rapidement l’ISTAR. Elle vise quant à elle dès l’année suivante à réaliser des anneaux orbitaux qui permettraient de relier Mars et la Terre et de rendre les voyages stellaires de ses convoyeurs hexamodulaires instantanés.

 

  • 2099 : Les scientifiques de la Transpass reçoivent le prix d’excellence planétaire de physique, une des plus grandes récompenses de cette époque en la matière.

 

  • 2099 : La même année, une équipe de biologistes égyptiens met au point l’AGC. Il s’agit d’un mélange biologique artificiel composé de champignons, « d’algues lichens », de bactéries et de virus génétiquement modifiés. Ce mélange est capable de se produire en très grandes masses et de se répandre dans des milieux extrêmes, quasiment dépourvus d’air et d’eau. Il dégage une grande quantité d’oxygène et à partir d’un milieu minéral riche et d’un bon ensoleillement peut générer une biomasse fertile extraordinaire. La première expérience est concluante. Sur près de dix hectares, dans le Sahara, on est arrivé à produire, en quelques mois, une couche de terre arable de près de cinquante centimètres d’épaisseur très vivante, à la micro biotique florissante, en n’ayant saupoudré qu’une fine pellicule d’AGC. Par ailleurs l’AGC garde et fait converger l’humidité vers sa couche centrale, créant rapidement un réseau aquifère dense à la façon d’un tissu vivant, près a recevoir une végétation naturelle plus classique. On constatera les années suivantes que l’AGC continue de pousser et d’enrichir le sol bien après la phase critique d’effondrement qui avait été calculée par l’équipe. Les expériences par conditions thermiques extrêmes : froides, chaudes, ou avec de forts écarts successifs, seront toutes également concluantes. Le procédé, jugé révolutionnaire, est plébiscité et aussitôt des dizaines d’applications fleurissent partout à travers le monde.

 

  • 2101 : Inauguration du premier Istar trans-orbital de l’histoire. Conçu à partir d’une base de navettes hexamodules modifiées et assemblées de façon à former une énorme station, sa « porte » dispose de la capacité de faire passer les plus grands convoyeurs de minerais, des engins hexamodulaires qui ont le volume d’un immeuble. Pour cet objectif de grande envergure, la W.P a utilisé du Stikar, ce fameux minerai électromagnétique surpuissant. Les tests réalisés dans l’orbite de Mars sont de retentissants succès. Sur Terre, le transfert instantané du premier convoyeur d’une des stations orbitale à l’autre, chacune placée d’un des côtés de la planète, est suivi en direct par des milliards de personnes.

 

  • 2102 : à la fin de l’année, la station ISTAR Sub1 arrive en orbite de la Terre après un long voyage depuis Mars. Nouveau grand moment d’émotion pour l’humanité. C’est un Hexamodule unique qui fait le premier la traversée instantanée entre les deux planètes. Puis un convoyeur standard le suit. Double succès. Partout sur Terre, on fait de grandes fêtes pour célébrer l’événement.

 

  • 2103-2120 : à partir de cette date, le système Istar va lentement se répandre partout en étant amélioré. Le Stikar est abandonné car trop coûteux. Le principal changement pour l’humanité réside dans la conquête spatiale initiée déjà par la W.P les années précédentes. Des Istars transorbitaux de différentes tailles permettent de résumer les missions d’exploration à des allers simples vers l’inconnu. De ce fait, depuis les lanceurs de Mars, on construit et on envoie de nouvelles missions vers Jupiter, qui avait déjà fait l’objet de tractations commerciales, puis de là, l’Istar installé, on commence à envoyer des Missions vers les planètes plus lointaines. L’idée fondamentale est de jalonner l’intégralité du système Solaire de portails afin d’avoir accès à toutes les ressources  qu’il a à nous offrir.

 

La W.P en profite pour asseoir sa domination, avec le glorieux soutien de ses partenaires gouvernementaux. Les Istars sont aussi rapidement mis sous protectorat militaire des différents états partenaires de la fameuse entreprise. Le Système Istar est libre de passage à tous les entrepreneurs et systèmes destinés au marché ou à la régulation stellaire, sous couvert d’une taxe de douane modulable, exigée par la W.P. Il va, rapidement, en naître une nébuleuse assez confuse d’échanges commerciaux, ainsi que les prémices d’une hélio colonisation que la W.P orchestre d’une main de fer.

 

  • 2118 on inaugure la première station de relais sidérale. Les populations de la Terre et les colons, fascinés, découvrent, implantée au-dessus d’une énorme station spatiale hexamodulaire agencée en une pyramide inversée, un plateau équipé de terres fertiles obtenues à partir d’un programme lié à des applications industrielles de la structocopie biomorphique et d’espèces génétiquement modifiées performantes. C’est un plaisir d’y voir des champs, une petite forêt, des vergers, un lac d’eau douce à recyclage fermé, le tout abrité d’un dôme atmosphérique que surmonte le « rail solaire ». Ce dernier supporte un luminaire qui fait le va et vient au-dessus du dôme en simulant alternativement le soleil et la lune selon des luminosités terrestres standards. Plusieurs autres suivent dans la foulée. Les chantiers orbitaux de Ganymède deviennent les plus importants de tout le système Solaire.

 

  • 2121 : La première station relais sidérale possédant un Istar.  Ce dernier est situé, en un anneau gigantesque, sous la pointe de la pyramide inférieure de la station, qui fonctionne un peu comme une cité Terrestre souterraine de type « Tu Di Gong ». Les quais d’appontage et de transferts de stocks sont accrochés sur des tours hexamodulaires, lancées dans le vide à la façon d’antennes, de part et d’autre de l’anneau Istar et depuis les divers degrés de la pyramide. 15 convoyeurs standards de la W.P peuvent y stationner en même temps ainsi qu’une flotte considérable de petits vaisseaux. Les réacteurs à fusion nucléaire de la cité en font une véritable station service de l’espace.

 

Ces stations sont destinées au « marché extérieur » (en dehors de la ceinture d’astéroïdes qui sépare Mars de Jupiter). D’une capacité standard de 10 000 âmes extensible à 50 000, elles ont pour but d’évoluer en orbite autour de tel ou tel système d’exploitation, principalement ceux de Saturne et Uranus, afin d’abriter les populations locales en attendant d’éventuelles implantations planétaires ou satellitaires, et de servir de relais Istar permanents.

 

Peu d’exploitants de ce qu’on nomme la « petite couronne », c’est à dire la zone interne du système solaire allant de Mercure à Mars, verront de ces merveilles dans les années suivantes. Il faut plus de quatre ans pour en construire une, et seuls quelques stations Istar, spécialement conçues sur les chantiers orbitaux de Callisto, sont assez imposantes pour les transporter d’un point à un autre, de sorte qu’en général elles mettent entre une et cinq années à arriver à leur destination avant de devenir à leur tour la station Istar du secteur qui leur échoit.

 

  • 2125. À partir de cette date on peut considérer que Mars est franchement en perte de vitesse sur les marchés de l’eau, des gaz et des minerais. Trop loin du marché de la « grande couronne » la planète rouge, après avoir dominé pendant plus de 40 ans la scène économique, ne se résume plus pour ainsi dire qu’à l’extraction de l’ambre minéral, et ce bien que ses ressources soient encore exploitables. En fait, ses coûts d’extraction deviennent prohibitifs. La planète n’a pas la chance d’avoir avec la Terre la proximité de la Lune (qui a permis à cette dernière de se reconvertir dans d’autres économies) et même l’ambre minéral est un problème, puisque son extraction n’est pas soumise à des lois géologiques fiables. On ne dispose en effet que de peu de moyens de détecter des gisements, sinon par leur apparente accointance avec des veines de roches crypto hydrothermale. On le constatera amèrement dans le futur : on passe à cette époque à côté d’énorme ressources faciles d’accès alors qu’on s’échine sur des veines maigres et difficiles.

 

Toujours est-il que des satellites telluriques du système solaire tels que Europe ou Titan représentent les nouveaux fleurons de l’approvisionnement et de l’industrie de l’humanité. En outre, les bases sidérales se multiplient sur leur orbites et les installations telluriques qu’on y pratique, de plus en plus confortables, font de ces eldorados les nouveaux bastions du genre humain.

 

  • 2133 : Expédition SOLTI 4. Une flotte d’exploration accompagnée d’un vaisseau Istar atteint, depuis Pluton, la grande ceinture d’Astéroïdes qui borde notre système. Nouvelle étape dans l’économie de l’Héliosphère humaine qui se voit ouvrir une ressource quasi inépuisable de tout ce dont elle a besoin.

 

  • 2135 : L’effondrement du marché Martien. En fait, la dernière foreuse usine conventionnelle a cessé son activité en 2131. L’extraction de l’ambre est la seule économie encore en fonction. Or les Istar maillent désormais tout le système solaire et l’Istar à poussière d’ambre, inventé cette même année, va permettre l’ouverture du marché au recyclage du précieux minerai. Il s’agit d’un système perfectionné où des conduites porteuses d’un liquide hyper conducteur véhiculent de la poussière d’ambre dans un cycle continu, qui produit un puissant champ électro magnétique. Dès 2136, plusieurs vieux modèles d’Istar sont démantelés. Avec la nouvelle formule, Un seul de ces anciens anneaux peut en alimenter plusieurs dizaines d’autres.

 

  • 2137-2143. Les stations coloniales et le plus gros des installations industrielles qui gravitaient autour de Mars s’expatrient les unes après les autres, en suivant les foreuses et les convois. La presque totalité migre vers la grande couronne. Quelques unes aussi vers Vénus qui, à cette époque où les systèmes de sélection et d’extraction atmosphérique des gaz deviennent compétitifs, se révèle comme le marché phare de l’économie gazeuse de l’héliosphère. Les géantes gazeuses de la grande couronne, moins stables, trop violentes, ne suivront pas cette voie avant une vingtaine d’années.

 

Pour la planète rouge, donc, c’est la débandade. Le tourisme sidéral de masse qui à cette époque fait ses débuts prometteurs arrive à peine à renflouer les caisses de ce que la W.P considère comme sa « capitale de cœur ». On mise énormément sur les visites des « installations fantômes », des grands sites d’extraction, des paysages somptuaires de la planète, des complexes locaux de la W.P sur Deïmos. Les centres administratifs et les principales stations scientifiques telluriques de la célèbre entreprise, situés sur les pourtours de l’Olympus, font aussi l’objet de visites. Elles resteront d’ailleurs constamment en activité et survivront à la terraformation et à la période de la « grande Guerre », lorsque l’Olympus sera devenu le centre géographique de « l’Oriacancha », autrement dit le second continent.

 

  • 2147. Mars se relève de ses cendres avec la naissance, sur Terre, du projet « Sauvegarde ». Un groupe de scientifiques péruviens réussit en quelques années à monter un projet ambitieux et à le rendre crédible, que seul Mars permettrait de réaliser. L’idée, simple, est de terra former la planète rouge, et de ne conserver pour l’exploitation minière de l’ambre que les régions de l’Olympus qui sont les seules zones d’extraction rentables à cette époque. Ces dernières serviraient d’ailleurs aussi de zone de contrôle à l’ensemble de l’expérience et de point d’accumulation des installations nécessaires à son achèvement.

 

Par un tour de force technologique Mars deviendrait un parc naturel planétaire, une gigantesque réserve dénuée de toute atteinte humaine autre que scientifique, qui aurait à tâche de préserver l’ensemble de la biosphère terrestre encore intacte, ainsi que l’ensemble des espèces qui, ayant disparu à cause de l’homme, ou n’ayant pu être maintenues en vie que dans des espaces confinés ou des banques de données génétiques, ne trouvaient plus leur place sur Terre.

 

En évoluant sur Mars, en vase clos, sans impact humain direct, la nature serait mise à l’abris de la dramatique diminution de sa diversité qui depuis un siècle a fait disparaître environ 80% de toutes les espèces vivantes.

 

En outre, de nombreuses espèces qui avaient déjà disparu dans les temps antiques de l’humanité et que la science a permis de cataloguer génétiquement seraient également réintroduites dans l’espace de vie martien, y compris des espèces d’hominidés. Ces programmes d’insertion de crypto espèces, végétales comme animales, ouvriraient à l’humanité un espace pour donner une réponse à un grand nombre de questions fondamentales, devenues insolubles du fait de l’arrivée de l’homme. 

 

Cette terra formation, entièrement automatisée, basée sur l’expérience désormais fiable développée avec les stations sidérales et les dernières grandes avancées industrielles dans l’exploitation des systèmes Istar, serait gérée par les dernières générations de robots, génorobots et d’androïdes.

 

Selon les calculs sa mise en place prendrait environ un demi siècle, comprenant la création d’une protolune à partir de Phobos et Deïmos, la terra formation « lourde » (océans, atmosphère, stabilisation géologique, reproduction gravitationnelle et effets de marées terrestres), puis l’installation et la stabilisation de l’ensemble des biotopes, la maturation des espèces dans les usines de structocopie biomorphique, leur implantation et la pérennisation des niches écologiques. Le tout sans enrayer l’exploitation olympienne de l’ambre minéral.

 

Évidemment, son coût exorbitant, sa durée et son caractère pharaonique rebutent tout un chacun. Mais l’équipe ne propose pas ce projet par hasard. Depuis une dizaine d’années, la raréfaction de la biosphère Terrestre a atteint un tel degré que beaucoup craignent pour la Terre une sorte de mort écologique et ce alors que, paradoxalement, les efforts de traitement et de préservation n’ont jamais été aussi intenses. Naturellement, les processus industriels de production de nourriture on depuis longtemps résolu les problèmes liés à des choses comme l’élevage. Le problème de l’eau, lui aussi, est depuis longtemps résolu, tout comme celui de l’énergie et des ressources minières. Mais le ratio entre les cultures végétales, l’espace naturel, les immenses espaces industriels et plus que tout les gigantesques mégalopoles souterraines de type Tu Di Gong rendent la pérennité des derniers espaces sauvages incertaine. Sans parler des derniers conflits qui ont généré l’indignation de la communauté internationale et ce notamment, outre le caractère ignoble et déplorable de la perte de nombreuses vies humaines, à cause de dégâts collatéraux produits sur des zones préservées dans les pays concernés.

 

La communauté internationale tout entière s’émeut donc depuis des années. Outre ce qu’on a appelé par la suite les « bulles lunaires », des stations artificielles implantées à la surface de la Lune terrestre sous des dômes, des projets de préservation d’espaces naturels sous forme de stations sidérales gravitant autour de la terre ont déjà vu le jour. Ils sont, pour la plupart, vendus sous couvert d’un objectif commercial touristique.

Chacune de ces stations, on les appelle « hyper stations » car leur taille est cinq fois supérieure à celle d’une station orbitale standard, représente un biotope typique de la Terre, artificiellement entretenu.

 

Lorsque les scientifiques du projet sauvegarde présentent leur copie à la communauté internationale, donc, ils s’inscrivent dans cette lignée déjà bien engagée d’exiler la nature en danger, pour la « préserver » en dehors des espaces terrestres. Par ailleurs ils offrent à l’humanité une occasion de réaliser quelque chose d’inouï, un but, tel qu’elle n’en avait plus connu depuis vingt ou trente ans.

 

Enfin plus que tout, ils vont trouver un appuis de choix dans l’une des plus gigantesques et des plus influentes puissances économiques de tous les temps : la W.P.

 

Pour le géant de l’eau et des ressources minières, le projet sauvegarde sonne comme une résurrection de SA planète, et une occasion unique de balayer d’un trait bon nombre de concurrents sur le marché déjà prospère de la toute jeune « architecture des biotopes ». Par ailleurs, aucun groupe financier au monde n’ayant plus d’influence dans ce domaine, la W.P se retrouve en pleine lumière, au fait de sa domination, se dotant du titre de champion d’une humanité pour qui « rien n’est plus impossible ».

 

Il n’est guère que la puissante fédération des groupes hélio protecteurs pour crier au scandale. Très surveillés pendant un temps après l’affreux attentat de Mars, ces groupes ont regagné une certaine notoriété en surfant sur les derniers grands scandales qui ont entaché l’humanité. L’explosion d’une station relai en 2141 surtout, faisant 30 000 morts en s’écrasant à la surface de Titan, et le scandale en 2143 de la fuite d’une station hexamodulaire orbitale de raffinage, qui avait provoqué une pluie acide très corrosive sur terre pendant plus d’un mois dans l’hémisphère Nord, ont recentré le débat de la préservation des environnements solaires et de la protection d’une humanité expatriée souvent soumise à des pollutions extrêmes et répétées.

 

Mais ces groupes sont peut de chose face à un consortium d’entreprises déjà prêtes à se ruer sur le nouveau projet, la W.P en tête, et dont le lobbying d’état n’est un secret pour personne.

 

  • 2148, août. Le feu vert final est donné. Symboliquement, par retransmission à travers tout le système Solaire, les usines hexamodulaires en orbite autour de Mars, ainsi que des équipes  débarquées fraîchement sur la planète, commencent à monter les gigantesques usines et vaisseaux qui vont servir à bâtir la première et la plus délicate phase du projet. En outre, on se met à bâtir dans divers points les futurs « Istars océaniques ». Sortent également de terre, réparties selon un calcul compliqué sur toutes les surfaces de Mars qui sont sensées accueillir les futurs océans, les grandes centrales submersibles semi enterrées de traitement et de contrôle de la salinisation et des taux de minéralisation des eaux. Elles doivent gérer l’immensité des volumes d’eau qui vont arriver de divers points, notamment en provenance d’Europe et de Callisto. On démarre enfin à cette période la construction, sur les pourtours du plateau de l’Olympus, des grandes installations du programme secondaire qui aura à gérer le « peuplement » de l’Astre, ainsi que les chaînes de production des armées robotiques automatisées qui auront à le réaliser.

 

  • 2149, sur Terre, entre en vigueur le codex anthropomorphique. Ce codex est une bible de lois  qui encadrent les pratiques eugéniques qui s’intensifient depuis des décennies sans aucune régulation harmonieuse entre les états. Notamment, on interdit aux populations ce qu’on nomme les « dérives morphiques » : toute implantation, sur des fœtus, enfants ou adultes, de gènes visant à altérer foncièrement l’humanité de l’individu. Interdiction également de la pratique qui existe dans certains états de reproduction par structocopie, l’individu se photocopiant lui-même ou un autre humain ou un animal.

 

La physiologie humaine doit rester strictement égale à ses canons. Ainsi il est interdit les pratiques courantes dans certains pays de rallonger le cou, modifier la structure de l’épiderme ou de transformer ou allonger les oreilles (par exemple la mode asiatique dite des oreilles de chats fut interdite), d’accroître démesurément les organes génitaux, la masse osseuse ou la masse musculaire, les protubérances mammaires. De modifier la forme ou la fonction des pieds et des mains, la forme du crâne humain (des pratiques d’élongation du crâne existent alors dans certains pays), des dents, l’apparition de tout élément physiologiquement saillant non naturel de type cornes, double ou triple sexe, doublement mammaire, ajout de membres, de pseudopodes, queues, membranes, ailes et protubérances dorsales ou autres, épines ou écailles, etc… Les substances produites par le corps sont les substances naturelles physiologiques de l’homme et aucune autre (notamment les modifications de sécrétions hormonales ou de phérormones endogènes sont interdites. Suite à cette loi, on arrêtera de nombreux gangs mafieux qui prospéraient sur le marché narcotique de la très dangereuse opération « HH » : hypothalamus/hypophyse) . Les systèmes fondamentaux ne peuvent pas non plus être changés : respiration (ajout de branchies par exemple), digestion, élimination, etc…

 

Peuvent uniquement être modifiés les traits et attributs normaux de l’individu (cheveux, poils, silhouette, caractères du visage et des membres), sa taille et son poids, sa masse musculaire dans le cadre des normes conventionnelles, les couleurs et éventuellement fonctions de ses organes sensoriels (couleur des pupilles, formes des yeux, oreilles et autres dans des normes humaines. Pour les aspects fonctionnels, on autorise les choses comme les visions altérées (sensibilité aux infrarouges ou ultraviolets, capacités de type « œil d’aigle », etc…), ouïes modifiées, goûts, touchers, odorat, sensations diverses) internes, y compris cérébraux (sens de l’orientation, magnéto localisation, perception des champs électriques, etc…) qui peuvent être effectués dans des cadres spécifiques, généralement professionnels.

 

Le codex anthropomorphique va générer beaucoup de mécontentement et, conjointement, permettre une dérégulation dans certains domaines qui va profondément modifier les capacités héréditaires de certaines populations (qu’on retrouvera sporadiquement, dans les siècles futurs, souvent comme capacités de clans héréditaires). Comme il n’est évidemment pas rétro actif, les gens qui réussissent à modifier leur apparence avant qu’il ne soit définitivement adopté sont rapidement sujets à la malveillance des autres. Ils sont aussi condamnés à la castration génétique.

 

Il se crée en quelques années un effet, voulu, de mépris des dérives morphiques, qui va très vite s’installer durablement dans l’esprit des populations de l’humanité. Il est lourdement relayé par les masses média à travers tout le système solaire. On appellera cette phase, qui va durer plus de vingt ans, la montée du « racisme morphique ». De fait, comme les populations ne peuvent être toutes surveillées, certaines échappent à la loi et deviennent ensuite des boucs émissaires faciles. Cela s’en ressent énormément sur le marché du travail puisqu’une personne est interdite de travailler si elle est sujette à ces dérives, et cet interdit est strictement contrôlé jusqu’aux confins du système solaire. Du coup, les « morphopathes » sont de plus en plus marginalisés.

 

Dans les confins du système solaire les critères sont même encore plus durs : les communautés, beaucoup plus petites, et donc paradoxalement aussi plus sujettes aux dérives, exacerbent rapidement une haine des « déviants », synonyme de « paumés » voir de « ratés ».

 

Cette loi, pourtant essentielle à la préservation du genre « homo », va ainsi créer la base de terribles conséquences qui se feront sentir jusque dans les deux millénaires suivants…

 

  • 2150. En complémentarité du codex anthropomorphique est adopté le codex « genosanitaire ». Ce dernier stipule toutes les lois et normes relatives à la race humaine. Dès son entrée en vigueur, la pratique déjà en marche depuis plus d’un siècle de sélection et d’élimination des erreurs génétiques classiques du génome humain est entérinée et harmonisée à échelle internationale. Tous les problèmes tels que maladies génétiques motrices ou cérébrales, malformations héréditaires, atavismes morphologiques, ou atavismes organiques divers dû aux gènes (problèmes multiples comme les excédents ou manques de sécrétions ou liquides naturels, problèmes liés à une mal fonction des organes internes, etc…) sont contrôlés de façon prénatale et modifiés directement sur le noyau avant ou après fécondation (la pratique courante de sélection des ovaires et spermatozoïdes régulait déjà la plupart des problèmes depuis des décennies). Cette stricte sélection eugénique entre en conformité du codex anthropomorphique, qui stipule à ce sujet que les traits et caractères naturels sélectionnés pour le nouveau né ne peuvent en aucun cas sortir des normes définies de l’humanité.

 

Mais le codex genosanitaire va trouvé un ennemi de taille, qui apparaît du jour au lendemain et se fédère très rapidement en une communauté soudée. Il s’agit de l’ASOFD, « Azossin Sindka ô frë dworin » (association syndicale des nains libres).

 

Les cas de nanisme font parti des types génétiques que le codex vise à purger. Beaucoup de nains se récrient. Le syndicat naît des mécontents les plus réfractaires. La loi étant inflexible, ces derniers demandent expressément à ce que leur propre patrimoine génétique soit changé afin qu’ils ne puissent plus avoir que des nains. Se revendiquant comme hommes aussi naturels et parfaits que n’importe quel autre, ils plaident leur cause pour avoir le droit de devenir des « nains de plein gène ».

 

  • 2151 introduction dans les profondeurs de la masse planétaire, dans la région du Pandorae fretum, au nord de Noachis, d’une machine extraordinairement complexe, nommée « convecteur gravitationnel ». Celle-ci doit avoir à tâche de compenser le défaut de gravité de Mars vis-à-vis de la terre et conjointement de créer, dans un mouvement particulier par lequel il est couplé à la futur protolune, un effet de marée. Cette installation nécessite un forage vers le cœur de la planète avec la plus grande machine Worma qui fut jamais conçue. Cette machine est à la fois la foreuse et le convecteur gravitationnel lui-même. Entièrement automatisée elle atteint sa profondeur critique après quatre mois de forage jusqu’au cœur qui furent, pour les équipes scientifiques, un moment de constante angoisse.

 

Une fois arrivée à sa profondeur optimale on mit en route son programme d’autogestion. Le convecteur détacha sur sa ligne de pente, à intervalles réguliers, quatre de ses complexes hexamodulaires qui étaient chacun une centrale à fusion nucléaire, nécessaires à sa « mise à feu ». Les centrales mirent ensuite tour à tour leur programme d’autogestion en route puis l’ensemble de la chaîne des installations du convecteur se mit en place à leur suite au plus profond de la planète. L’opération se passe sans trop de heurts, bien qu’on constate rapidement aux alentours des centrales, alors au minimum de leur capacité, d’étranges phénomènes, des productions incompréhensibles de superstructures cristallines qui firent même un moment craindre le pire. Mais ces phénomènes géologiques obscurs ne mettent pas en danger le convecteur. Aussi l’on continue la manœuvre.

 

Il faut deux années en tout pour que le convecteur se mette pleinement en marche. 

Comme c’est une des premières et rares machines à utiliser le fameux minerai Stikar, et  que presque toutes les réserves de l’époque ont été nécessaires pour permettre sa réalisation, tout le monde retient son souffle. Le principe du convecteur ne repose pas en effet sur un processus entretenu artificiellement mais sur la création d’une sorte de « pendule perpétuel », qui se nourrit de lui-même. Il doit transformer Mars en une horloge magnétique à l’échelle d’une planète. Personne ne sait encore ce que cette expérience va bien pouvoir donner et le budget faramineux dépensé par la WP et ses associés dans cette première phase, dont tout ou presque dépend, rend toute l’économie de l’héliosphère fébrile.

 

  • 2151-2152 Parallèlement à la mise en place du convecteur gravitationnel, l’autre projet phare de la terraformation est lancé. Il s’agit de la création de la protolune et de son équipement.  L’idée est, par une poussée continue, d’aligner artificiellement et très progressivement les deux satellites phobos et deïmos, dont toutes les anciennes installations ont été démontées ou à défaut évacuées, sur la même orbite, calculée et choisie par avance (celle nécessaire à leur maintien dans l’espace une fois rassemblés et au couplage du nouvel astre avec le convecteur gravitationnel tellurique, qui doit produire la « grande horlogerie » de la terra formation et les marées du futur océan), de les souder par un impact contrôlé, et de refroidir rapidement la zone de fusion grâce à des bombes cryofluides, une arme redoutable mettant en jeu la maîtrise du zéro absolu. Ces cryobombes sont l’équivalent en terme d’impact de bombes nucléaires surpuissantes. Prenant paradoxalement l’apparence de « bombes à froid » elles reposent sur des technologies qui ont déjà plus d’un siècle d’existence en physique quantique et en mécanique des fluides, et dont les applications sont très nombreuses dans tous les domaines. Cette expérience, on le conçoit, est au moins aussi démente et extraordinaire que celle de la mise en place, sur Mars, du convecteur gravitationnel. Toutes les phases des deux opérations sont suivies dans toute l’héliosphère, depuis les plus lointaines stations Istar sidérales de pluton ou de la grande ceinture jusqu’au bas-fond des mégalopoles Tu-di-Gong Terrestres.

 

C’est la plus grande expérience scientifique humaine jamais produite à une telle échelle.

 

  • 2152 L’expérience « protolune » est une réussite complète. Malgré les très grandes tensions entre puissances qui agitent la Terre à cette époque, l’achèvement de sa fusion et de sa mise en orbite provoquent un grand élan d’espoir et de joie. L’assemblée des nations est réunie pour partager ce triomphe du génie humain. Les opérations d’aménagement des installations qui vont recouvrir toute la lune ou presque débutent aussitôt.

 

  • 2153 La construction et la mise en route des usines à fusion nucléaire de régulation, de salinisation et d’épuration minérale des futurs océans est un succès. Elles entament leur programme d’autogestion. Certains de ces complexes doivent également avoir un impact contrôlé sur les courants marins.

 

Dans le même temps, on achève les Istars océaniques. Les multiples liaisons avec les « sources » du système solaire qui doivent les nourrir sont testées. La masse d’eau à produire, colossale, rend beaucoup de gens incrédules. L’expression amusée « remplir la piscine » revient à de nombreuses reprises et la W.P doit lancer une très importante campagne de publicités, sur fond de tensions nationales (les principaux états actionnaires de la W.P à cette époque sont l’Europa, l’Asian Arc et la confédération Africaine), pour prouver le sérieux de ses actions et justifier des milliards d’investissements du projet sauvegarde qui repose principalement sur ses épaules.

 

L’an 2153 marque également l’achèvement dans les zones les plus élevées de la planète de plusieurs des grands processeurs atmosphériques nécessaires à l’ajustement de la composition des gaz qui formeront l’air martien. On bâtit aussi à cet effet des Istars de transfert qui doivent aller chercher une partie de ces gaz « à la source », en utilisant les grands procédés filtrants qui, depuis plus de cinquante ans, permettent l’exploitation et le convoyage de ces gaz à travers tout le système solaire.

 

  • 2154. Le programme d’autogestion du convecteur gravitationnel entre dans sa phase finale. Sur la Protolune, des installations de grande envergure ont été montées depuis les bases de relais sidérales et les usines orbitales. Celles-ci, acheminées depuis la grande couronne dans les années 49-50, abritent et nourrissent l’énorme population et une partie des armées robotiques nécessaire à l’ensemble des opérations, à terre comme dans la haute atmosphère.

 

Une des installations nouvelles donc, implantées dans les profondeurs de la protolune, est nommée « Gemella ». Cette installation est le complémentaire du convecteur tellurique.

 

Au mois de juillet de l’année 2154, Gemella est activée au moment même où, au centre de la planète, le convecteur s’éveille enfin de sa période préparatoire. L’arc de convection, utilisant la force créée par le déplacement de la protolune, se forme rapidement. La protolune accélère artificiellement grâce à des dispositifs placés sur sa surface. Elle doit atteindre son orbite secondaire, « terminale », conjointement à la progressive compensation de gravitée générée par le « pendule » de l’arc Gemella.

 

La tension est extrême, toute l’humanité scientifique retient son souffle pendant presque trois mois. Durant cette phase, il se produit sur une partie du sol martien le commencement de changements prodigieux. D’énormes tremblements de terre et des effondrements massifs de  zones diverses, principalement dans la chryse, l’Argire l’Hellas, le Cydonia et le Dioscuria engendre des mouvements cataclysmiques et des tempêtes atmosphériques extrêmes.  Une bonne part de ces effondrements et effets météorologiques avaient fort heureusement été anticipé et très peu d’installations ont donc à en souffrir. Toutes, bâties selon des procédés terrestres très fiables qui ont fait leurs preuves depuis l’époque des premières Tu-Di-Gong, sont hors d’atteinte des grands tremblements de terre et des gigantesques, des vents cycloniques et des glissements de terrains.

 

La protolune atteint enfin son orbite terminale. C’est le succès ! Les mesures de la gravité à la surface de la planète le confirment : c’est la même que la gravité terrestre. Explosion de joie à travers toute l’Héliosphère. Il faudra encore un an de mesures pour vérifier qu’aucun problème ne vienne à enrailler cette « grande horloge cosmique ». Dans les années qui vont suivre, l’inclinaison de l’axe de Mars, jusque-là très instable, va se fixer sous l’effet de l’arc Gemella et engendrer le futur cycle des saisons martiennes. Jamais la petite planète rouge n’aura autant ressemblé à la Terre !

 

  • 2155 Tandis que les gigantesques bouleversements en surface se poursuivent, le programme autogéré et relayé depuis la protolune et diverses bases, orbitales comme telluriques, engage l’activation des istars océaniques, des processeurs et convoyeurs atmosphériques, ainsi que, progressivement, des installations qui concernent le traitement des eaux martiennes.


Conjointement une opération d’envergure est réalisée par l’épandage massif de variétés d’AGC, le fameux composé organique capable de produire à une vitesse extraordinaire une quantité phénoménale de biomasse en rejetant par réaction un volume optimal d’oxygène dans l’atmosphère. Les variétés de mélanges devaient permettre d’obtenir différents types de substrats et de biotopes à moyen terme. Les épandages, sous forme de lourdes boues humides, furent donc limités à des zones précises qui avaient été décidées, à l’avance, pour accueillir tel ou tel type d’environnement naturel.

 

  • 2155-2165 Cette époque, qui marque la suite du processus précédemment initié, va rapidement être appelée « le grand chaos ».

 

Tandis que les océans se remplissent à une vitesse vertigineuse (ils doivent atteindre sur vingt années un niveau approchant +600 mètres au-dessus du niveau zéro conventionnel qu’on avait établi pour les anciennes masses d’eau de la planète), les istars océaniques s’élèvent également progressivement sur les piles vertigineuses prévues à cet effet, tandis que l’eau jaillit de leur gueule béante en noyant tout. Chacun de ces multiples istars crache quotidiennement l’équivalent en volume d’eau de deux à trois fois la pyramide de Kheops. L’addition de masse, phénoménale, provoque un accroissement de pression sur le plancher martien qui entraîne des bouleversements sans commune mesure avec ceux initiés par le pendule Gemella. Des zones souterraines entières sont noyées, d’autres, fragilisées déjà ou sapées, s’effondrent. Cela se traduit principalement par la perte de sept Istar océaniques, qui s’écroulent, malgré les précautions prises. Cela ne fausse pas trop les calculs heureusement : il y en a des dizaines et des dizaines d’autres. Il y a aussi l’écrasement de plusieurs usines submersibles qui normalement se trouvaient « hors champ ». Le calcul de la quantité d’eau nécessaire se révèle cependant assez fiable. On avait prévu depuis longtemps les principales fractures et les basculements partiels, à grande échelle, de plaques de surface.  Toutes les installations avaient été programmées en fonction de ces dangers et tous les équipements de surface avaient été bâtis autour de l’olympus, de sa chaîne et de son plateau qui formaient un ensemble inébranlable.

 

On avait également prévu depuis longtemps la répétition du phénomène le plus étrange jusqu’alors observé sur Mars : celui de la « pousse » de montagnes d’effondrement et conjointement de l’apparition en profondeur de masses actives de cristaux de roche à croissance rapide. Des montagnes et des cristaux, donc, tels qu’observés dans le Sabaeus en 2087 ou dans le pourtour des centrales à fusion du convecteur magnétique quelques années auparavant.

 

Ainsi les psychophysiciens avaient simulé sur divers points chauds ces « émergences » et l’on avait établi avant le démarrage du programme une physiologie du relief martien résultant qui en tenait compte.

 

Mais cela ne se passa pas comme prévu. Si globalement les étranges formations rocheuses apparurent bien aux endroits indiqués, la réalité de leur développement dépassa toutes les simulations.

 

Au point qu’on assista, sur dix ans, à quelque chose qui fut rapidement considéré par tous comme relevant plus de l’acte divin que des lois conventionnelles de la nature, aussi impénétrables et perturbantes qu’elles puissent parfois être.

 

Tandis que des zones prévues à l’origine comme émergées furent englouties par les eaux, d’autres, qui devaient être englouties, généralement des zones prévues de faible profondeur, se retrouvèrent élevées ou protégées par des élévations spontanées de collines, plateaux et montagnes. Des massifs jaillirent également depuis des zones inondées sous jacentes.

 

La plus spectaculaire de toutes et l’une des plus tardives se produisit au niveau du Sud de l’Hellas, qui avait subi de très graves effondrements On vit ainsi sur cinq années la montée d’une sorte de dôme monstrueux et acéré, qui s’effondra ensuite comme un soufflet par le centre pour former une prodigieuse caldera, cernée d’une chaîne de montagnes formant un barrage à l’eau qui gagnait en hauteur. La plaine centrale se retrouva au-dessous à la fin du processus océanique.

 

Une énorme fracture de plaque, également, provoqua une rapide remontée en falaise au Sud des régions de Moab et d’Aeria, et une autre au sud de Sabaeus et de Serpentis, formant des sortes de « marches ». De grandes failles étaient déjà apparues dans la région, l’une au Sud d’Arabia, l’autre à la pointe Sud de Moab, qui amenèrent l’apparitions de gouffres béants d’une profondeur hallucinante.

 

Conjointement l’extrême Sud de Cydonia s’éleva et deux petites chaînes apparurent qui empêchèrent l’eau de s’engouffrer sur cette partie qui, normalement, devait être sous les eaux. Deux autres apparurent conjointement à la fracture d’Arabia au Nord de celle-ci et à l’Est de Meroe. Une autre élévation prodigieuse encore se produisit en plateau entre Noachis et Argyre, qui subissaient de très violents effondrements.

 

Enfin le pompon fut pour Moab, puis Aeria et Meroe sur un axe Nord Sud, et enfin Pendorae Fretum jusqu’à la pointe de Serpentis sur un axe Ouest-Est. Là se formèrent de véritables chaînes dorsales, titanesques, d’une hauteur prodigieuse telle qu’il eut été impossible même d’y songer, et qui allaient continuer de s’élever et de s’étendre pendant les vingt années suivantes dans un silence rompu de crissements, de craquements et d’effondrements aussi prodigieux qu’effrayant. Les mouvements de ces montagnes et leur croissance faisaient penser à ceux observés pour les glaciers et les icebergs, mais dans ce cas précis il s’agissait de roches des essences les plus diverses. La chaîne dorsale de pendorae fretum était ainsi parcourue de prodigieuses élévations de roches vitrifiées, principalement de l’obsidienne, incompréhensibles selon les lois conventionnelles de la physique et de la géologie. Le massif concentrique phénoménal de Moab tenait pour une bonne part de roches basaltiques et de granits, la chaîne dosale d’Aeria/Meroe, enfin, d’un mélange étonnant de roches ferreuses allant de l’ocre au marron, en passant par le jaune, le gris, le noir et le violet.

 

Ces bouleversements de montagnes cyclopéennes, qui se levèrent en se contorsionnant tels des titans mythologiques, bardés de crocs et de pics, furent les principaux changement visibles en surface. On en eu très peur et d’aucun se demanda si quelque abomination démentielle n’allait pas s’arracher aux sols argileux de l’astre défiguré pour venir punir ces humains décidément trop audacieux qui l’avaient profané. Additionnés aux prodigieux effondrements et soulèvements qui, dans cette même partie du monde, avaient lieu sous les dynamiques océanique et gravitationnelle, ils donnèrent une physionomie à la planète terraformée qui sans trop s’éloigner toutefois de celle calculée par les modèles de simulation n’en était pas moins beaucoup plus spectaculaire et inquiétante.

 

En profondeur c’était encore pire. On craignit même un temps pour le convecteur gravitationnel. Le grand soulèvement de Pendorae Fretum engendra une énorme zone de cavités sous-marines dans lesquels l’eau de mer s’engouffra. Parallèlement, la pousse brutale de cristallisations massives provoqua la destruction de deux des centrales de ligne du convecteur gravitationnel, celles qui étaient le plus proche de la surface, et ce avant qu’elles ne fussent désactivées par le programme d’autogestion du convecteur. Le bouleversement fut conduit de telle façon que les chambres solaires, sans être détruites, échauffèrent les roches et commencèrent de produire une activité magmatique intense qui se répandit dans les multiples cavités souterraines, formant un vrai gruyère. Cette perturbation resta confinée au Nord de la région de Noachis qui connut par la suite un affaissement concentrique. Beaucoup plus profond, le convecteur n’eut heureusement pas à en souffrir. Cette zone « chaude » allait avoir à se perpétuer. Le sous-sol, en conséquence, fut pendant longtemps irrigué énergétiquement et l’on constata des siècles plus tard d’extraordinaire vivacité des cristaux « mouvants », qui en changèrent sans cesse la physionomie depuis le nord du Pendorae jusqu’aux frontières de l’Hellas

 

L’activité de ces zones inférieures, surveillée depuis l’espace et depuis le bloc continental en formation, plus « stable », de l’Olympus, se révélait donc proprement prodigieuse. Ce qui étonnait les populations de l’héliosphère, qui suivaient avec stupeur ces changements au quotidien, était l’absence de certaines contraintes physiques qui auraient normalement du apparaître. Les montagnes « Isberg », qui continuaient de s’élever sans bruit comme une banquise chaotique, faisaient froid dans le dos. C’était comme si « quelque chose de conscient » tentait réellement de contenir ou de modeler l’espace en se servant de l’énergie gigantesque que dégageait l’ensemble de la procédure.

 

Les relevés du mur psycho résiduel indiquèrent d’ailleurs des mouvements de masse, des fluctuations et des aberrations qui confinaient presque au délire. Des nœuds de manifestation apparaissaient partout. Des chaînes de convergence suivaient les lignes montagneuses, les gouffres et les fractures. On releva une activité d’une intensité phénoménale au nord d’Aeria, en un point précis, à l’Est d’un des deux gigantesques gouffres béants nés des effondrements, et tout contre la chaîne montagneuse Aeria/Meroe. Il s’y formait un chaos de roches miroitantes particulièrement spectaculaires et labyrinthiques, quoi que peu élevées en comparaison de la chaîne montagneuse au creux de laquelle il se love. On l’appela dès cette époque le « Neoss », du nom de l’ancienne chambre sainte (Naos) qui se trouvait dans les temples, en Egypte, et abritait les dieux. Il fut bien difficile d’expliquer à quoi pouvait correspondre cet extraordinaire pic d’activité de la trame résiduelle psychique et les fluctuations quantiques invraisemblables qui l’accompagnaient, en comparaison du paysage qui était en train de s’y former.

 

Une autre incroyable activité de ces montagnes « vivantes », ces « mers minérales déchaînées » est nettement moins visible. Il allait d’ailleurs falloir des dizaines d’années aux chercheurs pour l’identifier et prendre pleinement conscience de son ampleur.

 

Car outre les gisements de Stikar et les veines d’ambre minéral qu’on attendait, comme pour la précédente expérience de Sabaeus, on se mit à relever un peu partout le long des cyclopéennes chaînes rocheuses en formation d’étranges créatures. Dès 2160, on fait état de leur existence au cœur des massifs. Or à cette époque aucune autre forme organique que l’AGC et ses diverses variétés n’ont été introduites à grande échelle sur le sol Martien.

 

Ces choses minuscules, vivantes et multiformes, sont d’abord prises pour des hallucinations ou des erreurs des drones de surveillance. Puis l’on a plusieurs confirmations visuelles. Rapidement, on dispose de dizaines de visualisations de « nuages ectoplasmiques » de sortes de masses, parfois phosphorescentes, qui se déposent sur les roches, comme des mousse ou des lichens, qui se déplacent lentement ou voltigent comme des amas bactériens, poussiéreux ou microbiens avec des comportements qui oscillent entre le végétal et l’animal. D’autres, plus complexes, apparaissent à leur suite. De nombreux enregistrements montrent des formes de simili insectes, de simili plantes, de microbes, d’algues, de champignons ou de simili méduses, vers ou crustacés. Parfois de créatures plus complexes encore, ou d’essaims qui se comportent comme une seule et unique entité, à la manière d’oiseaux ou de poissons. Toute une mémoire du vivant terrestre se manifeste là en une multitude de semi spectres insaisissables.

 

La complexification et la multiplication de ce phénomène inquiétant laisse tout le monde sans voix. Les créatures peuvent briller ou être obscures. Elles s’évanouissent généralement dans l’air, semblent sortir des failles ou des crevasses, parfois même se matérialiser dans l’air spontanément. On tente des expériences afin de les saisir mais c’est presque impossible. Les sondes et les drones passent au travers de ces fantômes du vivant qui vont réapparaître nonchalamment un peu plus loin.

 

Il semble, pour les équipes qui auront à se pencher sur le problème dans les vingt années à venir, que l’AGC soit en lien direct avec ces choses. Là où elles se manifestent, on démontre en effet une activité anormalement élevée et accélérée du tissu macrobiotique. Ces créatures resteront par ailleurs toujours confinées aux zones qui ont subi les plus grands bouleversements géologiques durant la Terra formation.

 

Il ne sera dans les temps futurs pas une seule époque qui ne répertoriera des catalogues entiers de ces êtres plus ou moins inoffensifs, aux mœurs vitales et aux propriétés et effets les plus étranges.

Ces choses auront même leurs chercheurs, leurs détracteurs, leurs exploiteurs quoi que les spécialistes resteront toujours marginaux et rares, d’autant plus avec l’avance du temps. Certains en feront l’objet de recherches cliniques ou psychiques, selon l’approche, en herboristerie et druidisme notamment.

 

  • 2157. Parallèlement sur Terre et dans un tout autre registre, le débat « nain » prend une nouvelle tournure. Le syndicat vient en effet de l’emporter par l’adoption de la « loi naine » en septembre de cette année. Ses membres se voient accorder le fameux sésame : la possibilité d’accéder librement à une modification de leur génome leur permettant d’avoir systématiquement des nains comme enfants, et cela qu’ils se reproduisent avec d’autres nains ou qu’ils se reproduisent avec des humains de taille dite « normale ». À l’échelle planétaire c’est la confusion. Les pro et anti nains se déchirent. Sur fond de racisme morphique, le cas nain ne cessera plus de revenir sur le devant de la scène à partir de là. La plupart des nains choisissent en effet de se contraindre aux lois génétiques internationales. Ceux qui choisissent l’extrême de la modification « nanique » sont donc de facto des marginaux, peu nombreux à l’origine, tous membres de l’ASOFD » que d’aucun décrit, déjà à cette époque, comme une sorte de secte. On se doute bien que passé les quarante ou cinquante années suivant l’entrée en vigueur du codex genosantaire, les nains « normaux » disparaissant, les « de plein gène », vont commencer à avoir des problèmes. De plus, extrêmement organisés, puissants, très centrés sur eux-mêmes, ces nains vindicatifs et revendicateurs de leur différence vont rapidement se mettre à pratiquer toutes les formes de favoritisme racial. Ils feront l’objet d’une récrimination croissante de « l’autre » humanité.

 

La même année, naissance de Moussdi Kamel Adar en Ethiopie

 

  • 2159 Sans qu’on ne comprenne pourquoi, il se produit un colossal accident à l’Est de la chaîne de montagnes vivantes de Sabaeus, la plus ancienne de toutes.  Par la suite, on finira par identifier qu’il s’agit d’un énorme attentat organisé par une puissante ramification armée des héioprotecteurs.

 

Dans les faits une réaction en chaîne dérègle, les unes après les autres, une dizaine de régulateurs océaniques submergés. Ceux-ci dès lors ne répondent plus. Cette catastrophe se traduit par un rejet massif de Sel sur la zone qui sursature rapidement. Or cette zone est très peu profonde et forme une baie qui se retrouve donc rapidement blanche de sel puis, l’eau étant chassée par une évaporation en constante accélération à cause des vents tempétueux qui sans cesse balaient la planète, la réaction en arrive à former une mer de sel solide d’une épaisseur impressionnante. Le tout dure le temps d’une seule année. Des dizaines d’équipes travaillent nuit et jour à régler la mal fonction sans y parvenir. Les machines ne répondant plus la situation devient urgente. On finit par envoyer une équipe qui fore des tunnels jusqu’aux usines afin de désactiver manuellement les centrales avant que ne se produise une catastrophique explosion. C’est chose faite mais l’affreuse mer de sel condamne par sa seule existence tout une partie du programme originel du projet. On est également contraint de recalculé l’ensemble des cycles océaniques en cours de structuration. Partout c’est la consternation. Sur Terre, la W.P et ses partenaires subissent des huées qu’ils ont bien du mal à contredire. On renforce drastiquement la sécurité. L’idée de l’attentat permet de faire passer la pilule et détourne l’attention sur les héloprotecteurs qui font une cible facile, étant au cœur de plusieurs grosses affaires partout dans le système solaire à cette époque.

 

  • 2160. Naissance de Yü Woï Xin en Chine.

 

  • 2161 la stabilisation progressive de la biomasse fertile des AGC et du niveau d’oxygène dans les eaux et l’atmosphère offrent une perspective encourageante.

 

Parallèlement, sur Terre, apparaissent cette année là dans un climat très tendu une toute nouvelle arme de guerre, l’HGM (HumaGenoMu). L’humagenomu (homme génétiquement modifié), un bio agent, est un pur produit de son époque. Il est proposé par l’ARES, une entreprise spécialisée dans l’escorte stellaire, les missions militaires et l’espionnage, ainsi que dans les services d’ordre policiers, le judiciaire, ou la formation des milices. Fabriqués pour la guerre et la stratégie, ces êtres à l’intelligence tactique prodigieuse et à la discipline de fer sont bien des hommes, au sens biologique du terme, mais ils sont entièrement artificiels du point de vue de leur production. Cet état de fait les place en-dehors du cadre des lois de bio étique et surtout d’une partie du codex morphique. Leurs corps sont de plus suffisamment modifiés pour ne pas les faire enregistrer comme humains.

 

Les humagenomus peuvent être loués ou vendus. Contrôlés par un système de puces cérébrales ils ne peuvent échapper à la codification sévère établie par leur entreprise sous peine de représailles. Leur code sériel est tatoué sur leur cou et leurs poignets, leurs rétines possèdent des marqueurs identifiants.

Ce ne sont pas non plus des esclaves. Ils gagnent leur salaire, sont protégés par toutes les lois humaines en vigueur concernant leur traitement. Mais ils n’ont pas le statut humain de « plein droit ».

 

Produits à la chaîne par l’entreprise mère puis dans les années qui suivent, le marché étant fleurissant, par ses nombreuses filiales, les HGM se répandent rapidement, profitant des guerres sporadiques et des tentions délétères qui agitent la Terre, ainsi que des besoins constant du commerce stellaire, notamment dans la grande couronne où l’héliopiraterie va bon train.

 

Comme on l’a dit, c’est un ensemble de facteurs qui conduit l’HGM à un tel succès. Le plus puissant d’entre eux est le  fait qu’à cette époque les armées des nations, les milices et entreprises d’escorte conventionnelles ne suffisent pas à faire régner l’ordre sur Terre, pas plus que dans l’espace. Il n’y a pas assez d’agents, pas assez de juges, pas assez de gardes. Partout la justice, l’armée, la police sont débordés. Il est des quartiers de certaines mégapoles terrestres qui sont inaccessibles aux contrôles du fait de la rareté des agents, et donc deviennent des temples de tous les trafics et excès.

 

La robotique propose énormément de solutions de soutien mais les juges de paix et les soldats ne peuvent leur faire mener un certain nombre de missions pour lesquelles ils manquent cruellement de moyens, dans les domaines de l’infiltration, l’enquête, les rapports humains, les prises de décision, l’analyse. Comme le dit un proverbe « un mauvais flic avec une armure mobile, dix drones et 100 mouchards ne remplacera jamais un bon flic et son flair ».

 

Les agents I.A et les Wo’kers (marcheurs, autrement dit patrouilleurs), lourdement armés, existent en grand nombre et en nombreux types, mais ils sont très mal perçus par la population humaine et très encadrés par les lois. De plus une récupération éventuelle de ces machines à des fins malignes est crainte à juste titre par les divers services nationaux et internationaux. Ces dernières années le cas s’est souvent reproduit.

 

La technologie a ceci de frustrant qu’autant on peut l’améliorer, autant on peut la contourner  ou même la détourner.

 

L’HGM, lui, ne peut être trafiqué. Il est de plus fait pour penser, et pour penser intelligemment. Conçu avec un corps souple et nerveux, assez grand, longiligne, il dispose de caractéristiques morphiques qui permettent de l’identifier rapidement et conjointement qui lui donnent les moyens de faire face à toutes les situations sans départir du reste de la population humaine. Tout est « visible mais discret ». Ainsi le rallongement de ses oreilles qui ont une fonction de démarcation vis-à-vis des humains et conjointement d’amélioration auditive. Ensuite ses yeux aussi sont améliorés, ainsi que son goût et son odorat.

 

Produits en masse, tous différents grâce à la structocopie biomorphique, les HGM ne peuvent se mélanger aux humains et quoi qu’ils puissent se reproduire entre eux (ils sont produits mâles et femelles, dans l’intension de s’ouvrir le marché de la grande couronne où les stations lointaines désireraient avoir leur propre population) cette reproduction est lente. L’enfant né d’eux et d’un humain est systématiquement un HGM, ce qui ne permet pas le doute. Il y a donc une sécurité garantie de non ingérence et par voie de fait d’incorruptibilité en les utilisant (absence totale d’implications personnelles puisque celles-ci seraient immédiatement visibles).

 

Plus résistants aux maladies que les humains, leur corps cicatrise mieux, et, enfin, leurs cellules ne connaissent en théorie pas le vieillissement. D’ailleurs ce dernier point, révolutionnaire, engendre un problème de pigmentation. Ils ont la peau pale (c’est l’une des rares contraintes : leur sensibilité aux UV les obligent à toujours être protégés sous peine de brûlures graves). Ils ne sont pas albinos pour autant. Les variations de leurs couleurs de cheveux, d’yeux et de morphologie sont conforment aux segments du codex morphique qui les concernent et les intègrent au sein de l’humanité comme citoyens de seconde zone.

 

On dit aussi que leur cerveau a été amélioré pour développer plus facilement des qualités rares dans l’humanité, qui leur permettent de remplir les fonctions des meilleurs profilers ainsi que celles des psy agents. L’ARES et ses filiales garderont cependant toujours le secret de ces « retouches » cognitives.

 

  • 2165 Sur Mars. Le niveau de biomasse optimal est atteint dans presque tous les milieux, y compris les milieux marins. Les tempêtes géantes qui rendaient l’atmosphère dangereuse se calment progressivement grâce à la régulation des processeurs atmosphériques. L’osmose de l’atmosphère est en passe, elle aussi, d’être réalisée. L’air en effet est dès ce moment respirable.

 

  • 2166 Mise en route des usines à structocopie végétales et animales de l’Olympus et du programme « étages d’âges ». Ce dernier, très complexe, entièrement automatisé ou presque, va permettre de réaliser le tour de force d’introduire des populations dans toutes les phases de leur croissance, ce qui est nécessaire à l’objectif de la « planète clefs en main » tel que vendu par la W.P sur ses prospectus.

Naturellement, depuis des années, des banques biologiques phénoménales ont été transportées depuis la Terre puis cultivées dans des usines ou sous serre.

 

Parallèlement à cela, le programme général de terra formation procède à l’arrêt puis la retombée des istars océaniques jusque sur le fond. Les piles de soulèvement sont ensuite récupérées ou coulées, selon les difficultés rencontrées après les bouleversements auxquels ces énormités technologiques ont du faire face.

 

  • 2167 Les cryptoespèces, notamment à base humaine, commencent à être produites à la fois sur Terre et sur Mars.

 

  • 2168 fin officielle du programme de la terra formation primaire, tant le processus géologique d’effondrement et de pousses montagneuses que les processus atmosphériques, maritimes, gravitationnels et autres. En réalité les changements vont se poursuivre mais l’ensemble du paysage et des conditions nécessaires à la vie sont désormais en place pour fonctionner tels que les objectifs du projet Sauvegarde les avaient désirés.

 

Tandis que le ciel s’éclaircit progressivement on s’atèle à l’aménagements des biotopes du continent définis par l’expansion des AGC.

 

L’agitation des eaux océaniques également tend à se résorber et à se calquer sur le cycle terminal des courants et marées programmés à l’origine. De puissantes tempêtes continuent de balayer les côtes mais les processeurs atmosphériques et les régulateurs océaniques permettent de contrôler l’ensemble au-delà des espérances des chercheurs.

 

Les visions ectoplasmiques des créatures non répertoriées se propagent également, de leur côté, vers les plaines et les zones basses. On constate qu’elles ont tendance à se fixer sur les nœuds les plus forts du « mur psycho résiduel » régulièrement relevés par les psychophysiciens.

 

À partir de ce moment on devra distinguer sur la planète deux « mondes » qui se côtoient : d’une part le continent énorme, en vérité le plus grande, de l’Olympus. Il est rebaptisé Oriacancha du nom de la principale base scientifique de la W.P qui s’y trouve, dirigée par l’équipe péruvienne d’origine, et qui est le centre de commandement de l’ensemble des infrastructures de production et de transport. Ce continent est entièrement dévoué à la production de tout ce qui est nécessaire à la terraformation secondaire.

 

Celle-ci est réalisée sur l’autre continent et sur l’arc des îles qui les séparent tous les deux, ainsi que sur les « pôles ». Il est nommé « Wi’cocha » (rapidement il sera orthographié et prononcé Vicocha). C’est celui aussi qui a subi le plus de changements au cours de la terraformation primaire.

 

Il doit son nom à une ancienne divinité péruvienne, Viracocha, en l’honneur toujours des scientifiques péruviens qui, vingt ans plus tôt, ont proposé le projet Sauvegarde. Le continent et son arc d’îles, qui doivent abriter la quasi totalité des anciens biotopes terrestres, telle une arche de la vie, un zoo du vivant, est ainsi fort bien nommé si l’on s’en réfère aux caractéristiques de son dieu éponyme.

 

  • 2170-2180 On construisit à la surface du continent Vicocha de nouveaux Istars, afin de faciliter les transports depuis les usines de l’Olympus où des portes avaient déjà depuis longtemps été construites pour faire la navette avec les diverses installations, très étendues, ainsi qu’avec la Lune et la Terre.

 

Il y en a trois en tout. Deux ont la forme de deux portes énormes, placées à chacune des extrémités du continent Nord et Sud. Elles permettent un passage continu dans les deux sens depuis des dizaines d’endroits de l’Oriacancha, pour cinq à dix navettes hexamodulaires standardisées de front avec leur chargement et jusqu’à dix navettes en hauteurs (ce sont donc de véritables immeubles, des arches, entourés d’installation plus discrètes).

 

Un troisième Istar, dans la zone Sud d’Aeria, donc à peut près au centre, et beaucoup plus petit, doit permettre de faciliter les déplacements de contrôle depuis la protolune et de relier le continent terraformé à la Terre et divers astres de l’héliosphère. Conçu pour la future implantation des crypto hominidés, produits en partie sur Terre, il devra également permettre un touristique pour « privilégiés » qui paieront très cher le droit de venir visiter le continent avec toutes les précautions requises. Un tourisme de masse en revanche est prévu pour toutes les installations de l’Oriacancha, des centres de contrôle orbitaux et de la protolune. L’istar central, pour sa part, est camouflé en un ensemble mégalithique qui l’intègre dans le paysage et qui symbolise judicieusement sa future et primordiale fonction.

 

Une base scientifique discrète mais conséquente, nommée Vicocha comme le continent, semi souterraine, est bâtie également dans la péninsule occidentale à l’extrême Sud de Cydonia. S’étendant sur un réseau souterrain elle doit servir aux équipes de l’Oriacancha comme point de relais pour des expéditions scientifiques d’étude, nombreuses, prévues par le programme, et qui vont s’étaler sur des siècles, ainsi que de grand centre hospitalier universitaire, centre d’étude biologique et génétique, centre vétérinaire.

 

Plusieurs sujets passionnants sont prévus, notamment la grande inconnue de l’impact du temps martien sur les espèces et des « huit saisons » s’étalant sur l’équivalent de presque deux années terrestres, qui ont été prévues par les scientifiques dans l’objectif de terra formation.

 

On commence également à placer un peu partout sur Vicocha de très nombreux équipements de surveillance, de tous types. Ils doivent à terme faire du continent un documentaire perpétuel, retransmis en continu sur des canaux de flux de données à travers toute l’héliosphère de façon que n’importe qui puisse suivre en temps réel ce qui se produit n’importe où.

 

Certains biotopes très minéraux sont en production à cette époque. Un désert de sable, produit en quantité industrielle dans les vingt années précédentes à partir de matériaux martiens, achève d’être aménagé sur la frontière de la grande marche Nord de Sabaeus et se concentre sur le Sud-Est des montagnes de Moab, encadré au Nord par une région de hauts plateaux ferreux en « canyons » nés des perturbations de la phase primaire. On produit des plages par accumulation de gravats ou de sable à divers endroits sur tout le pourtour de la côte, dans des vallées, etc… Qu’on prend en partie sur les gigantesques zones d’effondrement, déjà d’ailleurs pour la plupart recouvertes de biomasses AGC.

 

Les matériaux, notamment les silices, sont aussi récoltés et fabriqués sur l’Oriacancha ou sur la Lune terrestre. On introduit des roches calcaires, des grès, des argiles schisteuses, soit extraites sur terre soit produites dans les vingt dernières années sur la Lune terrestre par diverses opérations complexes à partir de composés organiques inventés expressément. Ces matériaux, très coûteux, rares et infiniment précieux sur la planète rouge, sont distribués avec parcimonie dans des endroits précis. Les argiles martiennes composent également de précieux substituts.

 

La mer de sel accidentelle de la Mare Serpentis permet de créer des biotopes alcalins qui normalement devaient être réservés à certaines des îles extérieures.

 

C’est aussi la grande phase « bactérienne » et « microbienne » de la terra formation. Une infinité d’espèces en attente, cultivées sur l’Oriacancha et sur Terre depuis vingt ans, sont répandues sur les biotopes qui leur correspondent. Il s’agit d’espèces qui doivent compléter celles déjà présentes dans les AGC et se nourrir d’elles.

 

  • 2176 Adoption du projet international de la standardisation des corps de protection humagenomus dans l’héliosphère. L’ARES se voit confier par mandat l’intégralité de la gestion des troupes de maintien de l’ordre et de l’application judiciaire non terrestres, ce afin de faire retomber les tensions inouïes qui occupent plusieurs groupes d’états liés aux grands consortiums mondiaux et qui menacent constamment le fragile équilibre mondial. Les agents de l’ARES et les agents internationaux, qui étaient constamment arrêtés dans l’application de la loi par les manœuvres politiciennes des entreprises commerciales et de leurs liens obscurs, sont désormais capables de faire régner une justice claire face à des menaces de dérives qui se font de plus en plus pressantes.

 

Relevant du conseil des nations, l’ARES, avec son nouveau statut fédéral, n’a ainsi plus à rendre de comptes dans son application de la loi qu’à la cour de justice internationale et ses divers organismes. Ses agents HGM ne peuvent plus être bloqués par les pouvoirs nationaux terrestres dont relèvent les diverses population existant dans le milieu sidéral. Les HGM peuvent cependant toujours être utilisés ponctuellement dans des cadres nationaux, sur Terre, dans la mesure où leurs contractants se placent sous couvert des nations unies.

 

La même année, le projet HGM fait énormément réagir sur Terre et dans la grande couronne. Beaucoup crient à l’inquisition et l’interpénétration entre les consortiums qui œuvrent dans l’espace et les groupes d’états nations qui les financent et les protègent sur Terre entraîne une levée de boucliers farouche. Toutefois le conseil tient bon. L’ARES entame dès l’acceptation du projet sa restructuration en vue d’atteindre l’objectif ambitieux qui lui a été fixé.

 

  • 2178 Début d’un projet de Terraformation d’Europe. On envisage une civilisation humaine « sous calotte ». Les grandes zones laissées à vide par le transfert des eaux sur Mars permettent en effet désormais d’envisager ce projet extrêmement ambitieux qui ferait d’Europe le premier astre terraformé de la grande ceinture.

 

  • 2180-2190, les machines commencent à répandre progressivement, obéissant à la programmation bien huilée du projet, de toutes les espèces, chacune selon son milieu. Algues, lichens, mousses, bulbes, à racines, tubercules, champignons d’abord. Tout ce que la nature Terrestre offre en milieu aérien ou marin et qui a été mis en programme se met à pousser à une vitesse vertigineuse, produisant parfois plus d’une dizaine de cycles en l’équivalent d’une seule année terrestre. Herbacées et graminées, puis arbustes et arbres de toutes les essences, plantes marines, ainsi que de nombreuses crypto espèces.

 

Les premières générations sont pour la plupart génétiquement programmées pour pouvoir pousser plus vite que les races terriennes originelles. Le programme «  étages d’âges » permet également de mettre en place un milieu « complet » et renforcé. Le continent entier n’est plus qu’un bourdonnement de machines et de convoyeurs, d’engins automatisés de terrassement, de planteuses genorobotiques, de contrôleurs et de recycleurs. Déjà on implante les premières créatures animales, savoir celles du microcosme (planctons, krills, acariens, vers et autres) et des espèces intermédiaires (insectes, crustacés, mollusques, méduses…), accompagnés là aussi de nombreuses crypto espèces.

 

Cela est possible du fait que toutes les espèces, animales comme végétales, possèdent dans leur base génétique ce que les biologistes de l’époque nomment des TEADN (« traceurs d’évolutions ADN », en langue de l’époque Tarkil Evulvi ADN), qui ont à tâche, de génération en génération, de normaliser les vitesses et les facteurs de croissance très poussé au départ jusqu’à ce que chaque créature retrouve son code génétique et son comportement normal.

 

Cette technique très fiable, initiée à l’époque de la conquête de  la grande couronne pour les stations sidérales a ici été perfectionnée et massivement employée.

 

Tout se passe à peu près bien. On constate tout de même l’apparition d’anomalies diverses sur des populations isolées et notamment des cas de gigantisme dus à un mauvais contrôle de la TEADN sur les organismes. Plusieurs arbres géants de différentes espèces. Ainsi un plaqueminier de 150 mètres de hauteur dont on a peine à imaginer comment il peut ne pas s’effondrer et se fracturer sous son propre poids (ni même d’ailleurs comment la sève parvient à monter jusqu’à sa cime), sera relevé vers 2190 au Nord de Sabaeus, au-dessus de la langue de sable de la grande marche dépressive. Un autre, un figuier, dans la forêt septantrionale du Nord-Est d’Arabia en cours de constitution, 87 mètres de hauteur. Un chêne gigantesque de 78 mètres de hauteur sur la ligne Sud-ouest d’Arabia toujours. Il existe d’autres phénomènes de ce type. Des champignons géants, de la taille d’un arbre pour certaines espèces, sont relevés en plein cœur du massif de pendorae fretum. On note également une sorte de mousse qui s’étend au Sud d’Aeria au cœur des montagnes dont elle recouvre plusieurs sommets inférieurs et qui forme par sa taille une sorte de savane duveteuse. Non étouffante, on constatera très vite que de nombreuses espèces s’y développent tout à fait normalement. Cette zone sera plus tard également un repère particulièrement fourni d’ectoplasmes AGC, ceux des montagnes vivantes, rebaptisés depuis Kamshî. Il y a aussi des animaux. Coraux gigantesques près de l’Hellas, des vers monstrueux sont repérés dans les plaines de Noachis. Certains lombrics auraient fait jusqu’à deux mètres de longueur. Des insectes et crustacés géants sont repérés également par endroit. Les scientifiques ne s’alarment pas de ces phénomènes qui restent rares. On pense que ces populations n’ont que peu de chance de survivre face aux contraintes physiques auxquelles elles doivent faire face. 

 

Les plantes se répandent rapidement, suivies donc des insectes, crustacés, coraux et autres invertébrés. Puis c’est le tour des premiers vertébrés. Tout est orchestré afin que rien ne soit gâché en terme de temps.

 

  • 2183. Adar sort diplomé de la prestigieuse université scientifique de Ndjamena.

 

  • 2185 Devant le conseil international, la DFR 5, soutenue par l’alliance de la BAPEB (bresil, argentine, pérou, équateur bolivie), menace de faire cessation avec la justice internationale si le blocus mené depuis un an par l’ARES sur ses installations minières de Dioné, satellite de saturne, n’est pas levé.

 

Ces installations, dont les dirigeants ont été arrêtés par des officiers HGM pour corruption et preuves d’accointances avec des groupes d’Héliopiraterie, représentent le travail quotidien de plus de 150 000 personnes réparties sur trois stations relais orbitale et deux bulles de vie telluriques (type d’installation assez ancienne, qui en quelque sorte est une station relais implantée « sur sol »). 

 

Le conseil des nations refuse la demande au nom « de la justice ». La gestion des mines de Dioné laissées vacantes est confiée à la BUNAM, une entreprise concurrente déjà sur place qui dépend pour ses financements de la fédération Arabian. La DFR 5 doit livrer ses cadres et son matériel à l’ARES sous peine de sanctions lourdes.

 

La DFR 5 refuse. Le conseil donne une seconde semonce. Le ton monte. L’ASEAN (alliance pan asiatique) soutient la BAPEB. On demande la mise en place d’une commission d’enquête et la mise aux voix, le cas échéant, de la décision finale. Le conseil accepte.

 

  • 2186 L’ARES, dans l’affaire de la DFR 5, produit devant l’assemblée des nations l’ensemble des preuves qui ont été récoltées par la police HGM sur Dioné durant l’enquête.  Le réquisitoire est accablant. La DFR 5 est démontrée coupable de nombreuses manipulations commerciales criminelles, jusque dans ces plus hautes sphères. C’est la tempête. Tout le monde se désolidarise.

 

Le conseil, en position de force, demande à l’ARES de procéder aux opérations prévues. Tous les cadres de la DFR 5 de Dioné sont arrêtés et déférés devant les tribunaux Terrestre. Mais la population s’en mêle. Cinq corps expéditionnaires HGM sont apprêtés par l’ARES et après trois mois de révoltes, qui seront vus en direct par toute l’hélio sphère, les HGM parviennent à maîtriser les stations en rébellion. Tous les criminels sont saisis, les populations sont évacuées et conduites sur Terre par convoyeurs à travers les Istar orbitaux. Les installations minières sont livrées à la BUNAM en assez mauvais état. Une des stations a été à ce point endommagée par les rebelles qu’elle est livrée aux recycleurs sidéraux (consortium puissant d’entreprises qui ont comme créneau le recyclage des anciens sites abandonnés ou inutilisables).

 

  • 2187 La réaction à l’affaire DFR 5 prend de l’ampleur dans la grande couronne. Des HGM sont lynchés et tués sur LEO HD, une station orbitale de Titan. Un corps expéditionnaire est envoyé pour pacifier la station. DECA, station voisine, se révolte face à cela et le corps doit diviser ses forces pour palier à l’anarchie.

 

Des mouvements identiques sont observés autour d’Uranus et de Pluton. La situation devient préoccupante et les nations terrestres se sentent dépassées par la machine qu’elles ont elles-mêmes mise en place. Une station, SEPTI KAALI, en orbite autour de Thétys, demande son indépendance vis-à-vis de la Terre et de son employeur, l’entreprise BUNAM, déjà citée dans l’affaire DFR 5.

 

Il s’en suit une épouvantable bataille entre HGM et gens de SEPTI KAALI. Les HGM triomphent dans le sang.  La consternation dans toute l’Héliosphère met la position de l’ARES en grande difficulté. Le conseil veut néanmoins sauver le programme HGM. Une proposition est alors faite par l’ASEAN pour nationaliser les corps expéditionnaires HGM sans pour autant les désolidariser de la cour de justice internationale et de l’ARES. Ainsi, toutes les armées HGM restent propriétés de l’ARES et sous tutelle du conseil et de la cour de justice, mais seules les armées d’état sont habilitées à intervenir sur les installations commerciales liées aux états en question. Une « justice des justices », centralisée au siège de l’ARES sur Terre, et son corps HGM associé, doit permettre d’assurer l’entente entre toutes les parties et de faire l’intégralité des négociations en amont des interventions nationales ou internationales.

 

La proposition est adoptée et l’embrasement de l’héliosphère s’arrête.

 

Cependant les HGM sont de plus en plus la cible des terroristes et des mécontents de la grande couronne envers le pouvoir terrestre et les grandes entreprises qui les dirigent. Les contingents « au sol » et les Wo’kers de l’ARES ne cessent de faire l’objet de brimades et d’échauffourées. Beaucoup de matériel de surveillance : drones, mouchards, sont perdus. Les mouvements syndicaux, encadrés par les HGM, s’en prennent à eux à défaut de pouvoir s’en prendre à leurs élites.

 

Le racisme anti humagenomu, également, devient intense dans de nombreuses implantations. Des assassinats d’HGM sont répertoriés à intervalles réguliers hors de l’exercice de leurs fonctions. L’expression « Soon’alf » (fils d’Elfe, synonyme en ce sens de « sous homme », sans humanité) est relevé comme insulte courante contre les humagenomu pour la première fois sur TIMA 908, une station de gaz de Vénus, dans la petite couronne. Elle fait référence à la correspondance morphologique entre les HGM et d’anciennes créatures mythologiques des pays du Nord de l’Europe.

 

  • 2187. La même année, Adar se voit confier l’intégralité de la production  HGM, branche du Tchad qui est l’une des plus importantes au sein de la fédération africaine. Malgré son jeune âge il se fait remarqué pour son sens des affaires et des relations diplomatiques.

 

  • 2190 et suivantes, sur Mars. On parvient à stabiliser, très progressivement, des espèces animales vertébrées de tous types et crypto espèces associées, ainsi que la presque totalité des espèces d’invertébrés les plus grosses et donc les plus fragiles.

Toutes ont été introduites en fonction de l’évolution des espèces inférieures nécessaires à leur implantation.

 

Beaucoup de grandes espèces sont ainsi en place même si les rendements de population et leurs zones de confinement posent des difficultés. Un contrôle sévère des populations, des soins et un remplacement des pertes permet, dans les premiers temps, de palier aux diverses carences qui se produisent à cause de la rapidité aberrante du processus générationnel. Là aussi le système TEADN fait quelques exceptions déconcertantes. Les espèces programmées pour se développer en deux fois moins de temps que normalement nécessaire sur une courte période, avec une natalité extraordinairement renforcée (ils étaient génétiquement programmés pour fournir systématiquement des portés doublées de leurs habituels taux de natalité) vont parfois donner plusieurs cycles de gestation en un temps très réduit, qui aboutissent à des surpopulations qu’il faut rapidement endiguer. Ces problèmes, qui avaient été prévus, sont en partie soldés par une mise en réserve sur des zones restreintes de l’Oriacancha. 

 

Là aussi des cas de géants sont repérés un peu partout. C’est pire pour certains animaux qui, déjà grands à l’origine se retrouvent atteints d’un gigantisme parfois problématique. On retrouve une baleine échouée qui fait le triple de sa taille d’origine. On repère, sur l’île d’Amenthes, un groupe de vingt gorilles dont la taille dépasse les sept mètres de hauteur et qui se nourrissent de feuillages en quantité tout à fait raisonnable, celle-là même que demande pour sa consommation quotidienne un gorille normal. Un mammouth laineux de dix mètres de hauteur est repéré à Meroe.

 

Le problème de ces anomalies est qu’elles rejailliront dans les siècles à venir sans qu’on n’y prête plus attention. Certaines méga espèces parviendront ainsi à se pérenniser. Les « loups lions » de Meroe (le futur Iraïl), les « rats loups » des grandes plaines, les aigles géants de boreosyrtis, les « corbeaux condors » de Moab… Sont quelques unes de ces espèces dégénérées qui finiront par devenir des espèces à part entière de ce nouveau monde.

 

  • 2192 On décide aussi cette année là d’introduire les premiers hominidés archaïques et crypto hominidés.  Trois espèces sont sélectionnées de longue date comme pionnières. Deux pour leur rareté et leur exotisme, une pour son intérêt. Les deux premiers sont des crypto espèces légendaires dont on a retrouvé des spécimens et extrait l’ADN voici de cela une cinquantaine d’années. Il s’agit des Gorilléens géants d’amérique du Nord, communément appelés Bigfoots (Bagfeth en langage de l’époque) et des Mégacéphéens polaires d’Himalaya, communément appelés Yétis ou Migous (yutaï en langage de l’époque). Ces créatures extraordinaires présentent des caractéristiques que les scientifiques veulent absolument étudier.

 

La troisième race directement introduite à ce moment est le néandertalien (nadarthal en langage de l’époque). Proche cousin de l’homme moderne, il intrigue le monde scientifique depuis le début du vingtième siècle. A trois siècles de distance, on espère enfin résoudre ses étonnantes énigmes. Doivent suivre des hominidés plus anciens de diverses tailles, principalement à destination de l’arc insulaire qui borde le continent par l’Est.

 

Les Yutaïs et Bagfeth sont implantés depuis l’Oriacancha mais les Nadarthals sont créés sur Terre. Ils franchissent la porte Istar mégalithique au mois de septembre, temps terrestre.

 

Ils seront suivis à partir de 2195 par des hominidés, des cryptohominidés et préhominidés d’autres types (australopithèques paranthropes, orrorins, habilis, erectus et autres ergasters, ainsi que différents cryptos tels les lithotropes, petits et velus, les troglocarnis, trapus et agiles, aux yeux rouges et à la peau blême, ou les rephaïmis, proches des Nadhartals, avec lesquels ils sont souvent confondus malgré leur taille impressionnante), qui sont transplantés principalement sur l’arc insulaire, mais aussi dans les forêts, les zones montagneuses et les plaines.

 

  • 2193 Le bloc CAMEXUS, qui regroupe le Canada, le Mexique et les Etats-Unis accuse, dans une sombre affaire commerciale sur Umbriel, l’ASEAN d’ingérence militaire.

 

En effet, par mandat international, le corps de commandement HGM chinois Zhu-4 est intervenu en catastrophe sur quatre usines hexamodulaires orbitales menacées de pillage par ce qui avait été identifié formellement comme une flottille d’héliopirates. Les usines avaient envoyé un appel à l’aide au corps chinois, le plus proche centre de commandement HGM dans la sphère d’influence d’Uranus.

 

Toutefois, en arraisonnant les prétendus convoyeurs illégaux, le corps expéditionnaire s’est retrouvé à capturer une série de navires de transport de Fret conventionnels de la DUCA, une entreprise américaine, qui s’apprêtait à prendre l’Istar orbital de la station NIKIL gravitant autour d’Oberon et alors en alignement avec Umbriel, à destination de Jupiter.

 

Le commandement du corps HGM chinois garda les navires sous son contrôle et commença une enquête à bord, ainsi que dans les centres administratifs des usines qui avaient demandé l’aide du dispositif ARES.

 

Les usines n’avaient aucune trace dans leurs banques de données de l’appel en question. Lorsqu’on vérifia les flux entrant de la station militaire Zhu-4, il fut impossible d’en identifier la source exacte. Quand au convoi arraisonné on releva qu’il était anormalement armé, possédant un équipement qui était bien au-delà de ce que transportaient habituellement les convoyeurs hexamodulaires de cette classe pour leur protection personnelle, même en cette époque troublée. Les enquêteurs demandèrent au commandant de flotte de leur donner accès aux clefs de contrôle des containers pour en répertorier la marchandise. Le commandant refuse. Il est sous pavillon rouge à bande azurée, ce qui dans le langage maritime sidéral signifie que sa marchandise ne peut être extraite des containers sans être détruites ou endommagée. Par ailleurs il se dit sous mandat de protection américaine, au niveau 5 de la convention ARES, c’est à dire « top secret », y compris pour les plus hautes instances des polices et des douanes sidérales.

 

L’affaire étant plus que louche, le commandeur HGM de la Zhu-4, qui commençait à penser que le signal d’alarme était un acte terroriste ou une sorte d’appel anonyme destiné à le mettre sur la piste du convoi, en référa au le centre international de l’ARES, sur Terre, qui, n’ayant aucune connaissance du dossier, ouvrit une médiation avec la DUCA et le centre de commandement HGM de l’ARES américaine.

 

C’est là que les choses prirent une mauvaise tournure.

 

L’ARES américaine refusa d’abord de lui fournir les dossiers concernant la mise en niveau 5 du convoi, sous prétexte d’un ordre de son gouvernement. La DUCA, pour sa part, refusa toute médiation et engagea que la Zhu-4 chinoise n’avait aucun droit de retenir une flotte sans aucun mandat ni avis de préhension, pas plus que d’en contrôler le contenu ou la destination. L’ARES général des nations unies force alors l’ARES américaine à lui fournir le dossier par un décret interne de levée de scellée, prévu par la loi, et auquel tous les corps d’ARES doivent se plier dès qu’il est ratifié par la cour de justice. L’ARES américaine s’exécute tout en référant au gouvernement américain de la procédure, comme son code de lois national l’y contraint.

 

La politique, dès ce moment, s’en mêle. Le malheur veut que cette affaire se produise pendant une des pires périodes de tensions qu’ait connu l’assemblée des nations depuis un siècle. On est, en effet, dans une phase très critique des rapports entre le CAMEXUS et l’ASEAN. Cela fait maintenant trois ans que les Nord américains et les asiatiques se heurtent commercialement par entreprises interposées, autant sur Terre que dans l’Espace. Des mesures de blocus, de protection, d’alliances, ont conduit les deux blocs à s’affronter à plusieurs reprises dans l’espace sous couvert d’affaires nébuleuses et de révoltes dans lesquelles les HGM payaient un lourd tribu. L’année précédente, l’ASEAN a frappé un grand coup en recevant le soutien de la fédération Africaine et de la Nihon polynesian, groupe de l’arc pacifique, obligeant le CAMEXUS à céder dans plusieurs litiges d’importance.

 

Le jeu d’alliances entre les états est alors très complexe et crispé. Depuis plus de dix ans, autant dans l’espace que sur Terre, la militarisation des installations diverses des états et des entreprises s’est accrue considérablement. Plusieurs guerres mineures ont eu lieu, mais elles ont été rapidement étouffées grâce à l’action de la cour de justice internationale et des HGM.

 

L’ARES est en fait de l’avis de tous la dernière barrière qui évite un embrasement. … Et paradoxalement, peut-être aussi le nœud qui va être appelé à le faire éclater. Par ailleurs, les HGM en sont d’autant plus détestés qu’ils sont partout, se mêlent de tout. Comme les HGM nationaux, bien que rattachés aux nations, restent dépendants du conseil international, ils apparaissent comme ambivalents aux forces armées conventionnelles humaines qui ne sont d’ailleurs plus composées que d’armées de métiers hyper assistées, robotisées à outrance, et de preneurs de décision auxquels obéissent ou suppléent à tout les niveaux les HGM. Ces derniers, infiniment plus performants en la matière, forment le gros des troupes militaires et des polices. Le reste est principalement affaire de systèmes robotisés, de réseaux I.A, d’espionnage  et de recherches secrètes plus ou moins douteuses. 

 

Le CAMEXUS, dans ce contexte, n’hésite pas une seule seconde. Les Etats-Unis accusent la Chine d’ingérence militaire dans leurs affaires, et dans la foulée accuse l’ARES international et l’ARES chinois d’incompétence. Il demande la libération immédiate et sans condition du convoi.

 

La Chine refuse de laisser passer le camouflet. L’ARES sent le piège, tout autant que le conseil des nations Mais ils ont pieds et poings liés et la Chine ne veut rien entendre. Le commandeur de Zhu-4 garde le convoi en joug. L’ASEAN fait voter sans trop de mal un ordre d’enquête, qui est accordé, malgré les menaces croissantes du CAMEXUS. Le groupe Nord américain fait miroiter un blocage général des flux commerciaux de l’ASEAN vers l’ensemble de ses entreprises si elle persiste à garder le convoi.

 

L’ARES international, qui possède enfin le dossier, comprend alors que la marchandise secrète de la DUCA va devenir le déclencheur d’une tempête. Il semble en effet que ce soit une marchandise illégale, en provenance directe d’une station sidérale fantôme, c’est à dire un repère de l’Héliopiraterie, à destination d’un centre de recherche ultra confidentiel des Etats-Unis, en orbite autour de Rhéa, sur Jupiter. Après communication, l’ARES chinois est autorisé à fouiller le convoi.

 

C’est l’émoi dans toute l’héliosphère. On découvre que la flotte de la DUCA transporte en fait le résultat d’un pillage énorme, qui avait fait scandale quatre ans plus tôt. L’attaque massive, inexplicable, et ultrarapide d’une des plus grandes et des plus secrètes usines d’armement de la Chine avait contraint cette dernière à de terribles sacrifices. En outre, il avait été impossible aux enquêteurs de déterminer comment les héliopirates ou les terroristes qui avaient orchestré le coup avaient pu avoir les moyens de neutraliser presque sans coup férir les puissantes défenses ARES de la base, tuant au passage plus de 5000 HGM et autour de 30 000 civils humains et nains.

 

C’est un tremblement de terre international. Aussitôt, tout se vrille. Le CAMEXUS est sommé par l’ASEAN et quatre autres groupes transnationaux de s’expliquer. Les américains refusent. Selon eux, la Chine est le seul coupable et elle a orchestré l’intégralité de cette affaire grotesque pour mettre le feu aux poudres. Tout le monde jure que le contenu des convoyeurs était inconnu, qu’il s’agit d’un coup monté.

 

La Chine, outrée, rétorque violemment par une cessation diplomatique avec le Canada, le Mexique et les Etats-Unis, qui prend effet en Décembre. Elle retire ses ambassadeurs et dans tout le système Solaire engage ses compagnies à interdire le débarquement d’une quelconque entreprise appartenant à un membre du CAMEXUS.

 

  • 2194. En Janvier, le conseil des nations tente une médiation alors que les membres du CAMEXUS mettent à leur tour en panne tous les contacts avec la Chine. Un effet boule de neige se crée. D’autres pays rejoignent l’un ou l’autre camp.

 

Un convoyeur Chinois en difficulté est contraint d’aborder, le 2 février, une station américaine orbitale de Jupiter afin de relâcher et d’effectuer des réparations. Un corps expéditionnaire HGM américain capture le navire et fait prisonnier tous ses occupants. La Chine menace de détruire tout ce qui aura trait à la flotte stellaire américaine si ses ressortissants ne sont pas libérés. La cour internationale intervient, vote un décret qui autorise l’ARES à passer par dessus la décision américaine. L’ARES américaine obéit et relâche le convoyeur jusqu’en zone neutre où il est récupéré par un remorqueur Thaïlandais et  est remorqué à une base toute proche d’une compagnie de l’ASEAN.

 

Le CAMEXUS entre en fureur. On fait pleuvoir de jolis noms d’oiseaux. Le conseil des nations, le 5 Mars, face aux menaces, vote alors un décret donnant droit à l’ARES international de récupérer toutes les troupes HGM nationales dont les ordres seraient contraires au respect des lois de paix de l’Héliosphère que l’ARES a pour mission de défendre.

 

La décision calme le jeu. Une médiation est obtenue qui permet de s’en tenir à un statut quo. Mais l’utilisation des armées régulières humaines sont agitées par les deux camps et dès le mois de mai, l’ASEAN et le CAMEXUS envoient des corps de troupe humains, qui ne dépendent pas de l’ARES, rejoindre les points les plus stratégiques de leurs avoirs économiques dans le système Solaire. Les armées HGM nationales sont redistribuées en conséquence par l’ARES qui craint une explosion imminente.

 

  • 2195 Malgré l’absence désormais absolue de dialogue entre les deux blocs, le commerce reprend timidement ses droits. La situation donne une étrange impression de calme avant la tempête. Dans tout le système solaire, on a à la bouche l’abominable situation de la planète mère. Des cours s’effondrent, des entreprises font faillite. L’ARES peine à maintenir l’ordre. Les fauteurs de trouble accentuent partout les actions contre les HGM.

 

En mai, l’ARES prend des décisions drastiques afin de ne pas s’éparpiller et ainsi prêter le flanc à la confusion et choisit de proposer à l’assemblée des nations un regroupement de ses forces. Le conseil des nations et la cour de justice autorisent les flottes HGM à se regrouper dans leurs bases de casernement. Ils sont remplacés dans leurs lieux d’assignation par des soutiens robotiques et ne doivent intervenir que sous la nécessité.

 

Un second décret permet aux contingents humains nationaux, qui se mettent en place depuis quelques mois, de prendre le relais partout où les autorités jugeront que la présence de l’ARES n’est pas souhaitée. L’assemblée des nations accepte ce nouvel ordre des choses avec d’autant plus d’entrain qu’il leur donne un pouvoir assez considérable. Il semble que la situation, dans les colonies solaires, du même coup, se pacifie rapidement.

 

 

  • 2196 Coup de théâtre. Suite à un accord que l’ARES de l’ASEAN passe avec l’ARES de la fédération Africaine sur le contrôle global autour de Pluton et de Charon, dont les entreprises exploitantes sont toutes ressortissantes de ces deux groupes, le CAMEXUS, outré, demande au conseil l’invalidation de l’accord, sous menace de réclamer la séparation de ses ARES nationaux. Le conseil des nations, naturellement, refuse. L’accord est parfaitement légale. Aussitôt, le CAMEXUS met en place le guet-apens qu’il avait prévu de longue date et fait voter à l’assemblée un projet de Loi visant à permettre à tout pays ou groupe trans national le désirant de ne plus avoir à faire dépendre son armée HGM de l’ARES global. Appuyé par 51 états contre 22, et le reste d’abstention, la loi de séparation est adoptée. Le CAMEXUS met alors son plan à exécution et les Etats-Unis, le Canada et le Mexique récupèrent chacun leurs armées HGM nationales sans que l’ARES, pourtant dépositaire de l’intégralité des pouvoirs concernant les humagenomus, ne puisse rien faire. Aussitôt, 10 pays de l’ASEAN utilisent le décret pour nationaliser leurs armées.

 

Dans l’espace l’ARES, qui ne dispose donc désormais plus que de contingents réduits, a de plus en plus de mal à faire régner l’ordre. Les contingents nationaux sont privilégiés partout et des lois gouvernementales nationales sont vite mises en place pour que les HGM n’interviennent plus qu’en soutient des humains. Cela lève la possibilité d’ingérence qu’avait jusque-là la cour de justice internationale et, donc, inaugure un terrible changement des choses.

 

Le CAMEXUS et l’ASEAN en violation de toutes les anciennes conventions, et grâce à la nationalisation des armées, prennent le parti de faire voter à l’assemblée, où ils sont pour une fois d’accord, la mise sous tutelle des armées nationales des portes istars qui concernent les stations et entreprises ressortissant de leurs nations.

 

Le vote est positif ! Le monde vient donc de s’ouvrir à la dérégulation des transits du système Istar. La W.P, jusque-là muette, demande au conseil et à l’ARES d’enrailler cette folie suicidaire et d’êtres seuls garants de la protection de ses installations. Mais il est trop tard. Comme une traînée de poudre, de nombreux istars sont nationalisés par le fait même des populations sidérales qui en ont la charge, appuyées par les troupes des différents pays.

 

  • 2196. Adar, promu conseiller du cabinet ministériel du Tchad puis de la fédération africaine aux affaires militaires et au développement des technologies biologiques

 

  • 2197-2198 Il se suit de la dérégulation des Istars une panique mémorable et une instabilité grandissante des marchés. Tout semble s’effondrer, l’économie est en train de devenir incontrôlable. Dans l’espace, les routes commerciales deviennent de plus en plus compliquées et de nombreuses entreprises s’écroulent ou se centralisent, pour survivre, autour des plus grandes installations. La piraterie est partout, la corruption gangrène tout. Certains secteurs deviennent des chasses gardées d’états ou de groupes d’états. Personne ne sait plus où cette situation va pouvoir mener.

 

Des heurs entre flottilles de convoyeurs ont lieu pour le passage des Istars. En 2198, de nombreux pays décident, dans l’urgence, que leurs convoyeurs seront escortés par des  vaisseaux HGM de leurs armées nationales.

 

  • 2197. Adar est promu général de corps d’armée au génie puis, par ses aptitudes diplomatiques et son savoir dans le domaine HGM auprès de l’ARES, il intègre le cabinet général de défense de la fédération africaine.

 

  • Fin 2198, la situation se dégrade d’un coup sur Terre. Un énorme attentat fait exploser  le conseil des nations alors en pleine réunion. Une partie des cadres de l’ARES meurent également dans l’explosion. Le bâtiment qui se trouvait à Buenos-Aires, en Argentine, s’écroule en faisant des milliers de morts.

 

La lamentation que provoque cette infamie est énorme. Le 31 octobre, 10 jours après l’attentat, l’assemblée des nations est réunie en séance extraordinaire. C’est cette journée que l’on gardera, dans les temps futurs, comme signifiant le début de la guerre qui allait aboutir à la destruction de la planète Terre.

 

Au cours des tempétueux débats qui ont lieu, le président américain se lève, regarde toute l’assemblée, et ouvre une lettre cachetée qu’il déplie. Le silence se fait. Murmures hostiles. La lettre lue affirme, sans doute possible, que l’attentat à été perpétué par un commando HGM de l’ARES chinoise.

 

Hurlements, coups, intervention des policiers HGM. Le premier ministre chinois hurle que la mort du serpent américain est désormais programmée. Ce dernier rétorque que la Chine sera rasée bien avant qu’une telle chose n’arrive.

 

Inutile de conter la suite. Lorsque la séance s’achève, à 21 heure locale, il ne reste presque personne. Des blessés ont été emmenés. L’ambiance est lourde, suffocantes.

 

Un dernier effort va être tenté par un petit pays pour sauver l’ordre mondial. La France, à la séance du lendemain, où beaucoup d’états qui sont alliés indéfectibles de l’un ou l’autre pays belligérant sont absents, propose qu’une médiation soit arrangée entre les présidents Américain et Chinois afin de trouver une voie de paix. La diplomatie française, qui s’est garantie de sa légitimité par un décret de l’assemblée et la présence des derniers grands généraux de l’ARES, en plus de ses officiers HGM nationaux, parvient à louvoyer entre les différents alliés des uns et des autres au point qu’une rencontre est effectivement fixée au 20 Javier 2199 à Paris, au palais de l’Elysée.

 

Entre temps, la paralysie à gagné tout le système Solaire. Tous les Istars nationalisés ont été fermés et une bonne partie des Istars de l’ASEAN et du CAMEXUS ont été anéantis par des flottes de combat de l’un ou de l’autre.

 

Il s’en suit une guerre semi ouverte des armées sidérales sans pour autant que cela n’entraîne de basculement directement vers un cycle de violence sur Terre. Cette guerre entraîne en revanche la perte de multiples Istars encore préservés, de plusieurs bases sidérales, de dizaines d’usines et de grandes installations, de milliers d’individus.

 

Sur Terre, on hurle, on crie au franchissement de l’ultime limite, on fait se retomber la faute les uns sur les autres, on s’apprête à se battre. En vérité il n’est déjà plus possible de reculer et tout le monde le sait. L’assemblée des nations est dissoute le 7 décembre dans une quasi foire d’empoigne.

 

En catastrophe, la totalité des armées HGM et humaines sidérales qui ne sont pas absolument nécessaires à la guerre solaire en cours sont rapatriés dans l’orbite terrestre. Tout le monde masse ses troupes. Des milliers de vaisseaux se font face tout autour du globe, dans un encombrement qu’on n’avait plus vu depuis la période de la pollution satellitaire du XXIe siècle.

 

  • 2198. Adar, dans le climat de conflit, est dépéché, en son titre de généralissime des armées Tchadiennes et de représentant de la fédération africaine, aux Etats-Unis afin de servir au cabinet ministériel de la guerre du CAMEXUS, allié de la fédération africaine. Son incroyable connaissance des différents dossiers le place très comme l’un des grands décideurs occultes de parmi l’assemblée des conseillers de l’alliance dont le CAMEXUS est le leader. Il s’attache en octobre au président américain et le renseigne en permanence sur toutes les données militaires diplomatiques et tactiques des divers alliers du CAMEXUS.

 

  • 2199, le 20 janvier. Les présidents américain et chinois arrivent à Paris, l’un après l’autre. Le premier représente le CAMEXUS, la fédération africaine, la BAPEB, L’Aria (qui regroupe l’Inde et tous les pays attenants) et l’Arabian. Le second représente l’ASEAN, le NP (ou Nihon Polynesian), l’APANZI (Australie, Pâque, Antarctique, Nouvelle Zélande et IMP : l’Indonésie, la Malaisie, la Papouasie), l’assemblée d’Asie centrale.

 

Chacun des présidents est accompagné d’un haut conseiller. Le haut conseiller de l’américain est un généralissime des armées de la fédération africaine, un dénommé Moussdi Kamel Adar. Celui du Chinois est le président de l’assemblée de l’ASEAN, un dénommé Yü Woï Xîn (ce jour là ils ne se croisent pas physiquement. Mais ils auront, dans les temps à venir, à se revoir…).

 

Accueillis par le président français, les deux binômes sont chacun installé dans une pièce et ne doivent pas directement se voir, sauf en cas d’accord. C’est l’une des clauses de la rencontre. Les diplomates européens feront la navette. L’autre clause fondamentale est que s’il arrive quoi que ce soit à l’un des deux hommes, des représailles immédiates et totales seront déclenchées.

 

L’humanité toute entière, ce jour là, d’un bout à l’autre du système solaire, a les yeux rivés sur les deux hommes au visage fermé et farouche, et sur leurs conseillers qui ne cessent de parler à des dizaines d’holo écrans, qu’on voit danser, projetés depuis leurs implanpuces de communication, tout autour de leur être.

 

Loin dans le ciel, partout au sol, au plus profond de océans, des infinités d’HGM, d’I.A et d’armées humaines conventionnelles attendent, anxieuses, les ordres qui vont décider du destin.

 

…La  suite est l’incident qui a été conté un nombre incalculable de fois. L’échec de la négociation, la médiation française, le débat de la conférence de confrontation, l’attentat jamais élucidé contre le président américain, sa mise en sécurité, l’évacuation du président chinois, la lenteur des communications françaises et, finalement, la décision des armées du CAMEXUS qui, croyant à l’attentat chinois et à la mort du président américain, envoient la première bombe. Le grand centre des armées de Pékin pare le coup grâce à ses boucliers mais une Tu-di Gong de la banlieue toute proche de la capitale civile absorbe l’impact et s’effondre sur elle-même. Deux millions de morts. Ce n’était bien sûr pas intentionnel mais la Chine hurle : la convention sacrée votée en 2068 de la non implication des civils, qui a permis aux guerres du passé de ne pas détruire le monde, a été profanée.

 

C’est le signal de l’Horreur…

 

  • 2200 Décret dit du « sanctuaire de Mars ». Depuis le début de la guerre et la violation de la convention de non implication, des dizaines de millions d’hommes sont déjà morts. La W.P parvient à contacter un à un les grands belligérants et supplie au nom du droit des civils d’avoir la permission d’ouvrir les Istars de Mars et d’Europe, paralysés depuis un an, afin d’évacuer les blessés et tous ceux qui le souhaiteront et de les abriter en attendant que la guerre mondiale se termine.

 

Ce n’est pas la première fois qu’une guerre de cette ampleur à lieu et l’on espère encore, à cet instant, qu’elle va cesser rapidement.

 

Mars étant le seul astre terraformé de l’époque, avec Europe en construction et ses milliers d’îles flottantes sous glacières, la célèbre entreprise propose donc de répartir entre les deux les milliards d’individus pris en otages par le conflit. On estime que l’impact sur la terraformation ne devrait pas être trop important et que, le cas échéant, ce serait une sécurité pour le genre humain. Evidemment, tous les belligérants de la Terre et de l’Héliosphère, car on se bat aussi dans tout le système solaire, comprennent l’intérêt d’une telle action. Des centaines d’Istars ont déjà été détruits, des dizaines de stations stellaires et de bulles de vie telluriques perdues, des millions d’individus demeurent dans le cosmos dont on est sans nouvelle ni aucun moyen de les rejoindre.

 

La Terre quant à elle est, lentement, en train de se transformer en enfer.

 

  • 2201. Première grande vague d’immigration depuis la Terre et depuis divers points de l’Héliosphère, principalement de la petite couronne qui est mise à feu et à sang. C’est aussi durant cette période qu’on active pour la dernière fois la liaison Terre-Mars des istars telluriques encore en état de fonctionner. La situation devient trop dangereuse. On a pu récupérer par l’Istar mégalithique de Vicocha les derniers crypto hominidés que les laboratoire terrestres ont pu produire, in extremis. Plusieurs d’entre eux, des Nadhartals, semblaient plongés dans un état cataleptique dont les services de soin de la base Vicocha ont eu du mal à les réanimer. On a aussi récupéré par cette voie une délégation HGM américaine munie d’un code 5 du protocole ARES qui apportaient, sur des chariots à compensation de gravité, de gigantesques caisses dans lesquels dormaient des humains minuscules. Rapportés dans le centre souterrain de Vicocha, qui à cette époque n’est qu’un immense camp  de réfugiés, ils sont maintenus quelque part en confinement. Puis l’Istar mégalithique et sept autres, implantés sur l’Oriacancha, subissent d’un coup une ouverture forcée et des troupes HGM en sortent avec des armes et commencent à attaquer les gardes de l’ARES. Toutefois, après de rudes combats, les attaquant sont neutralisés, envoyés en prison et les Istar en liaison avec l’espace, même ceux de la protolune, sont tous définitivement mis hors d’usage pour plus de sûreté. Seuls les Istars orbitaux restent donc actifs pour accueillir les réfugiés.

 

On voit arriver par ces derniers, dans des convoyeurs hexamodulaires, de nombreux nains. Presque tous en même temps. En fait la ligue naine a décidé d’évacuer de la Terre et a obtenu les autorisations nécessaires. En provenance de 85 pays et de 467 points d’implantation de l’humanité dans le système solaire ils affluent en une impressionnante vague qui surprend tout le monde.

 

Il faut dire que Mars semble être la seule planète vraiment protégée. La W.P a négocié un contrat avec l’ancienne ARES du conseil des nations. Des centaines de bâtiments HGM, indépendants de tout attachement à l’un ou l’autre parti, maintiennent un énorme blocus autour des deux planètes sanctuaires. Sa neutralité et ses forces, en effet, font que les belligérants espèrent les récupérer une fois le sort de la guerre échu aux vainqueurs, afin d’écraser les vaincus. L’ARES a d’ailleurs laissé entendre qu’il prêterait main forte à celui qui l’emporterait et cette proposition semble suffire à maintenir les combats au loin. Des garnisons HGM sont aussi présentes comme on l’a dit sur l’Oriacancha et sur le Vicocha afin de veiller à ce que l’ordre règne. Beaucoup de partisans humains tentent en effet, depuis les camps de réfugiés, des coups de force.

 

  • 2202. Seconde grande vague d’immigration. Une rupture brutale de liaison Istar entre Mars et Europe. Il semble que le second sanctuaire ait été attaqué par des forces armées de l’ASEAN. Les garnisons de l’ARES sont sur le qui-vive. Depuis quelques mois la majorité des civiles de l’héliosphère et des blessés arrivent en provenance de la grande Couronne. Il semble que la guerre s’y soit énormément intensifiée.

 

Quelque chose d’étrange se produit aussi concernant les civils qui parviennent de la Terre dont l’Istar de la Lune « Sif Konveg », utilisé pour les évacuations et l’immigration, reste miraculeusement en fonction. Le couloir de navigation « SANKA  3 », inviolable par toutes les armées et qui est en permanence encombré de convoyeurs faisant l’aller retour depuis les continents embrasés, commence à véhiculer des créatures étranges. Comme les nouvelles de la situation sur Terre sont très approximatives et dépendent principalement de témoins en état de choc, on ne sait trop que penser de ces phénomènes de foire.

 

Il s’agit d’HGM dont la peau est étonnamment foncée. Leurs oreilles, également, sont plus longues qu’à la normale et leur morphologie semble avoir dévié de ses canons habituels. Certes, on avait déjà vu des humains avec d’étranges mutations. Mais il est normalement impossible que les HGM puissent muter à ce point : les défenses endogènes mises en place par l’ARES lors de leur fabrication sont sensés les protéger de ce type d’attaques. Paradoxalement ces nouveaux HGM « noirs » semblent viables. Leurs récits de guerre sont affreux.

 

On commence à frémir à l’idée que de graves pollutions mutagènes dues à des armes non conventionnelles ne soient utilisées. Le haut commandement de l’ARES, qui supervise la réception et la fouille des convois, demande à ce que tout navire suspect soit conduit directement sur la Protolune où les installations de la W.P ont la capacité de maintenir une mise en quarantaine, pour être sûr de l’absence de contamination ou de mutation par des nano virus ou des morphocites (bactéries geno mécaniques qui étaient utilisées à la grande époque des dérives morphiques afin de forcer les cellules d’une partie précise du corps humain à muter et à produire sur cette partie les effets morphiques désirés. On l’utilisait aussi, en tant qu’arme de guerre, afin de faire d’un « porteur » une bombe morphique en puissance qui produisait soit des substances toxiques et des nuages de morphocites éclatant en cloques, soit des apparitions spontanées de champignons sur le corps qui tout en paralysant progressivement ses articulations et ses organes, libéraient à leur tour des spores morphocites vers toutes les personnes attenantes).

 

  • 2203. Troisième grande vague d’immigration. La situation est devenue désespérée. Les forces armées  des nations ont tenté à plusieurs reprises de forcer le blocus de l’ARES mais ont toutes été éliminées ou capturées. On a constaté avec stupéfaction que les HGM à peau sombre semblent avoir remplacé, sur les navires de guerre capturés, les HGM classiques. Par ailleurs il n’y a depuis le mois de Juin, temps terrestre, plus aucune transmission directe avec la Terre. Seuls les convois continuent, de temps à autres, à arriver mais ils se font de plus en plus rares. Mars a perdu tout contact également avec les implantations humaines de la grande couronne, avec Europe, et avec de nombreuses flottes de guerre qui, jusque-là, expédiaient toujours leurs blessés. On craint, d’après les témoignages des derniers arrivants, qu’une chose monstrueuse ne se soit produite.

 

Les convois qui arrivent de la Terre passent désormais tous par la protolune. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’état de leurs occupants est abominable. Des humains lourdement irradiés, brûlés, atteints de maladies affreuses. Certains sont déjà morts en arrivant sur la protolune. Quasiment plus d’HGM, même mutés, ne sont répertoriés.

 

En revanche, à partir du mois d’août, les instances de l’ARES s’alarment en voyant arriver dans les convois des êtres inconcevables. Ils sont rares au milieu des humains à moitié morts, mais ils sont assez nombreux pour occuper tout une section du centre d’analyse de la base enfouie GEMELLA, qui maintient en marche le pendule du convecteur gravitationnel de Mars.

 

Leur allure est celle d’humains mais leur corps, très atrophié, presque desséché, semble constamment être en train de lutter contre une irradiation massive qui chez n’importe quel humain normal aurait provoquer la mort en quelques heures. Ils ont aussi une boite crânienne étonnamment déformée. Elle est énorme. Incapables de se mouvoir par eux-mêmes ils se déplacent tous sur des fauteuils lévitant à gravité compensée dont ne sait pas vraiment comment ils fonctionnent. Très vite, on se rend compte qu’ils ont des capacités psy en dehors de tout ce qu’on a connu jusque-là, même chez les HGM. Dans leurs rêves inconscients, ils provoquent des manifestations poltergeist inquiétantes et on est obligé de les maintenir grâce à des tranquillisants dans des sphères de confinement psychophysiques, une des inventions top secrètes de la W.P.

 

Une partie de ces créatures sont dans un état encore pire et parviennent sur la protolune dans des cocons auto-safe d’un genre inconnu, qui semble seul pouvoir les maintenir en vie. Ceux-là ne semblent plus ni parler ni bouger. Les psychophysiciens, en faisant des mesures, s’alarment des points d’accrétion de la trame psycho résiduelle qui les accompagnent. Selon eux ces choses sont de véritables trous noirs psychiques. Parqués en urgence dans des salles isolées par plusieurs barrières de confinement psychophysiques, des spécialistes tentent de les étudier et de les réanimer.

Les rares créatures atrophiées conscientes, interrogées, parlent d’un cataclysme, supplient l’ARES d’aller sur Terre avant qu’il ne soit trop tard et demandent aux forces militaires de détruire au plus vite ce qu’ils appellent les Odool ou Odolînn, autrement dit ceux des leurs qui sont maintenus dans les auto-safes. Les instances mises en place par l’ARES refusent, comme ils refusent d’aller se mêler des combats sur Terre dont ils ont malheureusement désormais une bonne idée des horreurs. Rompre la formation du blocus, à ce stade, n’est pour ainsi dire même plus envisageable.

 

Les atrophiés qui ne meurent pas, jugés non contagieux, sont dès octobre tous expédiés dans les camps de la péninsule de Vicocha pour recevoir des soins plus profonds. Seuls les Odool, trop dangereux, sont maintenus sur la protolune.

 

À partir d’août on a également vu arriver, accrochés aux convois, des créatures qui, elles, n’ont absolument rien d’humain. Ces choses blanchâtres, à mi chemin entre des animaux terrestres et des invertébrés océaniques, sortes de méduses sur pattes, parasitent les convoyeurs et tentent par tous les moyens de dévorer les HGM ou les atrophiés que d’aucun, dans les camps, commencent à appeler les « inavoués », car le murmure de leur existence se répand sans que les autorités ne les confirment jamais vraiment.

 

Des dizaines de ces créatures sont capturées, des centaines d’autres éliminées. Elles ont toutes les formes et toutes les tailles et muent à très grande vitesse. On commence très vite à comprendre qu’il doit s’agir d’animaux ou de plantes qui ont subi l’effet de radiations et d’armes mutagènes d’une puissance époustouflante. Il est probable qu’elles soient elles-mêmes une forme d’arme biologique. Ces créatures, classées code noir par l’ARES, sont confinées dans des laboratoires de haute sécurité de la protolune, dans la section réservée aux Odolînn. Là encore il semble qu’un champ psychique violant s’en dégage et on les emprisonne dans des sphères de confinement psychophysique.

 

Le dernier convoi de réfugiés parvient sur Mars à la fin du mois de novembre et, comme ses prédécesseurs, il ne contient plus aucun humain. Seulement des Atrophiés et des Odolinns qu’on s’empresse de confiner.

 

À partir de ce moment, Mars entre dans une sorte de « torpeur ». C’est l’angoisse, écrasante. Il n’y a plus aucune nouvelle de nulle part. Tous les Istars semblent désactivés ou détruits. On envoie de nombreuses communication, on vérifie encore et encore les canaux des liaisons Istar orbitales. Rien. Ni la Terre ni aucune base du système solaire ne répond plus. La population qui, depuis quatre ans, s’organise tant bien que mal, a peur que toute l’humanité en dehors d’eux n’ait été annihilée.

 

L’ARES et les autorités de la W.P décident de centraliser l’intégralité des réfugiés autour de la base semi souterraine de Vicocha, dans la péninsule occidentale du continent éponyme, ainsi que dans diverses implantations de l’Oriacancha.

 

Depuis trois ans en effet, la W.P n’a pas chômé. On a détourné un grande nombre de robots et machines du projet de terra formation, qui continue cependant de fonctionner à plein régime, afin de bâtir des villes capables d’intégrer les cent quarante quatre mille unités de camps qui s’agglutinent autour des bases et des installations de la W.P et de l’ARES. Chacune de ces unités prend en charge entre 100 000 et 1 000 000 d’individus. C’est donc une entreprise énorme.

Mais on comprend aussi que c’est un chiffre misérable. Partout, on espère avec ferveur que les autres implantations du système solaire, et peut-être la Terre, ont pu garder en vie un très grand nombre de civils. Toutefois les réfugiés de la dernière année sont plus que pessimistes à ce sujet.

 

Toujours est-il que la « ville de Vicocha » est en train de sortir de terre. Il faudra dix années, temps terrestre, 5 environ en temps martien, pour permettre d’établir la viabilité de cette « capitale » ainsi que celle des cités secondaires qu’on commence à bâtir, dans la foulée, dans toute la péninsule. Les réserves de nourriture obtenues depuis les grandes usines orbitales par Structocopie industrielle permettent de nourrir tant bien que mal la population pendant toute cette période. Mais l’acheminement à travers les Istars continentaux Nord et Sud est assez malaisé. De plus les balais incessants des machines de la terra formation secondaire contraignent la W.P à assigner la population à la péninsule. 

 

On en est là lorsque soudain, le 25 Mars 2204, temps terrestre, l’Istar orbital VANUA HT, qui fait la liaison avec la Lune de la Terre, s’ouvre et laisse passer un navire sidéral d’une flotte de guerre HGM battant aux couleurs de la fédération africaine. Aussitôt appréhendé par les forces de l’ARES, il est conduit sur la protolune. Cela fait maintenant quatre mois qu’on n’avait plus eu aucun retour. Toutes les sondes qui avaient été envoyées par l’ARES à travers l’Istar orbital avaient systématiquement disparu, comme celles d’ailleurs envoyées dans les rares Istars de la grande couronne qui s’étaient maintenus ouverts.

 

À son bord seulement sept officiers supérieurs et 40 membres d’équipage. Ce sont tous des « inavoués » et ils sont tous inconscients. Lorsqu’on les ranime le chef, qui porte les galons de généralissime des armées africaines se présente. Il se nomme Moussdi Kamel Adar. Il prononce un discours de délire, puis retombe dans le coma. On le stabilise avant de le transférer à la Surface de la planète, sur Vicocha. Lorsqu’enfin il reprend ses esprits, sa pensée semble plus clair.

C’est ainsi que la nouvelle tombe : la Surface de la Terre a été entièrement rasée. Cris. Hurlements. Comment, pourquoi, et le reste du système solaire ? La garde de la protolune, qui retransmet à toute la planète l’interrogatoire, le presse de question. Et Adar, faible, répond. Il répond que pour ce qui est du système solaire et de la grande couronne, son dernier contact avec une flotte militaire a eu lieu deux mois plus tôt. C’était une communication d’urgence pour une évacuation. Le navire était apparemment pris sous le feu d’une puissance inconnue. Puis plus rien. Quant à la Terre… Il a assisté à sa fin. Il se met à pleurer. Malgré le grotesque de son énorme crâne, de son visage émacié, de son corps décharné qui semble sur le point de s’effondrer dans sa chaise de soin, des milliers, en le voyant, pleurent avec lui.

Ainsi décrit-il que pendant que son navire pourchassait un chasseur de l’ASEAN qui s’enfuyait d’une bataille à laquelle il participait, et qui avait lieu dans la basse atmosphère, soudain, au moment même où il l’abattait, il a vu l’atmosphère terrestre muer en un titanesque nuage blanc et brillant. Il a observé, sidéré, la propagation généralisée du nuage qui a tout recouvert en à peine moins de trente minutes. Puis de gigantesques éclairs aux formes élégantes et des jets bleus ont transformé la moyenne atmosphère en une sorte de monstrueuse boule à plasma. Tandis qu’il s’élevait pour fuir ce phénomène, aussitôt, des centaines, des milliers d’éclairs rouges et violacés gigantesques qui perduraient pendant des secondes entières, de type elfes, farfadets jets géants et sylphes à halo, se matérialisèrent tout autour de lui. Son vaisseau pris de la hauteur afin d’échapper à la ionisation massive qui menaçait sa coque. Il regarda alors avec ses hommes, et l’horrible majesté du phénomène le fit frissonner de terreur. On avait l’impression de voir la terre entière se faire attaquer par une armée cyclopéenne de fantomatiques créatures plasmatiques venues d’un autre univers. Le phénomène ne cessa plus, tout le temps qu’il regarda, et les monstres translucides continuèrent à apparaître, au milieu de torches bleues, blanches ou violacées et d’arbres d’éclairs noueux entrecoupés d’aurores et de tornades phosphorescentes qui se perdaient dans l’espace sur des dizaines de kilomètres, sans même un frémissement.

 

Après une heure le vaisseau aborda la Lune afin de chercher un Istar encore praticable. Tous les orbitaux étaient depuis longtemps détruits et il lui fallait donc en trouver un parmi les ruines. Il se rendit compte à cette occasion qu’il n’y avait plus rien. Personne dans l’espace où, normalement, une gigantesque bataille aurait dû être engagée conjointement à celle que lui-même avait menée sur Terre. Tout ce qu’il voyait, c’était un immense charnier de ces centaines de milliers de carcasses accumulées depuis trois ans, qui dérivaient en silence au-dessus de cette lune fracassée, brillant au rythme des créatures de foudre qui, au loin, dévoraient la Terre.

 

Il envoya des messages vers la petite couronne, près de Vénus, où des armées ennemies et alliées avaient été relevées moins de vingt quatre heures plus tôt. En vain. Tout était comme « vidé ». Ils furent pris de panique. Puis ils trouvèrent le Sif Konveg qui émettait à intervalles réguliers de très faibles balises d’appel, comme si son signal était délibérément étouffé. Il s’approcha, lança une procédure d’ouverture qui fonctionna parfaitement.

 

L’humanité entière, qui regarde son interrogatoire, entre aussitôt dans la lamentation. Des centaines de personnes s’effondrent, évanouies. Et c’est au son de ces cris, dans les tremblements et la douleur, que vient de commencer l’âge du Premier Arquil. Nous sommes le 25 Mars 2204 : c’est l’an 0 Aedm réel.